Les Petites Choses

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M. "Les petites choses ont leur importance : c'est toujours par elles qu'on se perd." Fiodor Dostoïevski

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Celui qui aimait me voir sourire

Par M. :: 12/01/2010 à 12:41 :: Petites Choses egocentrees

 

 
- Marions-nous, Marionnette !
- ...
- Je suis taquin, hein ? Tu sais, si je t'embête tu n'as qu'à me sourire, et je cesserai. Ton sourire me désarme.

J'avais vite pigé l'astuce. Quand les plaisanteries de mon grand-père devenaient suffisantes à mon goût, je me tournais vers lui et lui souriais de toutes mes dents. Même quand l'une d'elle manquait. Immédiatement, il arrêtait ses blagues. Mettait ses mains sur son coeur, comme touché d'une invisible flèche. Et passait sa main dans mes cheveux avant de me laisser jouer, sous sa surveillance discrète.
Le matin, il se rendait au village pour acheter le journal et je l'accompagnais, mon sourire magique à portée de lèvres. Toujours vaincu, il m'offrait un livre, ou une Chupa Chups à la pastèque, mes préférées.
Petit fille, il me montrait comment améliorer ma brasse coulée, ou mieux négocier mes virages au ski. Comment bien me tenir à table (sur laquelle on se pose jamais ses coudes). Là encore, mon sourire sonnait la cloche silencieuse qui mettait fin à ses leçons.

Ainsi je songe à ces petites choses du passé dont la lueur jaillit soudain. Constaste que si mes parents m'ont éduquée, mes grand-parents m'ont transmis. J'en perçois maintenant la nuance. Toute la subtilité de la transmission, ses effets dont on ne prend la mesure qu'au fil du temps. Dans un geste nouveau que l'on comprend être la répétition de celui non pas enseigné, mais simplement démontré. Un geste qui ricoche d'un grand-père à sa petite-fille.

Aujourd'hui, je souris beaucoup. Pour le million de raisons que je trouve chaque jour, mais aussi dans les situations délicates. Comme d'autres froncent les sourcils, je montre mes dents et plisse mes yeux. Et chaque fois je pense à lui.
Quand il me rend visite sur mon lieu de travail, et me félicite d'être si souriante avec mes clients, je lui dis que c'est un peu grâce à lui. Alors il est fier, très fier, mon grand-père...
 
 

- Quand j'étais jeune, il y en avait une que j'aimais beaucoup. Je l'écoutais souvent avec ma mère... Amalia Rodrigues

Celle qu'on avait perdue

Par M. :: 25/11/2009 à 11:23 :: Petites Choses egocentrees
 
Une galerie marchande dans une station de ski.
Les boutiques siglées Rossignol et Salomon encadraient la FFS qui enregistrait les inscriptions. Une semaine plus tard, elle distribuerait étoiles et chamois à ses jeunes skieurs émérites. A l'étage inférieur, les magasins d'alimentation. Ma mère devait justement s'y rendre, il lui manquait du lait et puis du pain aussi. Mon père se tenait immobile devant une vitrine, tout à la contemplation du matériel exposé : une paire de skis dont la ligne de côtes surdimensionnée et le large châssis sentaient bon la maîtrise facile et les virages sans effort.
- Je descends.
- D'accord.
- Tu gardes la petite ?
- D'accord.
Puis, s'agenouillant devant moi :
- Tu tiens bien la main de papa, hein ? Tu ne la lâches pas. Je vais faire les courses et je reviens.

Mon père se gratta l'oreille une seconde. Ou bien voulut saisir un billet dans sa poche, nous étions proches du bureau de tabac et il ne manquait jamais de jouer au loto. Peut-être avais-je la main qui transpirait ? Il l'aurait alors lâchée pour essuyer la sienne.
Personne ne se souvient exactement. La panique a tout effacé. Pas tout, non. Elle a gommé les détails, laissé les impressions.
Lorsque ma mère remonta, le pain et le lait dans les bras, mon père me cherchait déjà. Ils parcoururent la galerie en criant mon nom, fouillèrent chacune des boutiques, demandèrent à tous les commerçants, aux passants. Personne ne semblait m'avoir vue. Ma mère pleurait. Mon père avait peur. Une heure s'écoula dans ce terrible suspens. Puis une jeune femme vint les informer qu'une petite fille pleurait au pied des escalators.

J'avais quoi ? Trois, quatre ans.
Je n'ai pas de vrai souvenir de ce jour-là. Juste des bribes, les impressions disais-je, comme une poussière qui vient parfois me couvrir. Me faire tousser un peu.

