Les Petites Choses

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M. "Les petites choses ont leur importance : c'est toujours par elles qu'on se perd." Fiodor Dostoïevski

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13 larmes

Par M. :: 09/06/2008 à 15:41 :: Petites Choses egocentrees

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Je savais que l'heure du bilan viendrait.


Tout a commencé par les cartons.
Livres, CDs, DVDs, cahiers et papiers du bureau. Mon univers, quoi. Les objets auxquels je tiens le plus.
J'aurais dû tout attraper, tout mettre en boîte, sans regarder, sans trier, sans rien. J'aurais dû, je savais que je devais. Mais... Mais je suis une sentimentale, et je me suis arrêtée sur chaque disques, chaque bouquin, lisant une phrase par ci, écoutant une chanson par là. Je me suis ainsi rendue compte du nombre incroyable de CDs que j'ai acheté ces trois dernières années. Mais c'est un autre sujet. Quand la bibliothèque fût vidée, j'ai attaqué le chantier du bureau.
Mes cahiers et carnets. Mes écrits, depuis 2004, les précédents sont chez mes parents, je crois. Quelques tristesses, d'autres joies, des histoires, inventées ou racontées. Et des lettres. De très belles lettres.
Une de Benoît. Entre nos deux ruptures, parce que nous avons rompu deux fois, Benoît et moi, deux fois comme pour être sûrs.
Je me souviens de celle-là : je l'avais trouvé sous mon pare-brise, en regagnant ma voiture, un soir, après le boulot. Il avait dessiné une fleur sur le i de mon prénom. Et commencé par bonjour Princesse ! Il ne m'a appelé princesse qu'entre nos deux ruptures, c'était une période particulière. Dans cette lettre, il me disait de jolies choses, comme il ne le faisait jamais. Il me disait son amour, sa tendresse, son amitié, sa foi en moi et notre complicité. Il me disait du moment que je vois des étoiles dans tes yeux lorsque j'y plonge les miens, du moment que les mots les plus doux nous rappellent l'un à l'autre, du moment que tu me rends fou, tout feu follet, tout feu tout flamme, alors je veux vivre tout ce qu'il est possible avec toi, très peu de peine, beaucoup de joie, quelques p'tits fours et plein d'amour !
J'ai rangé la lettre dans une pochette de CD. Une gravure MP3 qu'il m'avait envoyé de Suisse, avec Cat Power (merci, Ben ! Je te dois ma meilleure amie), Anthony and the Johnsons (il m'a fait de bien beaux cadeaux...), Syd Matters, Dezarie, Toma Sidibé, Pauline Croze et Wax Taylor. Son dernier présent.
J'ai mis le CD avec les autres, dans les cartons qui leurs sont dédiés. Et j'ai versé une larme, en visionnant sur la toile de mes paupières closes le film de notre histoire d'amour. Moi en Juliette, lui en Roméo, personne n'est mort à la fin sauf l'amour. Et encore... Il en reste dans chacun de mes souvenirs de lui.

J'ai aussi retrouvé une lettre de Julien, mon cher Julien. Une lettre sublime, tant par sa forme que par son fond, la première fois sans doute qu'il m'ouvrait son coeur et me disait combien je lui étais précieuse. All apologies ou pas loin, une simple et belle déclaration d'amitié, d'amour, d'un peu tout mélangé, comme ça l'a toujours été entre nous.
Sa lettre se termine sur ces mots : l'heure avance, mon café refroidit, ma clope n'est plus que cendres et le soleil a tourné. Une autre cigarette avant d'aller bosser... M.-qui-dort-encore saura-t-elle me pardonner ? Sûrement. C'est pas la bonté qui manque.
Mi querida M.,
Tu querido Julian,
Feliz Cumpleanos
C'était au lendemain de mon anniversaire, de l'année 2005.
Et bientôt trois ans plus tard je verse une larme en pensant à tout l'amour né entre nous, tout le mal qu'on a pu se faire, par maladresse, par jeunesse, tous ces premiers souvenirs en Avignon éternellement liés à lui, et cette première moitié de nuit, il y a si longtemps maintenant, où il est devenu mon troisième amant.

Tant d'amour...
Tant d'amour inclut, bien sûr, ma majuscule.
La lettre à C., neuf pages manuscrites, écrites au fil des jours chômés de l'été dernier. Quand de lui j'essayais de me sevrer, alors je lui écrivais, des mots et des lignes, des pages de lignes, en guirlandes, en rubans, en tendresse et douceur, je lui écrivais le manque, je lui écrivais l'amour et tout celui que je pourrais lui faire si seulement il le voulait bien. Neuf pages jamais envoyées. Mais toujours conservées. Cette fois encore.
Je suis aussi tombée sur nos premières conversations MSN. Ses accidents de tendresse, quand quelques mots doux lui échappaient, quand il me disait que je lui manquais, quand il me parlait de son envie, de ses envies, entre nous elles ont toujours été plurielles, commes les raisons qui font que.
Et une larme sur ce papier de nos mots taché.

Bordel !
J'ai aimé dans cet appartement. J'ai aimé tellement que j'ai écrit, parlé, chanté, crié, joui et pleuré mon amour, mes amours, passées mais jamais complètement mortes.
Une larme ne les éteindra pas.

Une autre pour la solitude qui a pu régner à cette adresse. La première qui n'appartienne qu'à moi. Il m'a fallu du temps pour aimer vivre seule. Et aujourd'hui, je ne changerais ça pour rien au monde.

Une larme de fierté pour avoir su dompter, apprivoiser et finalement aimer, cette douce solitude, l'indépendance, la liberté autant qu'elle soit possible, et celle que je suis devenue, au milieu de tout ça, dans cet appartement à moi et rien qu'à moi.

J'ai fait une pause. Me suis servie un verre de vin, ai allumé une cigarette. Le tout face à la fenêtre. C'était sans doute la dernière fois que je me tenais là, assise à mon bureau, à regarder la place du Palais vivre et rire et s'endormir, peu à peu. Je ne saurais dire combien d'heures j'ai ainsi passé, combien d'amants j'ai regardé s'éloigner, combien d'amis j'ai vu arriver, combien de pas j'ai entendu claquer sur les pavés. Mon observatoire, ma vue sur les étoiles, mon refuge, mon église, lieu de culte, lieu de rêve, comme une nuit qui s'installait dès que je m'asseyais, là, face à la fenêtre.
J'ai levé mon verre à ces moments privilégiés, en tête à tête avec moi-même comme dirait M (le chanteur, hein), et j'ai pleuré. Sans peine, juste de l'émotion. Comme trois ans d'émotions qui refluaient soudain.
Je suis trop sentimentale.

Et Damien. Je ne peux parler de la fenêtre sans penser à Damien, le sublime serveur du In et Off café, que je regardais, par la fenêtre donc, travailler toute la journée, à m'en user les yeux je le regardais. Le matin j'ouvrais les rideaux sur lui et son plateau, sa silhouette élégante, ses yeux verts et ses cheveux blonds cendrés, ses fesses rondes et ses bras musclés. Le soir je ne les fermais qu'après son départ, pour le regarder encore, le plus possible, il était si beau, et j'étais (je suis) légèrement (complètement) obsessive. Il m'a rendue dingue deux étés durant. Puis il n'est plus revenu.
Bref.

