Les Petites Choses

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13 larmes

Par M. :: 09/06/2008 à 15:41 :: Petites Choses egocentrees

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Je savais que l'heure du bilan viendrait.


Tout a commencé par les cartons.
Livres, CDs, DVDs, cahiers et papiers du bureau. Mon univers, quoi. Les objets auxquels je tiens le plus.
J'aurais dû tout attraper, tout mettre en boîte, sans regarder, sans trier, sans rien. J'aurais dû, je savais que je devais. Mais... Mais je suis une sentimentale, et je me suis arrêtée sur chaque disques, chaque bouquin, lisant une phrase par ci, écoutant une chanson par là. Je me suis ainsi rendue compte du nombre incroyable de CDs que j'ai acheté ces trois dernières années. Mais c'est un autre sujet. Quand la bibliothèque fût vidée, j'ai attaqué le chantier du bureau.
Mes cahiers et carnets. Mes écrits, depuis 2004, les précédents sont chez mes parents, je crois. Quelques tristesses, d'autres joies, des histoires, inventées ou racontées. Et des lettres. De très belles lettres.
Une de Benoît. Entre nos deux ruptures, parce que nous avons rompu deux fois, Benoît et moi, deux fois comme pour être sûrs.
Je me souviens de celle-là : je l'avais trouvé sous mon pare-brise, en regagnant ma voiture, un soir, après le boulot. Il avait dessiné une fleur sur le i de mon prénom. Et commencé par bonjour Princesse ! Il ne m'a appelé princesse qu'entre nos deux ruptures, c'était une période particulière. Dans cette lettre, il me disait de jolies choses, comme il ne le faisait jamais. Il me disait son amour, sa tendresse, son amitié, sa foi en moi et notre complicité. Il me disait du moment que je vois des étoiles dans tes yeux lorsque j'y plonge les miens, du moment que les mots les plus doux nous rappellent l'un à l'autre, du moment que tu me rends fou, tout feu follet, tout feu tout flamme, alors je veux vivre tout ce qu'il est possible avec toi, très peu de peine, beaucoup de joie, quelques p'tits fours et plein d'amour !
J'ai rangé la lettre dans une pochette de CD. Une gravure MP3 qu'il m'avait envoyé de Suisse, avec Cat Power (merci, Ben ! Je te dois ma meilleure amie), Anthony and the Johnsons (il m'a fait de bien beaux cadeaux...), Syd Matters, Dezarie, Toma Sidibé, Pauline Croze et Wax Taylor. Son dernier présent.
J'ai mis le CD avec les autres, dans les cartons qui leurs sont dédiés. Et j'ai versé une larme, en visionnant sur la toile de mes paupières closes le film de notre histoire d'amour. Moi en Juliette, lui en Roméo, personne n'est mort à la fin sauf l'amour. Et encore... Il en reste dans chacun de mes souvenirs de lui.

J'ai aussi retrouvé une lettre de Julien, mon cher Julien. Une lettre sublime, tant par sa forme que par son fond, la première fois sans doute qu'il m'ouvrait son coeur et me disait combien je lui étais précieuse. All apologies ou pas loin, une simple et belle déclaration d'amitié, d'amour, d'un peu tout mélangé, comme ça l'a toujours été entre nous.
Sa lettre se termine sur ces mots : l'heure avance, mon café refroidit, ma clope n'est plus que cendres et le soleil a tourné. Une autre cigarette avant d'aller bosser... M.-qui-dort-encore saura-t-elle me pardonner ? Sûrement. C'est pas la bonté qui manque.
Mi querida M.,
Tu querido Julian,
Feliz Cumpleanos
C'était au lendemain de mon anniversaire, de l'année 2005.
Et bientôt trois ans plus tard je verse une larme en pensant à tout l'amour né entre nous, tout le mal qu'on a pu se faire, par maladresse, par jeunesse, tous ces premiers souvenirs en Avignon éternellement liés à lui, et cette première moitié de nuit, il y a si longtemps maintenant, où il est devenu mon troisième amant.

Tant d'amour...
Tant d'amour inclut, bien sûr, ma majuscule.
La lettre à C., neuf pages manuscrites, écrites au fil des jours chômés de l'été dernier. Quand de lui j'essayais de me sevrer, alors je lui écrivais, des mots et des lignes, des pages de lignes, en guirlandes, en rubans, en tendresse et douceur, je lui écrivais le manque, je lui écrivais l'amour et tout celui que je pourrais lui faire si seulement il le voulait bien. Neuf pages jamais envoyées. Mais toujours conservées. Cette fois encore.
Je suis aussi tombée sur nos premières conversations MSN. Ses accidents de tendresse, quand quelques mots doux lui échappaient, quand il me disait que je lui manquais, quand il me parlait de son envie, de ses envies, entre nous elles ont toujours été plurielles, commes les raisons qui font que.
Et une larme sur ce papier de nos mots taché.