Nous n'évoquons que très rarement cette histoire. Lorsque nous le faisons, mes parents s'accordent sur l'étrange relativité du temps. Ma mère m'assure que les six heures passées en salle d'accouchement pour me mettre au monde lui parurent moins longues que celle de ma disparition. Mon père confirme, sans un mot, les yeux baissés.   
Et moi... Moi, je crois que j'ai toujours un peu peur que l'on me perde.
 

Celui qui ne s'était jamais posé de questions

Par M. :: 12/11/2009 à 12:55 :: Petites Choses egocentrees
 

Je comprends pas, tout ça. Toutes ces questions que tu te poses, ces choses qui t'angoissent.

Je me souviens qu'il regardait ses chaussettes, mon père, tandis qu'il me parlait. Il avait laissé ses chaussures à l'entrée de ma chambre parce qu'à l'époque il y avait de la moquette. L'été d'après, elle fût remplacée par du parquet.

J'ai pas eu le temps de me demander qui j'étais, comment, pourquoi. Ni qui je voulais devenir. Mon père est mort et il a fallut que je devienne très vite. Que j'oublie les grandes questions relatives à ma condition. Et que je travaille. Pour loger et nourrir ma famille. Nous offrir des vacances. Enfin, toutes ces conneries très primaires mais aussi très nécessaires. Pas le temps de me masturber le cerveau, de me manucurer l'âme. Je garde ces petits soins pour la retraite.

J'étais rentrée en fin d'après-midi, la moue triste et colérique de mes dix-sept ans collée au visage. Il avait frappé à la porte de ma chambre et à mon « quoi ?!!? » répondu : « on peut parler... ? » Parler ? Mon père ?? Avec moi ??? C'était le mur de Berlin qui s'ouvrait. Combien de phrases clandestines passeraient de sa république à la mienne ? La frontière allait-elle finalement disparaître ?

Le bonheur est une question nouvelle, je crois. Je ne me suis jamais demandé si j'étais heureux. Quand ça va, tant mieux, quand ça va pas... bah tu patientes, ça ira mieux demain. Ou la semaine prochaine. A courir après le bonheur, on s'épuise, on s'essouffle, on risque même de se perdre. Et à trop se poser de question, on ne fait plus rien. Que réfléchir, les fesses enfoncées dans les coussins du canapé.

Je l'écoutais comme on écoute un professeur, sans rien perdre ni tout comprendre. Je notais ses formules troubles sur la surface butée de ma mémoire pour les relire plus tard, aidée d'un dictionnaire. Comprendre, ma mère. Notre meilleure interprête.

Et puis, au fond, c'est quoi le bonheur ? Tu sais me dire, toi ?

Il me parlait sans trop me regarder, mon père. Puisqu'il fixait ses chaussettes. Quand, entre deux virgules discrètes, il levait les yeux vers moi, c'était presque timidement. Alors moi, chaque fois, je rougissais.

Quant au sens de la vie... Tu veux que je te dise ? Le sens de la vie, c'est de la naissance à la mort. Entre les deux, tu fais ce que tu peux. Au mieux. Et pendant que tu y es, tu essaies de te régaler.

Pragmatique, mon père. Tout l'inverse de moi. Nous n'avions en commun que le bleu de nos yeux et l'amour du jazz. Je me demandais parfois, au coeur de mes élans de mauvaise ado, comment je pouvais être sa fille. Lui si droit, si organisé, si clair. Moi sinueuse, sombre et chaotique. Je me demandais aussi s'il avait honte de moi.

Tiens, regarde Shakespeare : être ou ne pas être. Tu sais comment il a fini, Hamlet ? Il est devenu fou. Puis il est mort. Tout ça pour dire que certaines questions n'ont pas de réponse et qu'il est donc inutile de s'en encombrer.

Il se trompait sur la tragédie d'Hamlet. Et sur la mienne. J'aurais voulu lui dire qu'il ne pouvait tout simplifier de la sorte, que la complexité des situations, des êtres, ne pouvait être élaguée comme les branches d'un arbre. Mais je me tus. Parce qu'il avait cité Shakespeare. Il voulait donc, plus que me parler, être entendu de moi.


J'ai oublié la fin de cette conversation. Mon père a sûrement remis ses chaussures et rejoint ma mère dans le salon.
C'était la première fois que nous parlions, lui et moi. Seuls.
La seconde, ce fût six ans, un concert de Galliano et un infarctus plus tard. Le temps et les évènements dont nous avions besoin, je suppose, pour comprendre que je suis vraiment sa fille. Et qu'il est vraiment mon père.
  