Je me souviens très bien du jour de mon arrivée ici. De l'emménagement. Ma famille m'avait aidée. Un camion transportant des taureaux s'était renversé sur l'autoroute, à la sortie de Montpellier. Les bêtes rescapées couraient sur les voies. Fermées, forcément. Déviations et compagnie. Nous avions mis plus de trois heures avant d'atteindre Avignon. Nous avions fini tard, il faisait déjà nuit. C'était le 12 février de l'année 2005. Nous avions partagé une pizza avant que mes parents et ma soeur ne repartent.
Puis je m'étais retrouvée seule, dans cet appartement où mon seul nom figurait sur la boîte aux lettres, dans un petit lit presque taillé à mes dimensions. Je me souviens que cette nuit là, je m'étais réveillée 6 fois en sursaut, me demandant où j'étais. Il m'a fallu du temps pour me situer. M'habituer à ces quatres murs et demi.

Quatre murs et demi entre lesquels j'ai appris l'amour. Physique d'abord, je le connaissais mal, je me connaissais mal. Mes amants de passage m'ont enseigné l'art, je l'ai cultivé et enseigné à mon tour, j'ai partagé, j'ai embrassé, caressé, mordu, frissonné, chuchoté, murmuré, crié, perdu la tête, le nord et le reste, la nuit, le jour, entre les deux parfois, j'ai partagé, quoi, mon corps, les leurs et mes draps.
Mon coeur aussi. Je l'ai déjà dit. Bordel ! J'ai aimé dans cet appartement. J'ai appris à aimer, j'aimais mal avant. Ou alors juste différemment, moins sereinement peut-être, plus cruellement sûrement.

J'étais un monstre lorsque j'ai intégré ces lieux. Une monstre d'égoisme, d'égocentrisme, de caprices et autres encore. Je voyais les autres, les entendais, mais j'étais incapable de les écouter, de prendre soin d'eux. J'étais une mauvaise personne. Dérangée, instable, mal dans ma peau autant que dans ma vie. Alors je l'ai reconstruite, ma vie. Puisque Benoît l'avait détruite en me quittant, je l'ai réparée, arrangée, reformée, à mon goût et selon mon instinct. Aujourd'hui, j'aime à penser qu'elle me ressemble. Comme je le disais l'autre jour, mes paroles et mes actes sont en adéquation, et c'est bon. J'ai gagné en maturité, certes, mais surtout en sérénité, et peut-être même en philosophie. Celle du relativisme restant parmis mes favorites. Ça, et la positive attitude.
Je suis devenue une sorte d'Amélie Poulain, et même si je râle j'aime bien ce qualificatif, il est bienveillant, je crois.
Je me suis soignée, quoi. Bien sûr, il reste des angles à arrondir, mais j'y travaille, j'y travaille...

L'heure est arrivée sans que j'y prenne garde. Un soir, c'était le dernier. La dernière nuit. Ma soeur était là, je n'ai donc pas pu me livrer au rituel que j'avais imaginé : musique, vin et joint, quelques lignes sur mes années place du Palais, des adieux en bonnes et dues formes avec chacun des murs, coins et recoins, sans oublier les poutres de bois du plafond. Non. Nous avons regardé un film, parlé du lendemain, déménagement day, de l'organisation et du bordel que ce serait, et nous avons dormi.

Vendredi matin, pas le temps de réaliser. Vite, vite, vite, toute la journée.
Ce n'est que le soir, quand je suis retournée à ma définitivement ancienne adresse, que j'ai traîné mes baskets sur le sol débarrassé, sans canapé ni chaise pour poser mes fesses, que j'ai pris conscience que c'était fini. Je n'habitais plus ici.
Une treizième larme.

C'est con, quand même, tout ce cirque, toutes ces larmes, pour un appartement. Mais ce n'était pas n'importe lequel, c'était le mien, pendant plus de trois ans. Et j'y étais bien, j'y ai vécu tellement.


13 larmes.
L'écume des souvenirs, en quelque sorte.
Et le sourire aux lèvres j'ai fermé la porte du N°13 place du Palais.
Le meilleur est toujours à venir.




Douze pensées

Par M. :: 25/05/2008 à 21:03 :: Petites Choses egocentrees
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Que fais-tu ce soir ? Je me le demande. Quinze jours sans nouvelle, c'est la première fois. Je ne comprends pas, alors j'essaie de ne pas y penser. Et puis la Terre ne cesse pas de tourner parce que tu cesses de m'appeler. Alors je travaille, je m'amuse, je déménage. Et parfois, je me demande.

Sylvain était drôle l'autre soir. Ça fait du bien de le revoir. Il est de plus en plus sexy. Comme quoi, la rupture a du bon, parfois. Elle est salutaire. Ecrite, surtout. Rien de sert de lutter, certaines choses ne naissent que pour mourir.

Il pleut. Et c'est dimanche. C'est con. Mais pour une fois, je m'en fous. De la pluie et du dimanche. Du bordel à venir. Des choses que je n'ai pas encore faites, et qui urgent. Des silences que je laisse s'installer. Des petites déceptions. De l'inutile. Du en trop.
Rien n'est jamais dramatique.
Avant, j'aimais les drames.
Plus maintenant. Non.
Plus maintenant.

Je me boirais bien un Mojito, là. Celui de vendredi était bon. Frais. Et Jonathan amoureux. Ses yeux comme deux fins traits bleus. L'alcool, sûrement. C'est vrai qu'il est mignon, son Julien. J'avais envie de danser. Comme la semaine dernière. Un air de salsa endiablée, un corps à corps à la limite de l'indécence, les hanches qui se balancent, droite gauche, droite gauche, et les mains qui frôlent, les peaux qui moites, les souffles qui se mélangent. Puis les langues. J'avais envie de sexe. Mais j'avais plus encore besoin de dormir. Alors je suis rentrée. Et j'ai rêvé.

J'ai envie de faire une crémaillère. Je n'ai jamais fait de crémaillère à moi. A mon retour de Corse. J'ai hâte d'aller en Corse.

C. est connecté sur MSN. J'ai envie de lui parler. J'ai hâte de le revoir. Encore plus que d'aller en Corse.

Est-ce que je garde un narrateur extérieur pour ma scène d'adieu ou est-ce que je rentre dans la tête des personnages ? Je ne sais qu'en faire, de ce truc. J'ai pourtant envie d'en faire quelque chose. J'ai l'impression d'avoir de la glaise plein les mains, sans savoir comment la modeler. Je devrais prendre du recul, y revenir dans quelques temps. De toutes façons, entre le déménagement et les vacances, je ne vais pas avoir le choix.
J'aime bien disparaître, de temps en temps.

Ça fait longtemps que je n'ai pas écouté Cat Power.

J'ai reçu un mail des Yeux Verts, cette semaine. Touchée... Il était si beau, les Yeux Verts, et son sourire... Je suis contente qu'il pense toujours à moi. Peut-être que c'est ça, l'immortalité.

Je commence à faire le tri, un peu. Jeter des choses. Visualiser les cartons, avant de les faire. J'ai retrouvé des fringues qui ne m'appartiennent pas. Avec elles, des souvenirs. J'ai hésité. Le temps d'une cigarette. Et puis j'ai préparé un sac. Et une enveloppe. Je les ai lavées (les fringues, pas le sac et l'enveloppe, bien sûr), séchées, et rangées (dans le sac et l'enveloppe, cette fois). Les souvenirs sont dans ma tête, et mes cartons sont assez pleins. J'ai peur d'attaquer le tri de mes CDs. Et bouquins.
C'est le côté chiant du déménagement. Les cartons, et les souvenirs qui traînent.

C'est une des dernières fois que je suis là, assise à mon bureau, face à la fenêtre, face au Palais. Un verre de vin et une cigarette, j'ai une image à cultiver, une musique venue d'Amérique, quelques mots sur le clavier. Je regarde les passants passer, sur la place. La nuit sera bientôt tombée, elle l'est déjà dans mon appartement. Je devrais allumer la lumière. La vue va me manquer. Je devrais l'écrire. Je vais l'écrire. Ah, ils viennent d'allumer les spots sur le Palais. Merde, c'est moins joli maintenant.

