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Le ManoirPar M. :: 23/04/2008 à 0:23 :: Petites Choses egocentrees
Il est caché aux fins fonds de la forêt. Des arbres aux larges troncs s'occupent à brouiller sa piste. Il doit rester un peu secret. Mais un peu seulement. Un chemin bordé de jonquilles guide les pas. Et soudain, le voilà qui se tient au milieu d'une clairière baignée de lumière. De l'herbe, des fleurs, et au centre : le Manoir.
L'endroit est plutôt joli, entouré d'arbres verts dans lesquels les oiseaux dorment la nuit et chantent le jour. Des libellules volent au ras des paquerettes et viennent se désaltérer dans le ruisseau. Parce que oui, il y a un petit ruisseau qui traverse la clairière. Ses clapotis monotones bercent les siestes. Il y a aussi un pommier, qui donne de petits fruits juteux, délicieux. Et un cerisier, pour la couleur. Un banc de pierre, contre le mur de lierre.
La façade du Manoir n'est pas si vieille, elle dégage même une certaine fraicheur. En revanche, sa porte, large et ronde, grince horriblement lorsqu'on la tire, ou la pousse. Comme elle est toujours entrouverte, mieux vaut se glisser dans l'embrasure, sans rien toucher. Entrons donc.
En face de l'entrée, les escaliers. Nous y reviendrons. Prenons à droite : le salon.
De larges baies vitrées, pour laisser entrer le soleil. Toujours ouvertes, l'air circule beaucoup par ici. Une cheminée, en activité quelque soit la saison, il faut qu'elle brûle pour que vive le Manoir. Et puis, c'est pratique d'avoir un feu à disposition, ça permet de se débarasser de tout un tas de choses. Il y a aussi une grande télé, en projection permanente parce qu'il faut toujours de l'action, même si par procuration, et plusieurs DVD. Arizona Dream, Beauté Volée, la trilogie du Parrain, et les Hayao Miyazaki. Entres autres. Là, c'est tout sur ma mère. La scène où le fils meurt. Quittons la pièce.
Le couloir sur la gauche, avec ce grand miroir, mène à la cuisine. Il y flotte un parfum de pommes et de cannelle. Il y a toujours du café de prêt, et du thé. Du vin dans le meuble, à gauche. Sur la table, des gâteaux et et autres bêtises à grignoter. Sucrées, salées, pour tous les goûts. Ici, il est important de satisfaire, satisfaire par tous les moyens. Deux grandes fenêtres au dessus des éviers. Elles ferment mal, laissent entrer l'eau quand il pleut. La peinture aux murs est un peu écaillée. Les meubles sont fermés à clé. Mais comme une assiette de cookies encore chauds attend sagement sur la table, on va fermer les yeux, en prendre un et sortir. Tout aussi sagement.
Montons à l'étage. Les escaliers craquent un peu, ils trahissent les faiblesses du lieu. Sur le mur, de vieilles photos. De famille, de classes. Des souvenirs de vacances, nombreuses de la mer. Quelques une de la neige. On peut aussi reconnaître Barcelone, Londres et Paris. Des visages, toujours différents. Des rues, beaucoup de rues. Des pavés. Tout un parcours.
Couloir de droite. Le carrelage est cassé, par endroits.
La bibliothéque. Des livres et des livres sur tous les murs. Sauf celui qui porte la seule fenêtre de la pièce, évidemment. Une seule fenêtre, avec de gros volets à moitié fermés, il fait sombre ici. Comme pour conserver la magie des lignes qui dorment en ces lieux, ne pas les altérer par trop de vérité. Tiens, je vois là un exemplaire de l'écume des jours. Poussièreux. A côté, l'amour aux temps du choléra et tendre jeudi de Steinbeck. Ses pages sont un peu déchirées. Cornées. Ah! Novecento ! Chut, je l'emporte celui-là. Je le glisse dans ma poche.
Sous la fenêtre, un bureau. Un de ses pieds est cassé, il faut faire attention. Dessus, un carnet, des stylos. Un livre relié d'or. La moitié de ses pages sont blanches. Une plume bleu pétrole. Une photo de la mer, encore. Et un bouquet de crayon de couleurs fraîchement taillés. Dans le tiroir, des lettres. Liées par un ruban vert pâle. Impossible d'en défaire le noeud. Si on y prête attention, le bois du bureau porte l'empreinte de millions de mots. Illisibles à l'oeil, ils ne se revèlent qu'au doigt... Du Braille, en somme.
En face de la bibliothèque, une autre pièce tout aussi importante : la boîte à musique. C'est comme ça qu'on l'appelle. Elle n'a pas de fenêtre, mais des tentures sur les murs, et des bougies, plein de bougies. Des coussins sur un tapis, deux trois poufs, et des milliers de milliers de disques, CDs, vinyles, and co. Jazz, Blues, Rock, Electro, musiques d'ici mais aussi d'ailleurs, surtout d'ailleurs en fait. Des voyages. Des émotions. Des histoires. Des notes, quoi. De la musique à s'en rendre soul. Ou fou. Tiens, si on s'écoutait un petit Cat Power ? Non ? Nina Simone ? Radiohead ? Allez, va pour un Radiohead.
C'est ma pièce préférée, bien sûr, mais les visiteurs l'apprécient aussi. En fait, je crois que c'est elle qui fait la différence. Pour elle que l'on se souvient du Manoir.
Le couloir de gauche, après les escaliers, mènent à deux chambres et une salle de bain. Sans grand intérêt. Ah, si : la baignoire a des pattes, des vraies, pas poilues mais... C'est qu'elle est un peu féline, vous comprenez. Des dizaines de parfum, tous fleuris, ou poudrés, légers mais ennivrants.
Les deux chambres ne sont destinées qu'aux invités, et s'ils sont nombreux, peu d'entre eux restent dormir. Le Manoir doit faire un peu peur, la nuit. Ou le matin.
Il y a une dernière pièce, qui n'en est presque pas une. Dans la bibliothèque, une sorte de trappe au plafond.
Sous les toîts, dans la poussière et la faible lumière qui entre par la lucarne, un matelat, un oreiller, un drap, une lampe de chevet, des bougies, un cendrier. Plein. Des toiles d'araignées dans tous les coins. C'est petit, c'est sale, c'est moche, et pourtant c'est probablement le coeur du Manoir. Personne ne le sait, à part moi. Les quelques rares qui en ont fait la découverte ont fui, pour ne jamais revenir.
Ah, un rayon de soleil... Vite ! Dehors !
L'herbe est si verte, si fraiche tout autour du Manoir. Il y fait bon marcher pied nu. Sauter dans les flaques. Courir après les papillons. Faire semblant de croire que si on reste là, caché, le temps peut s'arrêter. Seulement, le temps ne s'arrête pas. Et on s'ennuie vite, au Manoir. Alors on s'en va.
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Commentaires Le 23/04/2008 à 21:36, par Faits Divers
Et les fantomes..Bouh !!!
Le 23/04/2008 à 23:09, par M.
Effectivement, il y a bien des fantômes, et quelques démons...
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