Deux ans

Par M. :: 15/09/2009 à 19:35 :: Petites Choses egocentrees

Saccadée.
Le souffle impatient. L'excès bondissant. Le front perlé de fièvre, le nerf tendu. Les gencives à vif. Je devais ressembler à ça, le premier jour, lorsque mes insomnies décoiffées poussèrent la porte d'un coup de hanche. Animée d'un superbe désespoir, je choisis un nom minuscule et deux majuscules, l'une pour muse, l'autre pour brosse. J'étais Picasso sans Guernica. Sans feu ni glace au bout des doigts. Mais, dans le ventre, quelques démangeaisons.
Je viv ais alors le règne des pulsions. Des grands gestes, des cris. Des dents, il me fallait mordre. La nuit. Je traversais les champs de l'expérience, soulevant la poussière de mon ignorance. Curiosité rapace. Appétit féroce. Regard flou mais ongles pointus, tranchants. Dans la chair des petites choses qui nous perdent, voir si quelqu'un vit derrière. Je ratissais large. Mais toujours, en bouche, ce relent d'inassouvi. Pourtant, j'en mâchais du plaisir, j'en buvais des litres, croquais la chair. Il demeurait. Amer et gluant. Il n'étouffait pas sous la moiteur des peaux, ni ne mourrait dans la blancheur des nuit. Même le silence que j'allais chercher en secours restait impuissant à le faire taire.
Je fus vierge, je m'en souviens maintenant. Prisonnière volontaire de la vase de mes émotions. Ma braise était cendres et je m'en lavais les mains. M'en enduisais le corps. Je traversais le désert et m'imaginais sur Kailua Beach, les pieds salés, les cheveux libérés dans la brise du soir. J'habillais ma solitude d'une robe longue, d'un flambeau et l'appelais liberté. J'étalais mes confidences comme du ciment pour me lier à quelqu'un, quelque part, n'importe quoi, vite, absolument. J'eus de la chance, beaucoup, de rencontrer quelques oasis, et de ne pas me dessécher.
 


Deux ans, c'est quoi ?
Deux bougies plantées dans une vie qui n'a pas d'âge.
Le temps d'une valse sur mon reflet, pour dévêtir ma liberté, apprivoiser ma solitude et lui devenir infidèle. Abattre quelques certitudes pour que les rayons du doute, le seul qui éclaire, pénètrent le dense feuillage de ma conscience. Ne me plus m'exhiber mais me défaire des artifices, du superflu qui émaille le défaut, des coups de soleil, des cicatrices peut-être, sait-on jamais, si tout s'avérait possible... Quitter l'ombre. Flirter avec la lumière pour, sur sa couche, conquérir l'inutile. Et le beau. Ôter ma peau, s'il lui prenait de me retenir.
De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace ! L'audace se déplace. Les crocs se reposent. Après l'entracte. Les couteaux rentrés et les rideaux tirés. Le désespoir crie en silence, derrière. Il n'a plus besoin de scène. Préfère la laisser aux vraies tragédies grecques. Au monologue du jardinier. La hiérarchie s'installe sur la pointe des pieds.
Et je danse sous la pluie. L'Adagio succède au Requiem. Il n'est pas bleu, l'Adagio, il n'est pas heureux et bête de l'être. Frissonnant comme une paupière qui se soulève, fragile comme le souffle qui précède un baiser longtemps retenu. Patient comme une naissance, il longe la moelle secrète de l'instant, s'imprègne des couleurs du ciel avant de s'envoler, délicat et décidé, vers la crête des chapelles où les coeurs abîmés prient. C'est le rose d'un vol de flamants sur le gris des étangs de Camargue. Les éclats d'un rire qui se libère sur les marches de la Scala. Ces immenses contenus dans d'infimes gestes. L'univers rassemblé entre nos paumes. Les violons et les silences qui accompagnent la clarinette.
J'ai dépoussiéré l'obscurité, dépossédé la souffrance de son piédestal. Dans l'âtre gisent mes fausses croyances, mes dieux placebo. J'ourle mes pages d'un peu de ces voix qui murmurent, derrière ma nuque, que le chemin est encore long et qu'il me faut tendre l'oreille. Car déjà, au loin, raisonnent les tambours. 