J'ai un coup de fil à passer.
 
 

D'un jour à l'autre

Par M. :: 21/05/2008 à 21:39 :: Petites Choses egocentrees
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Mercredi
Ai visité des apparts. Cinq. Neuf avec ceux d'hier. En ai peut-être trouvé un. Problème de financement à résoudre. Appelle mon banquier. Rendez-vous samedi.
Bois l'apéro avec Ketty, en terrasse. Rosé. Puis m'en vais avec elle, chez son frère. Un barbecue. Bonne soirée. Je passe la nuit là-bas. Je dors bien.

Jeudi
Me lève pas tard. Profite du jardin, du calme. Le chant des oiseaux et celui de la fontaine. Puis prends le petit-déjeuner avec Sylvain, sur sa terrasse. Il me parle de choses que je ne suis pas sûre de comprendre, mais c'est agréable. Je me dis que je pourrais acheter ce bouquin dont il me parle tout le temps. Et puis il me raccompagne.
Je passe l'après midi à me balader, je fais bien, il pleuvra le lendemain.

Vendredi
Ciel gris. Bas. Me lève tôt, ai rendez-vous pour visiter un appart'. Encore. Bien, mais moins que celui de mercredi. Je vais attendre l'entretien avec le banquier pour me décider.
Vais travailler à 14h. Journée atroce. Ma chef hystérique, comme d'hab. Migraine qui nait à 14H30, s'installe à 15h, persiste à 18h. Rien ne se passe comme je le voudrais. Je râle. Heureusement, un vieil ami au téléphone dans la soirée. Il me fait rire, beaucoup. Me promet de venir bientôt, peut-être cet été.
22h, je sors. Croise des potes. C'est l'anniversaire de l'un d'eux, alors on boit des Mojitos. Et des shooters de... Tequila, je crois, je ne sais plus. Un jeune garçon me drague, je bats des cils et roule des hanches. J'ai chaud. J'ai trop bu. On danse beaucoup, on parle peu. Je suis ivre. Il me raccompagne et me baise sur mon canapé. Puis il s'endort. Moi aussi.

Samedi
Me lève tôt, vire le jeune garçon, prends une douche et vais voir mon banquier. Suis encore ivre, un peu. Sais plus ce que je lui dit, mais ça fonctionne. Il me prête l'argent sans frais. Je vais pouvoir déménager. Je sors de là épuisée – mais ce n'est pas de sa faute – et contente – là, il y est pour quelque chose. Je ne déjeune presque pas et vais travailler.
La chef plus calme. Ça tombe bien. J'ai envie d'un café mais j'ai mal à l'estomac. Je me demande si je vais tenir jusqu'à 22h sans m'endormir.
Je tiens. Je rentre (avec difficulté, cf comment Michel Drucker m'a empêchée de rentrer chez moi). Je dors.

Dimanche
Boulot à 8h. Le dimanche, à cette heure, la place est déserte. Elle se réveille plus tard que moi. Lentement. J'aime la voir. Les livreurs, les joggers, les joueurs de tiercé. Je bois un café devant l'hôtel avec Arnaud. Je lui raconte mon week-end, on rit.
16h : je quitte. Je bois une bière avec Jo. Je constate que j'ai bu (au moins un verre) tous les jours depuis 15. L'été a commencé pour moi, malgré le temps pourri. Le vent s'est levé dans la matinée.
Je rentre chez moi et lis.
Le soir, je me fais couler un bain, avec des bougies, un verre de vin et ma liste de lecture créée pour : smooth jazz for bath. Un jour, peut-être, j'en parlerai. Ça me plairait de la partager.
Je sors de l'eau et m'endors sans me sécher.

Lundi
Suis de matinée toute la semaine. Ai pas l'habitude, suis dévariée. Quelques clients rigolent de mes yeux gonflés. Alors j'en rigole aussi. Je suis fatiguée.
Je passe à l'agence en sortant du boulot. Je remplis le dossier, cette fois, sauf catastrophe, c'est sûr : je déménage. Et j'ai hâte. Je rentre chez moi et réalise que je vis mes derniers jours dans ces 25 m². Un peu de nostalgie, je comprends que les murs vont me parler, me raconter mes histoires, chaque soir jusqu'à mon départ. Je n'ai pas souvent déménagé dans ma vie.
J'annonce la nouvelle à la majuscule. L'invite à venir visiter mon nouveau nid douillet durant l'été, lui faire l'amour et la cuisine. Il sourit. Moi aussi. Je suis contente. Je sais, je l'ai déjà dit, je le dis tout le temps. Peut-être parce que c'est vrai.
C'est assez drôle comme je me sens bien depuis quelques jours.

Mardi
Boulot. Bière. Bouquin. Je m'habitue à mon nouveau rythme.
Je suis invitée à dîner. Un client, je l'aime beaucoup. Il pourrait presque être mon père, d'ailleurs il lui ressemble un peu. Bien sûr, notre rencard n'a aucune fin sexuelle. C'est rare, j'apprécie. C'est reposant.
On dîne dans un de mes restaurants préférés, sur les pavés, devant la petite église dont les cloches sonnent si fort à midi. Il me parle de lui, sa vie, les multiples "casquettes" qu'il porte. Il est pluriel, j'aime. Il est fascinant, dans son genre. Il me parle de son association, et de son action au Niger. Mon coeur bat, mes yeux brillent, il le voit. Si un jour... il m'emmènera. Je me souviens que j'en rêvais quand j'avais 15 ans. Ai-je changé ?
Le vin me détend, je ne sens presque plus le vent. La place se vide, nous la quittons. Mes talons incertains sur les pavés. Je lui dit que ça fait bientôt 4 ans que je m'entraîne à ne pas tomber, il sourit. Il me dit qu'il a passé une bonne soirée, je lui dis que moi aussi. A remettre, on est d'accord. Il me raccompagne et me colle un gros baiser sur la joue. Il m'appelle ma belle. Je suis émue.
J'essaie d'écrire un peu avant de me coucher, mais j'ai trop bu.

Mercredi
Me lève tôt, encore. Vais travailler, encore. Suis fatiguée, encore. Et encore 3 jours à tenir.
J'essaie d'organiser mon déménagement. Je stresse et crise un peu. J'envoie valser ma mère et ma soeur. J'abuse.
Je me calme avec l'arrivée de ma collègue de boulot. Elle me fait marrer, c'est cool. Elle a un don pour réveiller ma part conne, enfin, drôle. On rit beaucoup. Travaille peu. La chef n'est pas là, on en profite. Je n'ai pas particulièrement envie de rentrer chez moi. J'ai mille choses à faire, mais pas le moindre courage pour.
Je finis chez moi à lire. Et je m'endors sur mon bouquin.
19h : je me réveille. Je ne sais plus où j'habite. Prémonition ?
Des coups de fil à passer. Un verre de rosé, une cigarette. Envie d'écrire. Vais reprendre ce truc sur lequel je "travaille". Essayer d'en faire quelque chose, pour une fois. Ecoute Ali Farka Touré. Fume un joint. Et jette quelques petites choses sur l'écran avant d'écrire vraiment.
 
 
 

Mais avant, le printemps

Par M. :: 09/05/2008 à 1:26 :: Petites Choses egocentrees
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Un seul regard vous manque, et tout est dépeuplé, j'écrivais il y a quelques jours. C'est vrai, trop vrai, en ce qui me concerne. C'est vrai, et c'est moche que ce soit vrai. C'est moche que j'en arrive à me sentir si nulle quand on ne me voit pas.

