Les Petites Choses

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M. "Les petites choses ont leur importance : c'est toujours par elles qu'on se perd." Fiodor Dostoïevski

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Celle qu'on avait perdue

Par M. :: 25/11/2009 à 11:23 :: Petites Choses egocentrees
 
Une galerie marchande dans une station de ski.
Les boutiques siglées Rossignol et Salomon encadraient la FFS qui enregistrait les inscriptions. Une semaine plus tard, elle distribuerait étoiles et chamois à ses jeunes skieurs émérites. A l'étage inférieur, les magasins d'alimentation. Ma mère devait justement s'y rendre, il lui manquait du lait et puis du pain aussi. Mon père se tenait immobile devant une vitrine, tout à la contemplation du matériel exposé : une paire de skis dont la ligne de côtes surdimensionnée et le large châssis sentaient bon la maîtrise facile et les virages sans effort.
- Je descends.
- D'accord.
- Tu gardes la petite ?
- D'accord.
Puis, s'agenouillant devant moi :
- Tu tiens bien la main de papa, hein ? Tu ne la lâches pas. Je vais faire les courses et je reviens.

Mon père se gratta l'oreille une seconde. Ou bien voulut saisir un billet dans sa poche, nous étions proches du bureau de tabac et il ne manquait jamais de jouer au loto. Peut-être avais-je la main qui transpirait ? Il l'aurait alors lâchée pour essuyer la sienne.
Personne ne se souvient exactement. La panique a tout effacé. Pas tout, non. Elle a gommé les détails, laissé les impressions.
Lorsque ma mère remonta, le pain et le lait dans les bras, mon père me cherchait déjà. Ils parcoururent la galerie en criant mon nom, fouillèrent chacune des boutiques, demandèrent à tous les commerçants, aux passants. Personne ne semblait m'avoir vue. Ma mère pleurait. Mon père avait peur. Une heure s'écoula dans ce terrible suspens. Puis une jeune femme vint les informer qu'une petite fille pleurait au pied des escalators.

J'avais quoi ? Trois, quatre ans.
Je n'ai pas de vrai souvenir de ce jour-là. Juste des bribes, les impressions disais-je, comme une poussière qui vient parfois me couvrir. Me faire tousser un peu.

Nous n'évoquons que très rarement cette histoire. Lorsque nous le faisons, mes parents s'accordent sur l'étrange relativité du temps. Ma mère m'assure que les six heures passées en salle d'accouchement pour me mettre au monde lui parurent moins longues que celle de ma disparition. Mon père confirme, sans un mot, les yeux baissés.   
Et moi... Moi, je crois que j'ai toujours un peu peur que l'on me perde.
 

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