Les Petites Choses

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M. "Les petites choses ont leur importance : c'est toujours par elles qu'on se perd." Fiodor Dostoïevski

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Par M. :: 18/04/2008 à 1:45 :: Petites Choses egocentrees
free music
 
 


Un verre de vin, une cigarette, plusieurs même. Musique, maestro. Ce soir, c'est Lizz Wright, ma nouvelle découverte blues. Sa voix grave et rocailleuse m'emporte, ses mots sont vrais, profonds, d'amour qui souffre et ça me va bien. Je monte le son.
J'ai éteint les lumières, mis des bougies à la place. Mon écran jette ce qu'il faut de clarté sur le clavier. Il fait un peu froid, mais je ne le sens pas. Je n'entends plus la pluie tomber, la musique couvre son bruit. Je ne vois rien d'autre que mes mots, et les ombres de mon appartement. Quelques titres dans la bibliothèque. Le contraire de un. L'amour dure trois ans. Trois ans, c'est déjà pas mal. Et le rideau tiré, devant moi. Pour une fois, je ne regarde pas dehors. Pas besoin. Assez de choses à voir à l'intérieur.
J'ai retrouvé le chemin de ma douce solitude. De mes mots de nuit. De mes maux de lui. J'ai retrouvé la petite porte qui mène au dedans. Comme le terrier du lapin blanc d'Alice, j'ai un monde de merveilles à l'intérieur. Des eaux dans lesquelles je m'immerge sans jamais me noyer, des ombres pour me cacher, me reposer, et de la lumière que je revêts, les soirs de bals. J'ai surtout ma liberté.
Je peux faire murmurer le vent, chanter les vagues, pleurer le ciel et fleurir les mots. Je peux changer les grains de sable en perles et les nuages en chantilly. Je peux dessiner des sourires sur les visages et boire les larmes. Je peux tout faire. Je suis capable de tout. Dans mon monde de merveilles.

J'y rencontre un cow-boy. Son chapeau est si enfoncé sur sa tête que je ne peux voir son visage. Il fume une cigarette, appuyé contre la barrière de bois. Il regarde ses chevaux. Il me parle : J'avais une jument qui te ressemblait. Sauvage, impossible de l'approcher. Un jour, elle s'est laissée monter par l'étalon noir que tu vois dans le fond, là-bas, et elle est morte en donnant naissance au poulain. C'est moche, comme histoire. Je sais que toi, t'es capable de trouver ça beau, mais c'est moche, crois moi. Parce qu'elle était bien, cette jument. Mieux vivante que morte en tous cas. Et on avait pas besoin d'un autre poulain. Il écrase sa cigarette du talon de sa Santiag.
J'ai toujours eu peur des chevaux. Pas peur de l'animal, peur de le monter. Je panique dès que je suis à bord. Je crois que c'est le fait de ne pas complètement maîtriser. Et je crois que c'est pareil dans la vie.

Deuxième verre de vin. Je roule un joint. Autant faire les choses bien. Ça fait un petit bail que je ne me suis pas accordée une soirée en tête à tête avec moi-même. Je veux célébrer l'évènement, puisque tout ici est célébration. Je me lève. Quelques pas de danses à la lueur des bougies. Je peux presque sentir le sable sous mes pieds. Un autre recoin du terrier ?
Je retrouve la majuscule. Elle est toujours là, quelque part à l'intérieur de mon monde de merveilles. Elle lit. Des pages blanches. Je m'assieds à ses côtés, il remplit mon verre de vin et tire sur mon joint. Sa tête marque imperceptiblement le rythme de la chanson. I idolize you. Le hasard est parfois si parfait.
Je l'interroge, comme je le fais souvent. L'oracle parle. L'être cher, surtout. Ce soir, comme un mauvais horoscope, il me dit des choses que je n'ai pas envie d'entendre, pas envie de croire, mais qui m'inquiètent. Et qui m'inquièteront tout au long de la nuit. On écoute une autre chanson, hey man, je pose ma tête sur ses genoux, il passe sa main dans mes cheveux, et je vais mieux. Il me fait rire et je vais bien. Je lui dit bonsoir. Et merci.

Je n'ai pas sommeil. Je sens la nuit devenir blanche. J'ai clairement froid maintenant, et j'entends la pluie, dehors, il doit pleuvoir fort. Mais je m'en fiche. Je suis bien avec mes heures creuses, à remplir.
Je sais que parfois j'ai tendance à voir le soleil au milieu de la nuit. Le ciel bleu quand il pleut. Le clair dans le noir. Et je sais que j'ai tord. Mais j'ai tellement envie d'y croire. J'ai besoin d'y croire. D'oublier que je ne suis pas faite pour l'amour, pas faite pour le bonheur.
J'ai l'impression d'être cette fille assise sur sa chaise, au sommet du monde. Qui regarde la vie et sourit. S'en amuse. Qui envoit des fleurs sur quelques places pour un peu de couleur. Qui entend les rires, les chants. De loin. Toujours, toujours de loin.
Je veux descendre.