La semaine dernière, le moral dans les baskets, je me noyais dans mes larmes et me perdais dans mes idées noires. Je n'étais qu'une petite chose, insipide, invisible, rien, quoi. J'aurais troqué mon coeur contre une pierre si j'avais pu, si j'avais su qu'ainsi la douleur se tairait. Et puis un matin... Ou plutôt un soir, j'ai eu mal à en crever. Mais ce n'était pas l'heure. De crever, je veux dire. Alors j'ai sorti la lame de mon coeur d'éponge, puisque non de pierre, et je me suis levée de mon lit. Avec ces phrases à la con : tomber sept fois, se relever huit ; ce qui ne te tue pas te rend plus fort. Il n'y avait pourtant pas de quoi me tuer. Mais quand on tape là où ça fait mal, deux solutions : se coucher, abdiquer, ou se lever, et rester digne. Je ne suis pas de celles qui se couchent. Sauf à des fins orgasmiques, bien sûr. Donc.
Donc je me suis levée, et me voilà debout, très immodestement plus sexy que jamais, plus en vie (et envie) que la semaine dernière en tous cas.
Je suis toujours plus belle après la guerre.

J'écoute en boucle mad world de Gary Jules, et des mots me reviennent : tu es forte... Bien sûr. Ne dis pas que tu n'es pas quelqu'un de bien... Alors je ne le dirai point. Je n'hésiterais (conditionnel) pas une seconde... Tu sais que je t'aime ?

Le blog est une thérapie.
Je l'ai lu chez d'autres, je l'ai souvent, si souvent pensé. Pas dans tous les cas, c'est certain, mais la façon dont je l'utilise... Le blog est mon thérapeute. Parce qu'ici je n'écris pas de jolis mots. Quand ils sont jolis, c'est par accident, ou par goût, je l'avoue, j'ai un faible pour les jolies choses, et les mots par dessus tout. Mais ici, je n'écris pas de jolis mots, dans le sens où je ne les veux pas jolis, je ne les travaille ni ne les recherche. Mes exercices, et plaisirs, sont ailleurs.

Et tout à l'heure Jésus (parce que je le connais) m'a dit : si on dit la vérité on est sûr, un jour ou l'autre, d'être découvert. Celui qui le peut le fait, celui qui ne le peut pas l'enseigne. Je me balade nue sur ces pages depuis le début, je crois que j'ai choisi mon camps. Mon espace, ma liberté. Puisque ce monde nous veut vêtu, coiffé, soigné, ici je serai nue, entière et vraie.
Tout ça pour dire que le fait de tout dire, justement, sur ces pages, mêmes si virtuelles, m'aide, si ne me soigne. Me voir ainsi à poil m'apprend à ne plus me considérer comme un monstre, d'égoisme et autres défauts. M'apprend à grandir, sans doute, j'espère ne jamais arrêter, parce que, je crois, si on ne grandit plus on rapetisse. J'économise 40 € par semaine, et les oreilles de mes amis. Je deviens autodictacte. Sujet d'étude : moi, mes névroses et mon nombril. Me, myself and I.

Et dans les labyrinthes de mes méandres, je me perds. Once again.

Une semaine sans regard, et je suis presque morte.
Mais, parce qu'il y a toujours un mais, certains qui dérangent, d'autres qui arrangent, celui-ci ne fait pas partie des premiers, mais, donc, le vent a tourné, comme ça finit toujours par arriver, le vent ou la roue, peu importe, tant que ça tourne.
Je me suis levée lundi avec une pêche incroyable qui, cahin caha, ne me quitte pas depuis. Mes amis ne furent qu'amour, dans leurs mots j'ai réssuscité. La vie fût tiède et facile, merci à elle et son hasard, qui fait toujours pas trop mal les choses. Et des regards sont arrivés, se sont posés sur mon dos dénudé, sur mes hanches, sur ma nuque, sur mes lèvres aussi, il me semble l'avoir vu.
Et me voilà vivante, vive et charmante, le sourire aux lèvres voulues, le rythme dans les hanches réveillées, la vie et l'envie dans chaque membre capable de remuer. Tout ça grâce au regard. Et au soleil, bien sûr. Les effets du printemps, probablement.

Je parlais d'été, mais la saison d'avant, celle des amours, l'ami Printemps, s'installe confortablement. Il suffit de lui faire une place.
Entre ma thérapie virtuallo-scripturale, les regards, et le reste, je devrais y arriver. Sans trop de difficulté.
D'ailleurs, on dirait que c'est déjà fait.
 
 
Un clin d'oeil pour la Fée, à qui je dédicace la chanson.

Bientôt l'été

Par M. :: 06/05/2008 à 11:59 :: Petites Choses egocentrees
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Bientôt l'été. Pas encore, je sais, mais il n'est pas si loin, il est même tout proche, à bien y regarder...
Bras et jambes se dénudent, les orteils prennent l'air. Les décolletés se veulent plongeants et les peau se dorent sagement. On range le parapluie et sort l'ombrelle. Les terrasses de cafés s'étalent sur les pavés et l'on boit des demi-pêche après la nuit tombée. L'été est bientôt là.
Un an aura passé depuis l'année dernière.


Un été meutrier.
De meurtrissures. Le monde à travers des meutrières. Une prison de silence. De l'air venu de la mer, une chanson, toujours la même, how deep is your love sur la plage et des souvenirs à la pelle, pour se blottir dedans. Un été avec une folle idée, une idée à accoucher, qui meurt et disparaît quand approche la rentrée. Quelques gouttes de sang et tout s'arrête, l'espoir, la peur, et le reste. Un retour aux remparts désertés, le mois d'août est cruel en Avignon. Et puis la chaleur passe, les feuilles tombent, l'été laisse place à l'automne.

Un automne de rencontes, de dates, de chiffres et de comptes, et bien sûr de petites choses. Les premières, le 14 de septembre, à marquer d'une pierre blanche, ou pas. Des petites choses avec une grande majuscule, moi sur l'estrade à chanter mon amour. Il m'est revenu comme en écho. Avec des mots appris par coeur depuis, répétés tous les soirs, comme une prière. Lus et relus à m'en faire pleurer les yeux, s'ils pleurent c'est qu'ils ont vu juste. Des nuits à peindre un grand C. sur les murs de mes lignes, et trouver l'apaisement, et même la paix, simplement, dans une nudité absolue. Le 17 de novembre, cela faisait un an de lui.

L'hiver. Ses maudites fêtes, leur maudite dictature de la joie, sous de maudites illuminations. Les gamins qui braillent, les amoureux qui aiment. Moi qui fait beurk ! Et le froid partout, jusque dans mon ventre. Les petites choses qui murissent, leurs fruits aussi improbables qu'inattendus tombent dans mes mains ouvertes. Parce que je marche toujours les mains ouvertes. Pour ne pas qu'elles gèlent.
Quand l'année meurt, vive l'année ! J'ai survécu une fois de plus. De fausses nouvelles chances s'offrent, je les saisirai, peut-être, je me suis dit à l'époque.
L'hiver a duré. D'une drôle de façon. Un bal de nuits torrides dans les premiers jours, puis une solitude glacée parcimonieusement semée, comme un jus de citron sur une plaie. Des lignes encore. Des envies toujours. Des décisions enfin.
Une croisière, peut-être...

Le printemps s'est fait attendre cette année. Languir, désirer.
Tant et si bien qu'il décevrait presque mes attentes. A trop prier la chaleur, on n'ose plus y croire quand enfin elle s'installe. Elle a gagné l'air, demeure juste une petite boule froide entre mon ventre et mes reins. Elle fond, je sens ses gouttes couler dans mes labyrinthes. Bientôt plus rien. Ou alors un soleil, qui brille de l'intérieur.
L'été, quoi.
 