Photos : Blog_Trotter

 

Acta est fabula

Par M. :: 11/09/2009 à 22:41 :: Petites Choses egocentrees
 
Si j'ai souvent brodé l'ennui, je ne sais pas tisser les costumes de personnages qui à leur tour viendront tricoter des histoires aux coutures impeccables. Plus mouton que berger, je manque cruellement d'imagination, et peut-être aussi d'esprit de manipulation. Je souffre déjà à la pensée que je pourrais, d'une scène, d'une phrase, tuer un homme que j'aurais mis au monde quelques pages auparavant.
Je ne suis pas non plus une initiée, une faiseuse. J'ignore comment prendre un verbe, un temps, un bruit et tourner autour tel un derviche de l'expression, avec des mots choisis, élus mêmes, de ceux que l'on conserve dans une malle en acajou pour les soirs de bal, en ville.
Enfin, et hélas, mes idées ne portent pas le bonnet phrygien. Ni le béret de l'instructeur en atelier d'écriture. Trop jeunes et trop frêles pour les envoyer au combat, elles nécessitent encore les soins d'un placenta.
Ma poche droite est donc vide comme un verre triste.
Dans la gauche, je cache des sens aiguisés et un indéfectible appétit.

Si je fais dans l'intime, ce n'est pas par choix mais sous la contrainte d'une dissidence innée. Puisqu'il n'y a pas d'amour heureux. Pas de sentiments sans distorsion. Aimer est une fragilité, une chose à taire. Puisqu'il faut rester flou pour demeurer beau. Puisque le nu, le jus, sont vulgaires. Et le port du costume requis si l'on veut conserver son droit d'entrée au grand dîner de têtes. Mes cheveux étaient trop noirs et bouclés, ma langue trop sale et mes mains trop blanches, j'étais promise d'avance au rôle d'Esmeralda. Et bien oui, je mange avec mes doigts. Je baille et j'hurle quand j'ai faim. Mes pieds sur les pavés dansent à découvert, mes pas larges envolent mes jupes, dévoilent mes cuisses, mes épaules roulent sous les regards, et je ne rougis pas. Vous pensez voir ma peau quand j'expose sa seule sensation. Et d'un souffle réveille vos souvenirs. Vous sentez alors le voile glisser sur votre jambe, la dentelle se froisser sous vos doigts, la sueur naître au creux de vos reins.
Mangez, ceci est votre corps. Dans les gestes du mien.  

Moite et floue

Par M. :: 01/07/2009 à 11:27 :: Petites Choses egocentrees

 

La chaleur étouffe jusqu'à mes soupirs
Ils voudraient, pourtant,
Se glisser à ton oreille
Te souffler un peu
Cet air qui me manque
Mais ils restent couchés
Sur le seuil de mes lèvres
Le silence s'installe
Comme une seconde peau
Moite
Et je ne remarque plus
Lorsqu'il parle à ma place
Le soleil m'anesthésie
Rend mon paysage flou
Je cherche la lumière
Dans la lumière
Et dans la fraicheur des nuits
Je me souviens
Des étés précédents
De leurs rires, de leurs morts
De mon anniversaire qui vient
Et bien vite s'en ira
A quoi bon le temps ?
S'il nous sépare seulement
Le réveil viendra à l'automne
Dans la brûme claire des matins
Pour le moment, dormons
Oui, dormons
Laissons la chaleur nous tuer un peu
En attendant septembre
 
 

Les abonnés absents de son anniversaire

Par M. :: 07/03/2009 à 17:14 :: Petites Choses egocentrees

 

Le train quitta le quai à l'heure prévue. Sous un ciel plus bleu que la mer que j'allais retrouver, il parcourut la centaine de kilomètres qui me séparait de Montpellier. Je me rendais chez mes parents pour célébrer, le lendemain, les soixante ans de mon père. Dans ma valise, un bon Bourgogne et quelques disques de jazz : figures de style de notre pudique langage.

Je déposai ma valise dans la pièce du fond, qui longtemps fût ma chambre. Je tirai les rideaux. La vue sur la mer m'étourdit. Mon coeur se mit à battre très fort. Les retours au nid familial me touchaient chaque fois davantage. Peut-être en mesurais-je enfin le sens.
Sur le bureau, le DVD live du Hadouk Trio, et une note de mon père : tu devrais aimer...

