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S'il te plaît, raconte-moi un mouton

Par M. :: 04/03/2010 à 23:51 :: Général

 

Metz

Le mouton, moi, je voulais qu'on me le dessine avec la voix. Celle de ma mère, ou de quelque autre bienveillant, m'était absolument nécessaire à l'heure du coucher. Ainsi, chaque soir, je m'endormais bordée par les aventures du Petit Chaperon Rouge, Robinson Crusoë ou Tartarin de Tarascon.
J'aimais toutes les histoires sans préférence. On aurait bien pu me narrer le quotidien d'Aldo le pizzaïolo ou la vie et mort du tricot de Solange, ma joie n'en aurait été moindre, ni mon sommeil moins profond. J'étais, en réalité, fascinée par les flux et les intonations, les phrases, les mots dans les phrases, les lettres dans les mots. La façon dont cet ensemble, soumis à une sage orchestration, produisait lieux et noms, costumes et couleurs. Et le lien qui lentement se tissait entre la voix et l'oreille qui lui était attentive, ce fil conducteur de l'information.
Je n'eus de cesse, alors et depuis, d'étudier la recette. Raconter parce que c'est magique, parce que c'est magnifique ! Puis, raconter parce que c'est important. Je le compris plus tard, lorsque j'eus atteint l'âge grave auquel l'on peut confier les histoires vraies. Je demandai à mon grand-père comment c'était la guerre. Dans ses récits, l'intrépide ne se nommait plus Tartarin mais Georges ou Alfred, et le naufrage de Robinson semblait bien tendre face aux canons allemands. La narration ne visait plus le sommeil mais son contraire, exactement. Pour que jamais ne s'endorment les souvenirs, ne se perdent les histoires.
La semaine dernière, sur la route qui signait la fin de mes vacances, j'écoutais Alain Badiou parler de la transmission, ce moteur qui l'encourage à enseigner. Je venais de suivre les traces d'un autre grand-père, sur les mémoires d'une autre guerre. Des voix nouvelles m'avaient conté la terre sous le sabot des vaches, l'or de la place Stanislas. Et les regards m'avaient conté l'amitié.
Autour de la table, toujours abondante, le soir je retrouvais mes hôtes, la douceur de leurs sourires et les moutons que leur silence dessinait.
 

Fort de Douaumont

 

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