L'été, c'est ma saison. Celle des lions et des folles déraisons. Des nuits chaudes qui ne finissent pas. De la plage et autres histoires.
Festival, melon, rosé glacé ; peaux moites, baisers abricots et cafés serrés. Sous le soleil exactement.

Un an aura passé, depuis l'été dernier.
Un an, quelques évènements.
Les petites choses, quoi.

 
 

Tomber sept fois... et l'imperfection

Par M. :: 04/05/2008 à 23:39 :: Petites Choses egocentrees
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Tomber sept fois, se relever huit
proverbe japonais
 
 
La première fois que j'ai lu ces mots, c'était sur la couverture d'un bouquin de Labro que ma mère m'avait offert. J'étais alors au novembre de ma vie, un novembre qui dura de longs mois.
Un fidèle ami de l'époque m'avait assuré que je sortirais plus forte de cette épreuve. J'avais peine à le croire, j'étais si fragile, si vulnérable, l'ombre de moi-même, je n'imaginais pas pouvoir reprendre consistance un jour. Mais cet ami était sage et ses paroles de raison. Je me suis relevée, plus grande et plus forte. Plus belle, peut-être, aussi.
 
J'ai alors placé foi et espoir dans ce proverbe désuet.
Sa vérité s'est toujours vérifiée.
 
Déjà, plus tôt, plus jeune, j'étais tombée bien bas. Sur une plage un soir d'été. De lune pleine. Un homme sombre m'avait jetée à terre, et j'avais cru y rester. Mais, d'abord assise, puis à genoux, j'avais fini par me relever. La gamine était tombée, mais la femme se tenait debout, prête pour la suite du parcours.
 
J'ai chuté à mon entrée dans ces remparts. Cette ville, aujourd'hui presque mienne, m'a accueillie à grands coups de pavés. Dans la gueule. De ceux que l'on attend pas, et qui font mal. J'en porte encore l'empreinte, sur ma joue.
J'ai pleuré deux jours, le corps cloué au sol, le coeur sur le carreau. Et le troisième jour j'étais debout, à apprivoiser ces rues pavées qui m'avaient vue tomber, à apprendre ce décors qui désormais me verrait évoluer. A oublier ma chute. Pas oublier, non, mais digérer. Guérir. Me remettre.
Et en arriver à cette conclusion : quelle que soit la tombée, simple glissement ou total effondrement, je me relèverai. Aucune ne me laissera à terre.
 
J'ai des bleus sur le coeur et des cicatrices sur les épaules. Des griffures sur les bras et des morsures sur les seins. Du sang a coulé sous mes pieds. Autant de souvenirs de mes blessures passées, toutes soignées, toutes guéries. Ou presque. L'homme a un instinct de survie incroyable. Et je suis un homme, version imparfaite.


Oui, je suis imparfaite. Des erreurs, j'en commets. Je dis des bêtises. Fais parfois un peu n'importe quoi. Mais je sais certaines choses.
Je sais que le parfum du café est un formidable réveil. Ça, et les baisers. Dans le cou, sur l'épaule. Des baisers qui tombent tout le long du corps. Je sais que la caresse du soleil réchauffe les coeurs, mêmes si glacés. Je sais le chant du vent dans mes cheveux, leur parfum qu'il emporte pour celui qui est tout près. Je sais les vagues dans mes yeux lorsqu'ils s'ouvrent sur un visage aimé. Et la force de ma main, lorsqu'elle se serre. Je sais que mes mots sont maladroits, hésitants, parfois mal choisis, parfois si chiants, mais pour, toujours pour, jamais contre, ou alors tout contre...
Et... je me suis égarée. Que disais-je ?
Ah, oui : je suis imparfaite. Très imparfaite. Mais il y a pire : je n'aspire pas au contraire. Je n'aime pas la perfection. Je ne pense pas qu'elle existe. Si ce n'est dans le tiramisu de Luca, le charmant vénitien du boulevard Louis Blanc, à Montpellier.


Voilà où j'en suis arrivée. Après une semaine de cogitations intensives, de meurtrissures cérébrales et de ravalement de façade de l'égo, me voilà imparfaite et prête à me relever. J'ai levé les yeux de mes complexes et autres hontes, pour croiser le regard des autres. Et il m'a sourit. J'ai écouté leurs mots, ils étaient chantés. Et puis, j'ai reçu de l'amour. Et je ne connais pas meilleur remède.



 

Petite chose

Par M. :: 02/05/2008 à 15:45 :: Petites Choses egocentrees
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Depuis quelques jours déjà, des jours qui me paraissent des semaines, je rétrécis. Ostensiblement. Le soleil brille plus fort et ma lumière décroit. Si toutefois j'en avais une.
Je suis comme une ombre, l'ombre d'une petite, toute petite chose. Invisible. Inaudible. Insipide. Je n'existe presque pas.

Les mots, qui semblent toujours s'offrir si facilement à moi, désormais me snobent, me boudent. Ils se refusent à mes lèvres, à mes doigts. Si bien que je ne peux dire, et dire est le pont entre les êtres, je me suis toujours dit.
Sans les mots comme des fils entre eux et moi, je ne tisse plus de toile, je m'éloigne, je me noie. Sans les mots comme des couleurs que je donne, je me désole, je les désole. Sans les mots, le silence s'installe, et se fait roi. D'abord autour, comme un mur, des remparts, je suis ceinte d'un silence glacial. Puis à l'intérieur. Là, dans mon ventre. Une boule de rien qui grandit et devient, petit à petit, néant.
Je me sens comme privée de moi.


J'avais rendez-vous cet après-midi. Il est finalement décalé. Comme j'étais dehors, j'ai voulu profiter de cette belle journée. Je me suis assise à une terrasse de café, j'ai sorti un bouquin, le Lucia Etxebarria que je lis en ce moment, j'ai allumé une cigarette. Comme je le faisais si souvent, presque tous les jours, l'été dernier. Je dévorais les pages au soleil, devant un café ou un coca frais. Avec 12 glaçons, je disais à Andrea, le serveur italien. J'étais bien, j'aimais bien.
Mais tout à l'heure, je n'ai pas retrouvé cette sensation. Être au coeur de la ville, du monde, de la vie, et être. Être fort, être bien. Être pour de vrai. Non, tout à l'heure je me suis sentie toute petite. Noyée par le flot des paroles et des rires échangés au quatre coins de la terrasse, écrasée par ces présences, hommes, femmes, enfants, tous ensemble en harmonie. Et moi à côté. Plus au milieu.
Alors j'ai bu mon café en trois gorgées et je suis rentrée.
Je me suis installée à l'abri dans ma petite cour, au soleil, mon ordinateur sur les genoux, ma musique et le chat qui mange l'herbe.
Je sais, j'ai choisi la pire solution. Je m'isole quand il faudrait que je me raisonne. Alors j'essaie de me raisonner isolée.

Je sais que je ne suis pas ça. Cette petite chose informe, morne, sans saveur ni intérêt. Mais je suis si dépendante des autres. Sans eux, je me meurs. S'ils n'ont pas besoin de moi, je n'ai pas besoin de moi non plus. Mon utilité aux autres légitime ma vie.
Je sais, ce ne sont qu'angoisses adolescentes, elles s'atténueront, et disparaitront, avec le temps. Je sais. Je sais, mais...

Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé, il disait, et bien il en va de même du regard. Un seul regard vous manque et...

Regarde moi... S'il te plait, regarde moi.