Bordel !
J'ai aimé dans cet appartement. J'ai aimé tellement que j'ai écrit, parlé, chanté, crié, joui et pleuré mon amour, mes amours, passées mais jamais complètement mortes.
Une larme ne les éteindra pas.

Une autre pour la solitude qui a pu régner à cette adresse. La première qui n'appartienne qu'à moi. Il m'a fallu du temps pour aimer vivre seule. Et aujourd'hui, je ne changerais ça pour rien au monde.

Une larme de fierté pour avoir su dompter, apprivoiser et finalement aimer, cette douce solitude, l'indépendance, la liberté autant qu'elle soit possible, et celle que je suis devenue, au milieu de tout ça, dans cet appartement à moi et rien qu'à moi.

J'ai fait une pause. Me suis servie un verre de vin, ai allumé une cigarette. Le tout face à la fenêtre. C'était sans doute la dernière fois que je me tenais là, assise à mon bureau, à regarder la place du Palais vivre et rire et s'endormir, peu à peu. Je ne saurais dire combien d'heures j'ai ainsi passé, combien d'amants j'ai regardé s'éloigner, combien d'amis j'ai vu arriver, combien de pas j'ai entendu claquer sur les pavés. Mon observatoire, ma vue sur les étoiles, mon refuge, mon église, lieu de culte, lieu de rêve, comme une nuit qui s'installait dès que je m'asseyais, là, face à la fenêtre.
J'ai levé mon verre à ces moments privilégiés, en tête à tête avec moi-même comme dirait M (le chanteur, hein), et j'ai pleuré. Sans peine, juste de l'émotion. Comme trois ans d'émotions qui refluaient soudain.
Je suis trop sentimentale.

Et Damien. Je ne peux parler de la fenêtre sans penser à Damien, le sublime serveur du In et Off café, que je regardais, par la fenêtre donc, travailler toute la journée, à m'en user les yeux je le regardais. Le matin j'ouvrais les rideaux sur lui et son plateau, sa silhouette élégante, ses yeux verts et ses cheveux blonds cendrés, ses fesses rondes et ses bras musclés. Le soir je ne les fermais qu'après son départ, pour le regarder encore, le plus possible, il était si beau, et j'étais (je suis) légèrement (complètement) obsessive. Il m'a rendue dingue deux étés durant. Puis il n'est plus revenu.
Bref.

Je me souviens très bien du jour de mon arrivée ici. De l'emménagement. Ma famille m'avait aidée. Un camion transportant des taureaux s'était renversé sur l'autoroute, à la sortie de Montpellier. Les bêtes rescapées couraient sur les voies. Fermées, forcément. Déviations et compagnie. Nous avions mis plus de trois heures avant d'atteindre Avignon. Nous avions fini tard, il faisait déjà nuit. C'était le 12 février de l'année 2005. Nous avions partagé une pizza avant que mes parents et ma soeur ne repartent.
Puis je m'étais retrouvée seule, dans cet appartement où mon seul nom figurait sur la boîte aux lettres, dans un petit lit presque taillé à mes dimensions. Je me souviens que cette nuit là, je m'étais réveillée 6 fois en sursaut, me demandant où j'étais. Il m'a fallu du temps pour me situer. M'habituer à ces quatres murs et demi.

Quatre murs et demi entre lesquels j'ai appris l'amour. Physique d'abord, je le connaissais mal, je me connaissais mal. Mes amants de passage m'ont enseigné l'art, je l'ai cultivé et enseigné à mon tour, j'ai partagé, j'ai embrassé, caressé, mordu, frissonné, chuchoté, murmuré, crié, perdu la tête, le nord et le reste, la nuit, le jour, entre les deux parfois, j'ai partagé, quoi, mon corps, les leurs et mes draps.
Mon coeur aussi. Je l'ai déjà dit. Bordel ! J'ai aimé dans cet appartement. J'ai appris à aimer, j'aimais mal avant. Ou alors juste différemment, moins sereinement peut-être, plus cruellement sûrement.

J'étais un monstre lorsque j'ai intégré ces lieux. Une monstre d'égoisme, d'égocentrisme, de caprices et autres encore. Je voyais les autres, les entendais, mais j'étais incapable de les écouter, de prendre soin d'eux. J'étais une mauvaise personne. Dérangée, instable, mal dans ma peau autant que dans ma vie. Alors je l'ai reconstruite, ma vie. Puisque Benoît l'avait détruite en me quittant, je l'ai réparée, arrangée, reformée, à mon goût et selon mon instinct. Aujourd'hui, j'aime à penser qu'elle me ressemble. Comme je le disais l'autre jour, mes paroles et mes actes sont en adéquation, et c'est bon. J'ai gagné en maturité, certes, mais surtout en sérénité, et peut-être même en philosophie. Celle du relativisme restant parmis mes favorites. Ça, et la positive attitude.
Je suis devenue une sorte d'Amélie Poulain, et même si je râle j'aime bien ce qualificatif, il est bienveillant, je crois.
Je me suis soignée, quoi. Bien sûr, il reste des angles à arrondir, mais j'y travaille, j'y travaille...

