Les Petites Choses

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Corsica, mon nouvel amour

Par M. :: 23/06/2008 à 12:47 :: Petites Choses en Nota Bene

Découvrez Bebo & Cigala!
 
 
 
       Il y avait un chèvrefeuille en bas de l'escalier.
Le soir, je sortais fumer une cigarette, assise sur les marches, et son parfum me revenait, porté par la brise marine. Je restais peut-être dix minutes ainsi, à écouter la nuit. Parfois, je buvais une bière. La Pietra, l'ambrée du pays. Le premier soir, le ciel était sans étoiles. Le second, je pouvais les voir. Si nombreuses, si minuscules. Comme des grains de sable au coeur d'une mer noire. Et comme si souvent, l'envie que l'instant dure une éternité, tout en sachant que c'est l'éphère qui en fait toute la beauté.
 
Derrière la maison, une grande table cernée de bancs de bois. J'aimais m'y installer, ma musique dans les oreilles, un verre de rosé glacé, E'Probe, un des meilleurs que j'ai bu, et mon carnet. J'écrivais à C. – une autre lettre jamais envoyée – les merveilles que je voyais. Parce que c'est toujours à lui que je pense lorsque le spectacle est beau.
J'étais émue de la beauté des pays       ages. Une beauté presque violente. Des montagnes aux dents pointues, qui bouffent l'espace à grands coups de dégradés de verts, plus peuplées d'arbres que Pékin de chinois. La roche en taches claires sur ces sommets verts. Elle s'arrête en falaises tranchantes pour laisser place à l'eau, l'eau de milles bleus qui viennent éblouir tes pauvres yeux bien peu habitués, finalement, à la couleur naturelle. Et au milieu des routes sinueuses, qui te soulèvent le coeur et s'amusent à te montrer un coup la mer, un coup la terre. Des plages sublimes aux noms qui chantent : la Palombaggia, la Rondinara, Santa Giulia, la Rocapina... Du sable épais et granuleux sur celle-ci, du sable gris sur celle-là, du sable plus fin et plus blanc que de la farine sur cette autre. Du sable et des pins, pour l'ombre.
 
Un soir, je faisais quelques pas sur le port de Porto Vecchio et j'ai demandé du feu à un vieil homme, assis sur un banc. Il fumait un cigarillo en regardant les bateaux, et les badaux. Il m'a demandé d'où je venais. Il connaissait Avignon, et son festival dont nous avons un peu parlé. Je lui ai ensuite demandé s'il était du coin. Il m'a répondu : j'habite à deux pas du Paradis. Comme il avait raison... C'est là que je me suis sentie toute la semaine : prés, si prés du Paradis.
 
Bien sûr, j'ai joué une de mes scènes favorites : sur la plage, le paréo sur la taille et les pieds dans l'eau, l'I-Pod dans une main, les écouteurs dans les oreilles et les solaires sur le nez, how deep is your love en regardant la mer, plus belle et plus bleue que jamais. Ma main libre serrait celle de C., à des kilomètres de distance.
La perfection n'est pas de ce monde, mais le bonheur...
 
Quand je suis partie, j'avais plusieurs choses en tête. L'impression de mettre ma vie entre parenthèses. Sensation agréable, mais légèrement teintée d'inquiètude.
A l'instant même où mes pieds, sur leurs plus hauts talons, foulèrent le sol de l'aéroport de Bastia, j'ai tout oublié. Même que j'avais une vie, sur le continent. La certitude du retour pousse à vivre chaque heure sachant qu'elles sont comptées. Que la dernière viendra, forcément. Et toujours trop tôt.
Le cerveau sur off tout le temps du surcis, les sens en éveil, et même en ébullition, l'envie pour seul guide et maître.
 
Le deuxième jour, j'avais chopé l'accent. Seule ma peau claire me trahissait. Et mon appareil photo. D'ailleurs, il faut que j'apprenne à en faire, les miennes sont ridicules de banalité. De vraies photos de touriste. Et ma peau claire est un calvaire à faire dorer. Une semaine d'exposition sous un soleil de plomb, et même d'or, n'y a rien fait. Je suis une fausse méditerranéenne.
 
J'étais partie avec l'idée de lire et d'écrire à n'en plus pouvoir. De revivre mon orgie de littérature et de musique de l'été dernier.
Je n'ai pas lu une ligne et n'en ai écrit qu'une poignée. Les mots me manquaient et je n'avais pas vraiment besoin de les trouver. Ils restaients accrochés au bout de ma langue, ou à la cime de mes cils, parfois même sur mes ongles, et ils n'y étaient pas si mal en fin de compte. Nulle envie de les déloger.
 
Le dernier soir, je me suis assise sous un ciel aux millions d'étoiles. Je distinguais Vénus, ignorais le nom des autres. La nuit était douce, l'air tiède. Quelques oiseaux nocturnes poussaient leurs cris.
Le lendemain, l'avion me rammènerait sur le continent. La semaine était passée si vite. Peut-être trop. Peut-être pas. L'éphémère fait la beauté des choses. Et les vacances en sont parce que ponctuelles.
 