Hier, un coup de fil. Quelques mots rapides, mais tellement justes. Tellement qui font du bien. Je m'inquiète pour toi, mais je sais que tu es forte. Merci de me le rappeler, je l'avais presque oublié. Tu as raison, je suis forte. Petite chose... Pas si petite. Non, pas si petite.
Suffit que je me déplie.
 
 
 

L'exception

Par M. :: 25/04/2008 à 0:12 :: Petites Choses egocentrees
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Je suis ailleurs.
Toujours dans mes remparts, emmurée vive, mais ailleurs. Quelque part entre maintenant et jamais, entre ici et nulle part. Hors d'atteinte. Complètement. Rien de m'a touchée cette semaine. Rien de m'a surprise. J'ai pourtant fait des rencontres, passé de bons moments, de mauvais aussi, mais rien n'a traversé l'armure. Mon coeur est glacé. Mais le printemps s'installe, il va vite dégeler et bourgeonner.

Aucune petites choses à coller sur la toile. Pas envie. Pourtant, j'écris. Beaucoup, même. Mais pas pareil, et pas pour les mêmes raisons. Je crois que l'héroine de ce blog me lasse. Cette Amélie Poulain de pacotille, avec sa musique, ses sourires et ses petites merveilles à trois sous, elle ne m'amuse plus. Ça reviendra, sûrement. En attendant, je l'oublie. C'est pas plus mal.
Retour de l'huitre de Belon. Là encore, rien de bien surprenant.

Je voudrais descendre des montagnes russes. Quitter la fête foraine. Oter le déguisement. Fuir le pays des gentils bisounours et flirter un peu avec les flammes de l'enfer. Sans y pénétrer, juste dans le hall d'entrée. Là où il fait chaud et où les gens sont imparfaits. Humains.
Je ne suis pas quelqu'un de bien.

L'autre soir, j'avais envie de pleurer. Sans raison, si ce n'est le plaisir de saler mes joues. Je n'étais pas triste, je ne souffrais pas, j'avais juste envie. Mais rien. Encore et toujours rien. Je fronçais les sourcils, plissais les yeux très fort, j'ai même écumé mon stock de chansons chagrines, en vain.
Quand il m'a écrit je t'embrasse, j'ai pleuré. C'était ma première tendresse de la semaine.

Il va y avoir du changement. Je le sens.
Je ne garde pas les gens, mais leur souvenir. Je perds tout le monde, mes amis d'enfance, mes amis de facs, bientôt sûrement les autres. Au Manoir, personne ne reste. Et rien ne dure, pas même la guerre.
C'est sans doute la raison pour laquelle je garde tout un tas de trucs inutiles et encombrants, en souvenir d'eux et d'elles. Souvenirs. Poussières.

C'est ennuyeux ce que j'écris. Je suis ennuyeuse. Je n'ai fait rire que mes clients cette semaine. En même temps, je n'ai vu qu'eux.

L'autre soir, en moins d'une heure, j'ai écrit une histoire. Une inventée. C'est la deuxième que je termine en l'espace d'un mois. Une grande première, moi qui ne termine jamais rien. Je mets ma modestie dans ma poche une seconde pour dire : je crois que c'est pas dégueu, ce que j'ai écrit.
Tiens, autre nouveauté : je ne vais plus chercher ma fierté chez les autres, dans l'image qu'ils me renvoient, mais en moi. Hey ! Début de la maturité ? De la sagesse ? Pffff... Des foutaises, oui ! Juste une émancipation passagère. Rien ne dure, j'ai dit.

Je me sens belle comme une benne à ordures, sexy comme une éponge Spontex, profonde comme une cuillère à café et intelligente comme une ampoule grillée.
Mon chat miaule, il a besoin de moi. Pour bouffer, mais quand même. C'est déjà ça.
Je n'ai pas besoin de moi. Ça me fait un point commun avec le reste du monde.

J'anticipe l'avenir proche.
D'abord, on va croire que j'ai un cafard monstre, que j'ai besoin d'être consolée, mais mon moral n'est pas à plaindre, et le besoin de consolation que connaît l'être humain est impossible à rassasier. Ensuite, on ve me trouver dure, voire snob ou hautaine. On va se tromper, je n'attaque pas, je me défends seulement. Et encore, je me brandis aucune épée mais un bouclier. Je suis trop fatiguée pour tendre l'autre joue, désolée. Enfin, demain à 20h je quitterai l'hôtel pour aller voir Aaron chanter. Oui, encore. Oui, c'est la troisième fois. Et alors ? Non, je ne suis pas fan, mais quand quelqu'un que j'aime passe tout près de chez moi je me débrouille pour lui payer une visite, comme dirait mon ami anglais. Yael Naim sera là également. C'est bien. Mon besoin de musique est grand. Peut-être aurais-je un frisson ?
Si j'avais 16 ans, j'irai les trouver à la fin du concert, les ptits gars d'Aaron, et je leurs dirais que j'ai écrit mon tunnel d'or. Il s'appelle Maybe crazy, et Gyl le chante à merveille, of course. Mais je n'ai pas 16 ans, et tout le monde s'en tape de mon tunnel d'or, ou d'argent.
Rien à voir mais puisque je parle de Gyl, elle chante demain soir (je ne pourrais donc pas la voir, grrrrrrrrrrr) à Bédoin, au dessus de Carpentras. Je ne sais pas où exactement mais comme il y a environ deux bars et demi dans le bled, elle ne devrait pas être bien difficile à trouver. Alors si quelqu'un passe par là...

Je sais, j'ai l'air de mauvaise humeur. Mais l'air seulement, pas la chanson, je le promets. C'est juste que je n'ai pas envie de sourire gentiment ce soir. Je suis bien là, avec ma musique, ma fumée et mon vin. Ma petite vie si vide et ennuyeuse. Mon moi pas profond.
Je sais, je clame à qui veut, et même qui veut pas, l'entendre que je souris tout le temps. Mais il faut bien une exception pour confirmer la règle, non ?




Le Manoir

Par M. :: 23/04/2008 à 0:23 :: Petites Choses egocentrees
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Il est caché aux fins fonds de la forêt. Des arbres aux larges troncs s'occupent à brouiller sa piste. Il doit rester un peu secret. Mais un peu seulement. Un chemin bordé de jonquilles guide les pas. Et soudain, le voilà qui se tient au milieu d'une clairière baignée de lumière. De l'herbe, des fleurs, et au centre : le Manoir.

L'endroit est plutôt joli, entouré d'arbres verts dans lesquels les oiseaux dorment la nuit et chantent le jour. Des libellules volent au ras des paquerettes et viennent se désaltérer dans le ruisseau. Parce que oui, il y a un petit ruisseau qui traverse la clairière. Ses clapotis monotones bercent les siestes. Il y a aussi un pommier, qui donne de petits fruits juteux, délicieux. Et un cerisier, pour la couleur. Un banc de pierre, contre le mur de lierre.

La façade du Manoir n'est pas si vieille, elle dégage même une certaine fraicheur. En revanche, sa porte, large et ronde, grince horriblement lorsqu'on la tire, ou la pousse. Comme elle est toujours entrouverte, mieux vaut se glisser dans l'embrasure, sans rien toucher. Entrons donc.

En face de l'entrée, les escaliers. Nous y reviendrons. Prenons à droite : le salon.
De larges baies vitrées, pour laisser entrer le soleil. Toujours ouvertes, l'air circule beaucoup par ici. Une cheminée, en activité quelque soit la saison, il faut qu'elle brûle pour que vive le Manoir. Et puis, c'est pratique d'avoir un feu à disposition, ça permet de se débarasser de tout un tas de choses. Il y a aussi une grande télé, en projection permanente parce qu'il faut toujours de l'action, même si par procuration, et plusieurs DVD. Arizona Dream, Beauté Volée, la trilogie du Parrain, et les Hayao Miyazaki. Entres autres. Là, c'est tout sur ma mère. La scène où le fils meurt. Quittons la pièce.