Ma mère partit travailler. Ma soeur n'arrivait par le train qu'en fin de journée.
Je décidai de m'installer sur le bord de la fenêtre de ma chambre pour lire un peu. L'endroit était inconfortable mais délicieux : toujours j'y retrouvais la saveur de mes délits d'ado, lorsque j'attendais que mes parents furent couchés pour ouvrir les volets et fumer une cigarette.
Le vent s'engouffra dans la pièce et fit claquer la porte. Ce fût comme le gazouillement de la grive : ce son terrible fit reparaitre à mes yeux le domaine paternel. Sa voix grave et puissante, nos disputes, la porte claquée par mes gestes en colère. Dans ce parallèle entre ma folie ancienne et ma sagesse actuelle, je compris Chateaubriand. Et une vague tristesse m'envahit.

Le soir, j'allai chercher mon père à l'aéroport. Comme tous les vendredis soir, depuis plus de 20 ans.
Ado, je l'appelais l'absent... Deux jours par semaine pour voir ses deux filles grandir, que voit-on en deux jours ? Une note de maths, un gala de danse, quelques indisciplines. Pas beaucoup plus. On passe à côté de l'intrigue, on ne lit pas la moitié des sous-tires. Comprend-on seulement le thème général ?

Après le dîner, la musique remplaça la conversation autour de la verveine. Mon père marquait le rythme la pointe de son pied, posé sur la table. Je surpris son regard bleu perdu dans un ailleurs qui ne m'était pas inconnu.
Ce pays caché derrière les notes, il m'en avait donné la clé. C'est là que nous nous étions rencontrés, j'avais alors 20 ans. Michel Portal jouait à Montpellier. Dîner japonais avant le concert. Nous avions beaucoup applaudi à la fin. La performance des musiciens, et la nôtre : notre nom n'était plus notre seul lien.
Le sommeil tarda à venir. Les souvenirs, comme dans l'Ecume des jours, refluaient de l'obscurité, se heurtaient à la clarté et, tantôt immergés, tantôt apparents, montraient leurs ventres blancs et leurs dos argentés.
Octobre 2005, un coup de fil au boulot : papa est à l'hôpital. Infarctus. Un avertissement, dixit le cardiologue. Combien avant le blâme ? Le renvoi ?

Le chant long et monotone de la mer eût raison du flot de mes pensées. Je m'endormis. Dans mes rêves, je vis les montres molles de Dali.

En marchant sur la plage, le lendemain, je comptai mes pas. Évaluai les distances. Marquai les croisements.
La géographie familiale est chose complexe.

Nous fûmes 10 autour du dîner d'anniversaire.
Alors que ma mère coupait le gâteau, je regardai chacun des convives avec curiosité. Ma grand-mère, l'hypocrisie faite femme, si dure sous ses allures fragiles. Sa fille, ma tante. Folle ou cruelle, ou juste pathétique selon les jours. Ma mère et son sourire si doux, ses bras si tendres, son amour capable de sauver le monde entier.
Assis en face de moi, mon père se livrait à la même contemplation. Partageait-il mes interrogations ?
Nos regards se croisèrent et il me sourit.

Plus tard, il me retrouva sur le balcon. Je fumais. Il posa ses coudes sur la ballustrade, comme moi, et tourna les yeux vers la mer. Comme moi.
- C'est pas facile, hein ?
- Quoi donc ?
- La famille.
- ...
- Comment refuser de leurs ressembler, sans pour autant cesser de les aimer ?
- Comment accepter ses liens ? S'en libérer sans les briser ?
- De l'amour à la haine, de la fierté à la honte, la frontière est si mince...
 
- Papa ?
- Oui.
- Tu me raconteras, un jour ?
- Tout ce que tu veux. Même si je ne sais pas grand chose... C'est drôle ça : tu as toujours aimé qu'on te raconte. Tu vas finir par en savoir, des histoires !


Je ne dormis pas plus cette nuit-là que la précédente.
Je marchai sur les fils de l'histoire dont je me savais tissée. Cherchai les noeuds à défaire, ceux à renforcer. Avec cette conviction : au bout de chacun se trouvait une clé. Le trousseau entier, toutes les portes s'ouvriraient.



 

La guerrière au sein nu

Par M. :: 15/02/2009 à 13:12 :: Petites Choses egocentrees

Découvrez Björk!
 