Une douche brûlante m'apaisera. Avant d'aller me coucher.
L'eau en perles sur ma peau, je vois ses lèvres à leur place. J'ai envie. Je frissonne et réclame. La chair aussi est un oracle. Elle l'appelle. Elle sait peut-être mieux que moi. It's a matter of skin, j'avais écrit, peut-être avais-je raison, peut-être est-il raisonnable de se contenter de faire ce que l'on sait faire. Ne pas pousser trop loin les limites. Ma tête penchée en arrière pour mieux se vider. La buée pour tout paysage. Une seconde, un éclair, je me sens femme, je me sens belle, je suis en vie, je suis l'envie.
Une serviette autour de la taille, je m'assieds par terre, sur les carreaux froids et humides, pour laisser à ma tête le temps d'arrêter de tourner. Je pleure, une larme ou deux, pour que, mêlées aux gouttes, elles passent inaperçues.

Je sors de la salle de bain. Je ne sens plus le froid. J'écoute un live de Portishead que C. m'a envoyé. Glory Box vient parfaire le moment. Je déambule nue dans mon appartement. La cuisine, un verre d'eau. Là, je trouve une petite fille. Aux longs cheveux bruns. Je la croise, de temps en temps, au détour de mes nuits d'ivresse en solitaire. Elle rit. Elle se moque. Je la gifle. Elle se moque encore. J'éteinds la lumière. Elle s'en va.

C. m'a envoyé une autre vidéo. Celle du clip de how deep is your love. Il me fait rire. Me rappelle cet été. Me fait du bien. Il sait tellement me faire du bien...

Il est tard, temps d'aller dormir. Un peu. Je sors du terrier. Je retrouve le monde, le vrai. Le froid me saisit. Je m'engouffre sous la couette, l'ordinateur posé sur mes genoux.
Il faut savoir s'accorder du temps. Certains moments nous manquent, quand on court tout le temps. Le temps des rêveries, le temps des pensées ou celui des folies. Le temps des rendez-vous, des oeillades incendiaires et des pieds qui grimpent le long de la cuisse, sous la nappe. Le temps des ruelles sombres, meilleures amies des baisers volés. Il faut s'avoir s'accorder du temps.

Une dernière série de vidéos, still from C.
Redemption song par Tété et Raul Midon. Le truc que je ne m'attendais pas à voir. Un pied d'enfer. Une vraie bonne surprise. Tears in heaven, version live. J'articule les paroles sans oser les chanter. J'écoute, surtout. Et un autre live, plus...confidentiel. Deux mêmes. Puis toute une série. Dont je tairai les noms, parce qu'ils ne sont pas de petites choses. Et puis, un peu de secret ne fait de mal à personne, pas même à moi.

La tragédie grecque n'en est peut-être qu'à ses débuts, vont probablement suivre Oeudipe, Clitemnestre et le monologue du jardinier, ou, au contraire, l'histoire deviendra Comedia Dell Arte, haut les masques et les coeurs, je ne sais, je n'ai cure de le savoir. Que sera sera.


Je peux fermer les yeux.
Au moins jusqu'à demain.
 
 
 

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Commentaires

Le 18/04/2008 à 2:41, par Faits Divers
Empathie.
Des petits pics à l'intérieur.
Des centaines de petites aiguilles.

Et la mélodie.
Et ce partage de musiques. Tellement fort. Tellement parlant, même dans les silences. Chutt, on les entend...
"if I saw you in heaven"...


Les larmes, celle que tu mêles aux gouttes... Elles courrent. Elles roulent. Perles sur la soie...

Je ne trouve pas le sommeil, pas le repos... il fait froid... Et madame rêve... "d'un amour qui la flingue" ...


"Give me a reason to love you,
Give me a reason to be,
A woman,
I just want to be a woman.
So don't you stop, being a man,
Just take a little look from our side when you can,
Sow a little tenderness,
No matter if you cry."


No matter if you cry... Oui, ma belle, no matter if you cry
In your sweet little dreaming
Black clouds're crossing over
Don't you feel the warm of Moon's dust
Close your eyes...




Le 18/04/2008 à 17:58, par Fiso
Je suis là, petite luciole.
Le 18/04/2008 à 19:09, par M.
Fée et Fiso : vous êtes vraiment de bonnes copines !
J'ai envie de vous dire plein de choses, là, mais les mots me manquent. Alors je vous embrasse. Très fort. Très, très fort.
Le 18/04/2008 à 23:53, par Fiso
Moi je te serre très fort.
Et puis, tu sais, si tu as besoin d'un antistress, j'ai ce qu'il faut ;)
Le 19/04/2008 à 20:07, par M.
J'veux bien que tu me serres, surtout si très fort.
C'est quoi ton antistress ?
Le 19/04/2008 à 22:10, par Marc
J'ai beaucoup de plaisir à retrouver cette musique des notes et des mots.
Le 20/04/2008 à 0:24, par M.
Merci, Marc. Sois sûr que le plaisir est réciproque.

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