Le couloir sur la gauche, avec ce grand miroir, mène à la cuisine. Il y flotte un parfum de pommes et de cannelle. Il y a toujours du café de prêt, et du thé. Du vin dans le meuble, à gauche. Sur la table, des gâteaux et et autres bêtises à grignoter. Sucrées, salées, pour tous les goûts. Ici, il est important de satisfaire, satisfaire par tous les moyens. Deux grandes fenêtres au dessus des éviers. Elles ferment mal, laissent entrer l'eau quand il pleut. La peinture aux murs est un peu écaillée. Les meubles sont fermés à clé. Mais comme une assiette de cookies encore chauds attend sagement sur la table, on va fermer les yeux, en prendre un et sortir. Tout aussi sagement.

Montons à l'étage. Les escaliers craquent un peu, ils trahissent les faiblesses du lieu. Sur le mur, de vieilles photos. De famille, de classes. Des souvenirs de vacances, nombreuses de la mer. Quelques une de la neige. On peut aussi reconnaître Barcelone, Londres et Paris. Des visages, toujours différents. Des rues, beaucoup de rues. Des pavés. Tout un parcours.
Couloir de droite. Le carrelage est cassé, par endroits.

La bibliothéque. Des livres et des livres sur tous les murs. Sauf celui qui porte la seule fenêtre de la pièce, évidemment. Une seule fenêtre, avec de gros volets à moitié fermés, il fait sombre ici. Comme pour conserver la magie des lignes qui dorment en ces lieux, ne pas les altérer par trop de vérité. Tiens, je vois là un exemplaire de l'écume des jours. Poussièreux. A côté, l'amour aux temps du choléra et tendre jeudi de Steinbeck. Ses pages sont un peu déchirées. Cornées. Ah! Novecento ! Chut, je l'emporte celui-là. Je le glisse dans ma poche.
Sous la fenêtre, un bureau. Un de ses pieds est cassé, il faut faire attention. Dessus, un carnet, des stylos. Un livre relié d'or. La moitié de ses pages sont blanches. Une plume bleu pétrole. Une photo de la mer, encore. Et un bouquet de crayon de couleurs fraîchement taillés. Dans le tiroir, des lettres. Liées par un ruban vert pâle. Impossible d'en défaire le noeud. Si on y prête attention, le bois du bureau porte l'empreinte de millions de mots. Illisibles à l'oeil, ils ne se revèlent qu'au doigt... Du Braille, en somme.

En face de la bibliothèque, une autre pièce tout aussi importante : la boîte à musique. C'est comme ça qu'on l'appelle. Elle n'a pas de fenêtre, mais des tentures sur les murs, et des bougies, plein de bougies. Des coussins sur un tapis, deux trois poufs, et des milliers de milliers de disques, CDs, vinyles, and co. Jazz, Blues, Rock, Electro, musiques d'ici mais aussi d'ailleurs, surtout d'ailleurs en fait. Des voyages. Des émotions. Des histoires. Des notes, quoi. De la musique à s'en rendre soul. Ou fou. Tiens, si on s'écoutait un petit Cat Power ? Non ? Nina Simone ? Radiohead ? Allez, va pour un Radiohead.
C'est ma pièce préférée, bien sûr, mais les visiteurs l'apprécient aussi. En fait, je crois que c'est elle qui fait la différence. Pour elle que l'on se souvient du Manoir.

Le couloir de gauche, après les escaliers, mènent à deux chambres et une salle de bain. Sans grand intérêt. Ah, si : la baignoire a des pattes, des vraies, pas poilues mais... C'est qu'elle est un peu féline, vous comprenez. Des dizaines de parfum, tous fleuris, ou poudrés, légers mais ennivrants.
Les deux chambres ne sont destinées qu'aux invités, et s'ils sont nombreux, peu d'entre eux restent dormir. Le Manoir doit faire un peu peur, la nuit. Ou le matin.

Il y a une dernière pièce, qui n'en est presque pas une. Dans la bibliothèque, une sorte de trappe au plafond.
Sous les toîts, dans la poussière et la faible lumière qui entre par la lucarne, un matelat, un oreiller, un drap, une lampe de chevet, des bougies, un cendrier. Plein. Des toiles d'araignées dans tous les coins. C'est petit, c'est sale, c'est moche, et pourtant c'est probablement le coeur du Manoir. Personne ne le sait, à part moi. Les quelques rares qui en ont fait la découverte ont fui, pour ne jamais revenir.
Ah, un rayon de soleil... Vite ! Dehors !
 
L'herbe est si verte, si fraiche tout autour du Manoir. Il y fait bon marcher pied nu. Sauter dans les flaques. Courir après les papillons. Faire semblant de croire que si on reste là, caché, le temps peut s'arrêter. Seulement, le temps ne s'arrête pas. Et on s'ennuie vite, au Manoir. Alors on s'en va.
 
 
 

Chez moi

Par M. :: 18/04/2008 à 1:45 :: Petites Choses egocentrees
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Un verre de vin, une cigarette, plusieurs même. Musique, maestro. Ce soir, c'est Lizz Wright, ma nouvelle découverte blues. Sa voix grave et rocailleuse m'emporte, ses mots sont vrais, profonds, d'amour qui souffre et ça me va bien. Je monte le son.
J'ai éteint les lumières, mis des bougies à la place. Mon écran jette ce qu'il faut de clarté sur le clavier. Il fait un peu froid, mais je ne le sens pas. Je n'entends plus la pluie tomber, la musique couvre son bruit. Je ne vois rien d'autre que mes mots, et les ombres de mon appartement. Quelques titres dans la bibliothèque. Le contraire de un. L'amour dure trois ans. Trois ans, c'est déjà pas mal. Et le rideau tiré, devant moi. Pour une fois, je ne regarde pas dehors. Pas besoin. Assez de choses à voir à l'intérieur.
J'ai retrouvé le chemin de ma douce solitude. De mes mots de nuit. De mes maux de lui. J'ai retrouvé la petite porte qui mène au dedans. Comme le terrier du lapin blanc d'Alice, j'ai un monde de merveilles à l'intérieur. Des eaux dans lesquelles je m'immerge sans jamais me noyer, des ombres pour me cacher, me reposer, et de la lumière que je revêts, les soirs de bals. J'ai surtout ma liberté.
Je peux faire murmurer le vent, chanter les vagues, pleurer le ciel et fleurir les mots. Je peux changer les grains de sable en perles et les nuages en chantilly. Je peux dessiner des sourires sur les visages et boire les larmes. Je peux tout faire. Je suis capable de tout. Dans mon monde de merveilles.

J'y rencontre un cow-boy. Son chapeau est si enfoncé sur sa tête que je ne peux voir son visage. Il fume une cigarette, appuyé contre la barrière de bois. Il regarde ses chevaux. Il me parle : J'avais une jument qui te ressemblait. Sauvage, impossible de l'approcher. Un jour, elle s'est laissée monter par l'étalon noir que tu vois dans le fond, là-bas, et elle est morte en donnant naissance au poulain. C'est moche, comme histoire. Je sais que toi, t'es capable de trouver ça beau, mais c'est moche, crois moi. Parce qu'elle était bien, cette jument. Mieux vivante que morte en tous cas. Et on avait pas besoin d'un autre poulain. Il écrase sa cigarette du talon de sa Santiag.
J'ai toujours eu peur des chevaux. Pas peur de l'animal, peur de le monter. Je panique dès que je suis à bord. Je crois que c'est le fait de ne pas complètement maîtriser. Et je crois que c'est pareil dans la vie.