 
Les gens m'appellent la guerrière au sein nu. N'y voyez rien d'érotique, par sein ils entendent coeur. L'arme à la main, l'armure ouverte, ainsi je vais. Et je viens. Car j'explore, notez-le bien, la découverte est mon pain quotidien. J'aime emprunter les chemins vierges, flirter avec les lisières, fouiller derrière les branches des arbres, creuser là où personne n'a osé. Ainsi, je rencontre. La terre, le ciel, Dieu. Moi, parfois. Des chevaliers et des manants, de nobles esprits et d'autres vils. Des animaux : du grand prédateur au minuscule insecte.
Mon sein nu les attire, je le sais bien. Ils y voient la brèche de mon amour. Rêvent de se reposer sur son rose tendre. Il faut comprendre. L'espace entre mes bras, contre ma poitrine offerte, constitue un abri confortable et chaud. Vue sur mes envies de beau. Accès illimité à mes labyrinthes secrets. Douceur de la chair, sous la peau, under the volcano. Un pays où il faut bon prendre asile, ou retraite, lorsque l'on veut fuir la tempête.
Mon arme n'effraie personne. Elle prête à sourire, souvent. Excite même : la victoire révèle davantage de saveurs après la lutte. Mes flèches, pourtant, empoisonnent et mon tir est adroit, j'eus quelques fois l'occasion de le constater.
Que voulez-vous ? Ma candeur ne noircit pas avec l'âge, et mon espoir résiste aux vents et marées. Je continue de préférer mon sein nu aux armures inviolables et autres costumes cousus de mensonges d'or. Ma folie reste légère et ne blesse point. Je ne combats la violence que par mon silence.
Ma mère me dit souvent de me méfier. Me protéger. Mes amis me prodiguent les mêmes bons conseils. Je les écoute avec attention, ne pouvant cependant les suivre. Car lorsque j'y songe, toujours me revient la voix de cet homme, près du lac, une nuit de septembre.
Je pourrais te tuer aussitôt. Te faire mienne et te soumettre. Tu ne t'en plaindrais pas, tu sais voir le bonheur partout et moi je sais le peindre. C'est pourquoi je vais te laisser partir. Il n'y a aucune gloire à vaincre autre que son ennemi.
Je me souviens aussi de mon grand-père qui disait : l'honneur est tout ce qu'il reste aux hommes, lorsque le temps les dérobe. L'honneur, et la conscience...

Ainsi je vais. L'arme à la main, l'armure ouverte. Les gens m'appellent la guerrière au sein nu. Et je leurs souris.

Photo : B.T.