Corsica, je suis tombée amoureuse de toi.
Je retiens tes noms, tes plages et tes villes, tes montagnes, tes roches blanches ou colorées, tes verts et tes bleus, tes oiseaux, tes poissons, tes fleurs terrestres et marines, tes paysages à couper le souffle, tes routes à filer la nausée, ta bonne bouffe et tes bons vins, ton accent délicieux que j'aime à copier, voire adopter, tes sourires, tes yeux bleus, tes nuits clames, tes soirs tièdes, tes journées torrides, ton soleil de plomb, ta mer d'huile ou bien tes vagues au chant ensorcelant, les bons moments vécus ensemble, les autres excellents, ou sublimes, ou magiques, les souvenirs que tu m'as offerts et que je raconterai, je te le promets, mais mieux de ma voix que de mes mains, c'est comme ça, il est des choses que je ne sais écrire.
 
 
 

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Commentaires

Le 23/06/2008 à 13:52, par Oh!91
Tu les "clames" avec ce brio bien à toi, ces nuits calmes et ces soirs tièdes. J'imagine bien que 24 heures te suffisent à chopper les accents. En tout cas, tu m'as fait sacrément envie de la découvrir pour de vrai, cette terre qu'on dit si jolie... Bienvenue chez toi, et bon retour parmi nous. Tu m'as manqué.
Le 23/06/2008 à 14:59, par Dana
On s'y croirait... magnifique, je ne trouve rien de plus intelligent à dire.
Le 23/06/2008 à 18:25, par Boby
Bienvenue chez nous...
(Désolé, Oh!, nananère...)
Tu m'as fait revivre des souvenirs vieux de ... près de 50 ans, mais encore tellement vivaces !
Oui, le paradis...
Bises...
Le 23/06/2008 à 18:58, par Bougrenette
quel beau et touchant récit de voyage, l'envie monte au creux du ventre et le désir dans le coeur , un jour j'irais c'est sur :-) un beau retour que tu nous offres ici, merci. je t'embrasse
Le 24/06/2008 à 18:22, par M.
@ Oh : Oh oui, elle est jolie cette terre, elle est même belle, sublime. J'en suis tombée amoureuse, vraiment.
Merci pour l'accueil, il fait du bien. Tu m'as manqué aussi.

@ Dana : merci ! Moi qui trouvait ces lignes ridicules comparées aux splendeurs qu'elles évoquent... J'aime quand tu parles intelligent ;-)
Bises

@ Boby : le Paradis, hein ? Je comprends que les corses soient si attachés à leur île, qu'ils en soient fiers.
C'est dur de rentrer, mais bon de vous retrouver. Merci, je t'embrasse.

@ Miss B. : oui, vas-y, cours-y, voles-y ! Tu ne le regretteras pas... Je n'ai que très peu voyagé, mais je sais reconnaitre la beauté d'une Terre, et celle-là... Rien que d'y penser, l'émotion me revient.
Merci à toi, je t'embrasse aussi.
Le 25/06/2008 à 9:28, par martin
Le coup de foudre on dirait, non ?! J'aime te sentir comme ça, je t'embrasse :)
Le 25/06/2008 à 19:24, par M.
Pas loin... Si ce n'est lui, c'est donc son frère, comme dirait Jean... ;-)
Merci, je t'embrasse aussi
Le 25/06/2008 à 19:51, par LuJ
Retrouver ces endroits où j'ai posé les pieds, ces soirées que j'ai aimées, ces senteurs ennivrantes.
Retrouver tout ça dans tes mots.
Et "les routes à filer la nausée"... On ne pouvait pas mieux les décrire.
Merci toi de nous rappeler que la vie est belle
Le 25/06/2008 à 21:35, par M.
Toi...
Un retour pour toi aussi, hum ? Quel bonheur...
Je te rappellerai que la vie est belle aussi souvent que necessaire, tu le sais bien.
Merci de tes mots, ici et ailleurs.
Je t'embrasse, cher Mister T. ;-)
Le 28/06/2008 à 16:22, par Fiso
Plusieurs choses :
Bebo & Cigala, j'ai, j'aime, je le chante toujours à tue-tête :)
La Corse, je ne connais pas, j'en rêve depuis des années, une amie m'a promis un séjour dans sa maison, l'année prochaine. A moi le kir à la chataigne et la charcuterie !!!
Le bronzage : ton irlandaise préférée aux yeux verts noircit très vite ! Paraît que la peau a une mémoire, je ne m'explique pas autrement que par mes premières années sous les tropiques cette faculté à bronzer vite et bien ...
Contente de te revoir, moi aussi !

Le 29/06/2008 à 8:38, par M.
Ma Fiso...
Lagrimas Negras est l'un de mes albums préférés, si tu savais comme j'ai pu l'écouter... Ce chant gitan mêlé au piano cubain... Un régal, d'une beauté étrange et rare.
Et la Corse, tu vas adorer ! Un conseil : essaies leur apéritif à base de Myrte.
Je t'embrasse ma belle

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