L'heure est arrivée sans que j'y prenne garde. Un soir, c'était le dernier. La dernière nuit. Ma soeur était là, je n'ai donc pas pu me livrer au rituel que j'avais imaginé : musique, vin et joint, quelques lignes sur mes années place du Palais, des adieux en bonnes et dues formes avec chacun des murs, coins et recoins, sans oublier les poutres de bois du plafond. Non. Nous avons regardé un film, parlé du lendemain, déménagement day, de l'organisation et du bordel que ce serait, et nous avons dormi.

Vendredi matin, pas le temps de réaliser. Vite, vite, vite, toute la journée.
Ce n'est que le soir, quand je suis retournée à ma définitivement ancienne adresse, que j'ai traîné mes baskets sur le sol débarrassé, sans canapé ni chaise pour poser mes fesses, que j'ai pris conscience que c'était fini. Je n'habitais plus ici.
Une treizième larme.

C'est con, quand même, tout ce cirque, toutes ces larmes, pour un appartement. Mais ce n'était pas n'importe lequel, c'était le mien, pendant plus de trois ans. Et j'y étais bien, j'y ai vécu tellement.


13 larmes.
L'écume des souvenirs, en quelque sorte.
Et le sourire aux lèvres j'ai fermé la porte du N°13 place du Palais.
Le meilleur est toujours à venir.




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Commentaires

Le 10/06/2008 à 0:13, par C.
Nous déménageons en même temps, moi plus froidement malheureusement...
Bonne route à toi.
J'ai beaucoup aimé ton appartement aussi... et ce qui y conduit.
Je t'embrasse
Le 10/06/2008 à 0:29, par B.
L’homme vivant s’habite de ce qu’il construit. Chaque goutte est une pincée du fleuve à venir.
L’amour est un silence de mot où seule la musique du cœur chante de ses membranes de mouche engluée. Rien n’est dit tout se vit.
Tes cartons sont de beaux cartons, ton appartement délaissé ne sera rien sans toi et le nouveau va accueillir tes couleurs et tes peintures. Oui, tu as raison, la vie c’est devant. C’est devant qui compte. Et il faut aller.
Rien d’hier n’est vraiment accompli si l’avant ne venait point s’y loger. Douce sensations de ce prolongement. Prolonger comme l’on se prolonge. Pour aller. Curieux du demain qui naît de ce qu’on a été. Et l’été est bien belle saison ! Rire.
Saison des crémaillères arrosées à coups de Mojitos, à coups de pieds et à coups de cœurs, à coup sûr !
Bien à toi.
Le 10/06/2008 à 18:34, par M.
C.,

Merci de ta présence.
Je suis contente d'apprendre que tu as également trouvé l'appart que tu cherchais, j'espère que tu y seras bien.
J'ai aimé que tu connaisses l'ancien appartement, et j'ai hâte que tu connaisses le nouveau... J'attends ta visite avec patience :-)
Oui, embrasse moi, euh, je veux dire je t'embrasse aussi

@ B. : j'ai lu tout ça quelque part... ;-)
L'avant, l'été, les Mojitos, les coups de pieds et les coups de coeur, c'est tout à fait moi, ça ! Tu commences à bien me connaître... ;-)
Merci de tes mots, bise à toi
Le 10/06/2008 à 22:34, par Fée d'hiver
J'ai aimé toute tes larmes.
De la première à la dernière.
J'aurais aimé être une main qui en efface une de ton visage...
Mais au lieu de cela, une quatorzième.
Elle vient de loin ... D'en moi...
Mais tu sais...

Je te souhaite une belle installation.
Profites-en peut-être pour mettre au grenier, dans une jolie boîte, certaines choses...

J'aimerais faire ça...


Le 11/06/2008 à 18:00, par M.
Oui, je sais, ma jolie Fée.
Des boîtes, j'en ai plein, pas au grenier mais au fond d'un placard, jamais jetées, qu'à moitié gardées, des boîtes à...
Et puis, j'ai cette grande boîte de mes petites choses, une presque cachette à souvenirs divers, d'hiver et d'été, comme toi la Fée ;-)
(Je m'égare, je sais, mais j'aime tant m'égarer)
Le 12/06/2008 à 21:13, par Fiso
En finissant ce billet si sensible (comme d'habitude), je me demandais si j'avais déjà pleuré en quittant un appartement. J'en ai tellement quitté !
Oui. Ce jour-là, nous faisions nos valises, ensemble. Mais nos chemins se séparaient. Inconcevable encore un an auparavant. 6 ans à s'aimer. Et là, 5 ans après, toujours une boule dans la gorge.
Bises, ma jolie luciole.
Le 12/06/2008 à 21:51, par M.
J'imagine bien que tu en as connu beaucoup des appart, ma belle. Et j'ai aussi un noeud dans la gorge en te lisant...
Je pense à toi, ma belle, et t'embrasse très fort
(tu veux pas venir en Corse avec moi, dis ? Départ lundi... ;-))

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