Petites divagations à l'âme

Par M. :: 21/12/2008 à 23:09 :: Petites Choses egocentrees



Un dimanche matin comme les autres, et pourtant légèrement singulier. Le dernier avant Noël, l'avant-dernier de l'année. Pas de quoi en faire toute une histoire, bien sûr, mais peut-être le relever, le noter sur un morceau de papier, comme la crème fraiche sur la liste de courses.
Je me suis rendormie après la sonnerie du réveil, frôlant ainsi le retard, la journée commençait mal avec ce mélange de café et de dentifrice en bouche. Huit heures n'avaient pas encore sonné lorsque mes talons pressés battirent le pavé de la grande place. Je trouvai même le temps de fumer une cigarette, précieux surcis avant de descendre à ma mine de verre.
Le dimanche matin, à huit heures, tout le monde en ville dort. Je croise moins de deux personnes là où trois, quatre heures plus tard, j'en croise cent. J'envie alors ceux que les draps couvrent encore, je les plains également car les rues ne sont jamais plus belles qu'au lever du soleil.
Davantage par réflexe que par envie, je me servis une tasse de cet inbuvable café proposé au buffet. Je le noyai de sucre pour oublier son amertume, et peut-être un peu la mienne. Dans la salle de petit-déjeuner, une famille s'installa. Père, mère, la trentaine, deux gosses de cinq ou six ans et un bébé. Qui pleurait. Fort. Je regagnai la réception, loin des cris de l'enfant. En portant la tasse à mes lèvres, je ressentis comme une envie de pleurer que l'arrivée de mon premier client chassa instantanément.
Je me souviens d'un temps où je ne pleurais pas. Pas à Noël, en tous cas. J'attendais les fêtes impatiemment, je prenais plaisir à me vêtir pour l'occasion, soigner ma coiffure, choisir ma plus belle paire de chaussures... Et la course aux cadeaux n'était pas le parcours du combattant qu'elle est devenue, mais une flânerie presque poétique dans les ruelles du vieux Montpellier. Avec, déjà en tête, les sourires à venir. La nostalgie rôde autour de ce passé pas si lointain.
Un japonais, mon premier client. Peu bavard et très organisé, comme souvent. Son taxi arriva à l'instant exact où il rangeait son American Express dans son portefeuille, et son portefeuille dans la poche intérieure de sa veste. Un couple d'anglais lui succéda derrière le comptoir, et enfin la famille croisée au petit-déjeuner. Le bébé ne pleurait plus, les gamins s'amusaient à sauter les trois marches qui trainaient là, la mère me demanda le temps qu'il faisait derrière la porte, je lui répondis que visiblement le vent soufflait fort. Les branches des arbres dessinaient de drôles de cercles dans les airs. Une boule de Noël couleur argent attérit au pied de l'hôtel. Elle avait dû se décrocher du grand sapin.
Chez moi, pas de sapin. Depuis que je vis seule, j'ai perdu toute notion de tradition. Je ne mange pas de poisson le vendredi, je ne décore pas mes fenêtres en fin d'année, je n'achète pas de chocolat à Pâques. Enfin, pas qu'à Pâques. Je crois que le sapin ne réintégrera mes quartiers que lorsque j'aurais des enfants. Si j'en ai.
Le téléphone ne sonna qu'une seule et unique fois. Je reçus trois mails, et un fax. Une pub. Pas de courrier, puisque dimanche. Je pensai alors à cette carte que j'attendais d'un jour à l'autre, ces mots de Magali m'annonçant la venue au monde de son bébé. Je me dis que le vieux barbu, quelqu'il fût, l'avait drôlement gâtée. Un couple fort sympathique vint régler sa note. Ils me souhaitèrent tous deux de bonnes fêtes et tous leurs voeux pour la nouvelle année. Merde, je l'avais presque oubliée celle-là... Et j'entendis comme un tic tac, l'heure du bilan allait bientôt sonner et, comme toujours, mes efforts à m'y soustraire demeureraient vains.
To be or not to be, voilà les mots qui me viennent lorsque se comptent les derniers jours de l'année. Ça ressemble à une halte sur le fil tendu du temps qui passe : je m'accorde une seconde, juste une, pour un regard vers le chemin parcouru. Et je choisis de ne pas choisir de direction, de suivre le vent...
Le vent, justement. Les nuages avaient fui devant lui. Le soleil couvrait les toits des chalets de son manteau de lumière lorsque je sortis fumer une cigarette. L'ombre d'un sourire au coin des lèvres, je regardais le marché de Noël prendre vie. Le type qui vendait les huitres me salua. Puis le cuisinier du restaurant voisin m'offrit un café. Un bon. Il ne faisait pas froid. La place grouillait de gens heureux, décoiffés par le vent. J'étais occupée à regarder un couple de grands-parents se tenir la main quand le bleu du ciel vint troubler ma mélancolie. Je me souvins alors de ce colis reçu vendredi, des chocolats suisses et un petit mot des plus tendres, mais surtout cette phrase : Que le sage ange gardien qui jusqu'ici vous a subtilement soustraite à la robotisation continue de veiller sur vous sans défaillance. Face à la flagrante sincérité de l'affection par ces mots démontrée, je me questionnai. Mais bien vite la joie chassa mes gamberges inutiles, suivie de prés par l'envie féroce de les étreindre, de mon regard et de mes bras, ces gens que j'aime et qui sont loins de moi. Et ces autres, plus proches.
Et celui-là particulièrement.

Lorsque je rentrai chez moi, quelques heures plus tard, Harmonia Mundi diffusait un merveilleux cantique et une odeur de crêpe se baladait dans ma rue. Je poussai la porte d'un coup de hanche et le chat m'accueillit de ses miaulements.
Dans la chambre, les draps de mon lit se froissaient encore de l'amour dont nous les avions fait témoins.
 
 
 
 
 

Les mots de la mer

Par M. :: 11/12/2008 à 22:20 :: Petites Choses egocentrees

 

Lorsque j'ouvre les yeux, je suis au milieu de la mer. A cet endroit précis où elle enfante ses vagues. Couchée sur un frêle radeau de bois qui tangue. Petite sotte prisonnière d'une coquille de noix. Le ciel me dit que je vais me noyer. Je lui demande d'aller au diable. Le vent me souffle que je suis perdue au milieu de nulle part. Je lui réponds de la mer, il ironise l'amer... et je me demande lequel de nous deux a raison. Mes ongles s'enfoncent dans le bois de mon embarcation au risque de la transpercer, et de la couler, moi avec évidemment. C'est alors que j'entends ce chant qui me berçait la nuit dernière. Lent et monotone. Je comprends que la mer me parle, et sa voix ressemble à celle d'un piano, mêlé de harpe peut-être, pour la dentelle de son écume. Elle veut me confier son secret. Je laisse ses bras bleus m'enlacer et m'entraîner dans son ventre.

