Les Petites Choses

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M. "Les petites choses ont leur importance : c'est toujours par elles qu'on se perd." Fiodor Dostoïevski

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Deux ans

Par M. :: 15/09/2009 à 19:35 :: Petites Choses egocentrees

Saccadée.
Le souffle impatient. L'excès bondissant. Le front perlé de fièvre, le nerf tendu. Les gencives à vif. Je devais ressembler à ça, le premier jour, lorsque mes insomnies décoiffées poussèrent la porte d'un coup de hanche. Animée d'un superbe désespoir, je choisis un nom minuscule et deux majuscules, l'une pour muse, l'autre pour brosse. J'étais Picasso sans Guernica. Sans feu ni glace au bout des doigts. Mais, dans le ventre, quelques démangeaisons.
Je viv ais alors le règne des pulsions. Des grands gestes, des cris. Des dents, il me fallait mordre. La nuit. Je traversais les champs de l'expérience, soulevant la poussière de mon ignorance. Curiosité rapace. Appétit féroce. Regard flou mais ongles pointus, tranchants. Dans la chair des petites choses qui nous perdent, voir si quelqu'un vit derrière. Je ratissais large. Mais toujours, en bouche, ce relent d'inassouvi. Pourtant, j'en mâchais du plaisir, j'en buvais des litres, croquais la chair. Il demeurait. Amer et gluant. Il n'étouffait pas sous la moiteur des peaux, ni ne mourrait dans la blancheur des nuit. Même le silence que j'allais chercher en secours restait impuissant à le faire taire.
Je fus vierge, je m'en souviens maintenant. Prisonnière volontaire de la vase de mes émotions. Ma braise était cendres et je m'en lavais les mains. M'en enduisais le corps. Je traversais le désert et m'imaginais sur Kailua Beach, les pieds salés, les cheveux libérés dans la brise du soir. J'habillais ma solitude d'une robe longue, d'un flambeau et l'appelais liberté. J'étalais mes confidences comme du ciment pour me lier à quelqu'un, quelque part, n'importe quoi, vite, absolument. J'eus de la chance, beaucoup, de rencontrer quelques oasis, et de ne pas me dessécher.
 


Deux ans, c'est quoi ?
Deux bougies plantées dans une vie qui n'a pas d'âge.
Le temps d'une valse sur mon reflet, pour dévêtir ma liberté, apprivoiser ma solitude et lui devenir infidèle. Abattre quelques certitudes pour que les rayons du doute, le seul qui éclaire, pénètrent le dense feuillage de ma conscience. Ne me plus m'exhiber mais me défaire des artifices, du superflu qui émaille le défaut, des coups de soleil, des cicatrices peut-être, sait-on jamais, si tout s'avérait possible... Quitter l'ombre. Flirter avec la lumière pour, sur sa couche, conquérir l'inutile. Et le beau. Ôter ma peau, s'il lui prenait de me retenir.
De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace ! L'audace se déplace. Les crocs se reposent. Après l'entracte. Les couteaux rentrés et les rideaux tirés. Le désespoir crie en silence, derrière. Il n'a plus besoin de scène. Préfère la laisser aux vraies tragédies grecques. Au monologue du jardinier. La hiérarchie s'installe sur la pointe des pieds.
Et je danse sous la pluie. L'Adagio succède au Requiem. Il n'est pas bleu, l'Adagio, il n'est pas heureux et bête de l'être. Frissonnant comme une paupière qui se soulève, fragile comme le souffle qui précède un baiser longtemps retenu. Patient comme une naissance, il longe la moelle secrète de l'instant, s'imprègne des couleurs du ciel avant de s'envoler, délicat et décidé, vers la crête des chapelles où les coeurs abîmés prient. C'est le rose d'un vol de flamants sur le gris des étangs de Camargue. Les éclats d'un rire qui se libère sur les marches de la Scala. Ces immenses contenus dans d'infimes gestes. L'univers rassemblé entre nos paumes. Les violons et les silences qui accompagnent la clarinette.
J'ai dépoussiéré l'obscurité, dépossédé la souffrance de son piédestal. Dans l'âtre gisent mes fausses croyances, mes dieux placebo. J'ourle mes pages d'un peu de ces voix qui murmurent, derrière ma nuque, que le chemin est encore long et qu'il me faut tendre l'oreille. Car déjà, au loin, raisonnent les tambours. 




Photos : Blog_Trotter

 

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