Deuxième verre de vin. Je roule un joint. Autant faire les choses bien. Ça fait un petit bail que je ne me suis pas accordée une soirée en tête à tête avec moi-même. Je veux célébrer l'évènement, puisque tout ici est célébration. Je me lève. Quelques pas de danses à la lueur des bougies. Je peux presque sentir le sable sous mes pieds. Un autre recoin du terrier ?
Je retrouve la majuscule. Elle est toujours là, quelque part à l'intérieur de mon monde de merveilles. Elle lit. Des pages blanches. Je m'assieds à ses côtés, il remplit mon verre de vin et tire sur mon joint. Sa tête marque imperceptiblement le rythme de la chanson. I idolize you. Le hasard est parfois si parfait.
Je l'interroge, comme je le fais souvent. L'oracle parle. L'être cher, surtout. Ce soir, comme un mauvais horoscope, il me dit des choses que je n'ai pas envie d'entendre, pas envie de croire, mais qui m'inquiètent. Et qui m'inquièteront tout au long de la nuit. On écoute une autre chanson, hey man, je pose ma tête sur ses genoux, il passe sa main dans mes cheveux, et je vais mieux. Il me fait rire et je vais bien. Je lui dit bonsoir. Et merci.

Je n'ai pas sommeil. Je sens la nuit devenir blanche. J'ai clairement froid maintenant, et j'entends la pluie, dehors, il doit pleuvoir fort. Mais je m'en fiche. Je suis bien avec mes heures creuses, à remplir.
Je sais que parfois j'ai tendance à voir le soleil au milieu de la nuit. Le ciel bleu quand il pleut. Le clair dans le noir. Et je sais que j'ai tord. Mais j'ai tellement envie d'y croire. J'ai besoin d'y croire. D'oublier que je ne suis pas faite pour l'amour, pas faite pour le bonheur.
J'ai l'impression d'être cette fille assise sur sa chaise, au sommet du monde. Qui regarde la vie et sourit. S'en amuse. Qui envoit des fleurs sur quelques places pour un peu de couleur. Qui entend les rires, les chants. De loin. Toujours, toujours de loin.
Je veux descendre.

Une douche brûlante m'apaisera. Avant d'aller me coucher.
L'eau en perles sur ma peau, je vois ses lèvres à leur place. J'ai envie. Je frissonne et réclame. La chair aussi est un oracle. Elle l'appelle. Elle sait peut-être mieux que moi. It's a matter of skin, j'avais écrit, peut-être avais-je raison, peut-être est-il raisonnable de se contenter de faire ce que l'on sait faire. Ne pas pousser trop loin les limites. Ma tête penchée en arrière pour mieux se vider. La buée pour tout paysage. Une seconde, un éclair, je me sens femme, je me sens belle, je suis en vie, je suis l'envie.
Une serviette autour de la taille, je m'assieds par terre, sur les carreaux froids et humides, pour laisser à ma tête le temps d'arrêter de tourner. Je pleure, une larme ou deux, pour que, mêlées aux gouttes, elles passent inaperçues.

Je sors de la salle de bain. Je ne sens plus le froid. J'écoute un live de Portishead que C. m'a envoyé. Glory Box vient parfaire le moment. Je déambule nue dans mon appartement. La cuisine, un verre d'eau. Là, je trouve une petite fille. Aux longs cheveux bruns. Je la croise, de temps en temps, au détour de mes nuits d'ivresse en solitaire. Elle rit. Elle se moque. Je la gifle. Elle se moque encore. J'éteinds la lumière. Elle s'en va.

C. m'a envoyé une autre vidéo. Celle du clip de how deep is your love. Il me fait rire. Me rappelle cet été. Me fait du bien. Il sait tellement me faire du bien...

Il est tard, temps d'aller dormir. Un peu. Je sors du terrier. Je retrouve le monde, le vrai. Le froid me saisit. Je m'engouffre sous la couette, l'ordinateur posé sur mes genoux.
Il faut savoir s'accorder du temps. Certains moments nous manquent, quand on court tout le temps. Le temps des rêveries, le temps des pensées ou celui des folies. Le temps des rendez-vous, des oeillades incendiaires et des pieds qui grimpent le long de la cuisse, sous la nappe. Le temps des ruelles sombres, meilleures amies des baisers volés. Il faut s'avoir s'accorder du temps.

Une dernière série de vidéos, still from C.
Redemption song par Tété et Raul Midon. Le truc que je ne m'attendais pas à voir. Un pied d'enfer. Une vraie bonne surprise. Tears in heaven, version live. J'articule les paroles sans oser les chanter. J'écoute, surtout. Et un autre live, plus...confidentiel. Deux mêmes. Puis toute une série. Dont je tairai les noms, parce qu'ils ne sont pas de petites choses. Et puis, un peu de secret ne fait de mal à personne, pas même à moi.

La tragédie grecque n'en est peut-être qu'à ses débuts, vont probablement suivre Oeudipe, Clitemnestre et le monologue du jardinier, ou, au contraire, l'histoire deviendra Comedia Dell Arte, haut les masques et les coeurs, je ne sais, je n'ai cure de le savoir. Que sera sera.


Je peux fermer les yeux.
Au moins jusqu'à demain.
 
 
 

J'arrête de courir

Par M. :: 11/04/2008 à 17:00 :: Petites Choses egocentrees
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A force de réfléchir, mon cerveau a grillé. Comme une ampoule. Il est en mode de sécurité. C'est bien, aussi. C'est mieux, même.
Je ne suis pas faite pour réfléchir, mais pour ressentir. La vie, je veux dire. Je ne sais pas la prévoir, l'organiser, la penser et la construire, mais je sais la vivre. C'est peut-être l'essentiel, au fond.
Justement, nous en avons parlé. Nous, c'est moi et le jeune homme avec qui j'ai passé la soirée d'hier. Le jeune homme aux presque lunettes. Parce qu'il n'en porte pas, mais il devrait : ça lui irait bien. Bref. Quelques bières, place des Corps Saints. C'est vrai qu'elle est triste maintenant cette place, le soir. Plus aussi jeune et vivante qu'avant. Mais pour le coup, ça ne m'a pas gênée. Le calme m'a fait du bien, en fait. Bref. Le jeune homme aux presque lunettes m'a parlé de son goût de l'instant pur. Dénué de toute réflexion, de toute intellectualisation. Un peu de simplicité et de spontanéité. Vivre sans se demander pourquoi, comment. Ce que je fais habituellement, quoi. Sauf ces derniers jours.
Je me suis perdue. Dans des réflexions qui paralysent, des angoisses qui rendent stupide, des interrogations qui se contentent d'interroger, indéfiniment et inutilement. J'ai paniqué. Et j'ai fait n'importe quoi. Comme quand la guêpe approche et que l'on agite les bras pour la faire fuir, alors qu'il faut juste rester calme, et elle s'en ira. Sauf qu'il n'y a pas de guêpe. Mais il y a l'amour.

Mercredi soir, j'ai arrêté de courir. D'un coup, comme ça. L'intellect qui stoppe, la peau qui prend le relai. J'aime écouter ma peau. C'est elle qui m'a guidée vers mes plus jolies histoires. Et quand elle est près du marin, elle murmure, elle fredonne des frissons sur le rythme entêtant des battements de mon coeur, comme les percussions autour d'un feu de joie, on est sur la plage, il me regarde, il sourit, je chavire.
Et tout est là.

Il est bien plus facile d'aimer, que d'être a