Là, je trouve le calme. Un silence nouveau, dense et profond. Une pénombre claire. Chacun de mes sens s'apaise lentement. J'ignore si le monde tourne encore, je l'ai perdu de vue. Je ne sais pas plus si le temps poursuit sa course, pour moi tout paraît figé. Cet instant qui ressemble à une bonne nouvelle ne va pas durer. La mer bientôt va m'expulser et il me faudra ramer pour rammener mon radeau sur les côtes. Le poids du secret sur mes épaules plus frêles encore que le bois qui me porte.
 
Et puis le soleil se lèvera. Un nouveau jour naitra. Ses minutes diront que la peur reste aussi humaine que l'erreur, et que nous restons des hommes, tant capables de renoncer que d'essayer. La chute n'est que le faire-valoir de la marche, aussi nécessaire à cette dernière que l'ombre à la lumière.
Si tu m'as attendue sur cette plage, sous le soleil neuf et plein de promesses, je te confierai le secret de la mer : la vie ne nait que dans les bras de l'amour, là où l'impossible n'existe pas.

 

Des quatre saisons

Par M. :: 25/11/2008 à 15:34 :: Petites Choses egocentrees
 
 

Nous déjeunions sur la terrasse, profitant de la clémence d'un jour d'automne. Le ciel d'un bleu intense nous couvrait d'une casquette lumineuse, le soleil réchauffait mon visage et mes mains. Il me servait le café, je lui servais la musique, et nous écrivions dans un silence complice. Parfois, j'entendais son rire. Parfois, il m'écoutait raler ces mots qui se dérobaient à mes doigts affamés de raconter. Puis il allait s'étendre dans la chambre fraiche et je ne tardais pas à le rejoindre.
Plus tard, nous allions marcher sur ces sentiers connus de lui seul. Ses histoires se mêlaient alors aux murmures des arbres et j'aurais pu le suivre jusqu'en Amérique. Il y avait dans nos promenades une magie simple et belle que mes efforts les plus fous ne parvinrent à décrire. La détermination des pas, la mémoire vive, l'envie de poursuivre. Nous étions minuscules dans les bras de Dame Nature, comme cachés pour vivre heureux. Mais bien vite, trop vite, la menace de la nuit nous poussait vers la maison.
Le soir portait les parfums de l'hiver : son froid piquant, son inquiétude calme.
Avant la disparition du soleil, nous allions chercher du bois. Je jouais avec la brouette verte, semblable à celle de mon grand-père.
Alors, j'avais moins de dix printemps et j'aimais déterrer les pommes de terre, c'était comme chercher un trésor, je regardais mes mains noires et je riais aux éclats. La brouette vidée des légumes, Papi m'offrait un tour sur la terrasse dallée puis dans le jardin parfumé des roses de ma grand-mère. Et j'abandonnais mon manège pour la balançoire qui me faisait peur et rêver.
Dix-sept ans plus tard, dans une autre campagne et derrière une autre maison, je retrouvai la balançoire et avec elle mes étés passés. Je m'assis avec prudence sur la planche de bois, attrapai les cordes et poussai légèrement sur mes pieds. Les gestes d'abord hésitants puis affirmés, j'entretenais ce mouvement ample et lent, les yeux fermés et le sourire aux lèvres. J'allais et venais dans les airs et dans ma mémoire. J'étais surprise de la précision des souvenirs, comme un tableau poussiéreux dont les détails n'auraient rien perdu de leur finesse. C'était hier et c'était si loin.
J'entendis sa voix chaude m'appeler, je rentrai le rejoindre.
Plus tard, je pleurais quelques larmes face à l'agonie du soleil. Je voulus lui parler de la balançoire mais je ne dis rien.




 

Sweet (?) sixteen

Par M. :: 19/11/2008 à 23:11 :: Petites Choses egocentrees

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J'ai 16 ans.
J'ai 16 ans et j'écoute Hole à fond dans mon baladeur. Je fais des bonds parce que ça remue là, dedans. Et je crie I am doll eyes, doll mouth, doll legs.
Dans mes yeux, la rage de celle qui refuse d'être une autre de ces poupées aux lèvres condamnées. Dans ma voix, les cailloux qui pèsent sur mon coeur et encombrent mes chaussures, m'empêchent d'avancer.
Yeah, they really want you, they really want you, they really do
And I really say fuck you !
Dans ma bouche, cette vulgarité apparemment caractéristique de ma jeunesse, irrespect ou rebellion passagère, évidences de mon adolescence. Comme cette envie de tout casser, même moi. Surtout moi.
He only loves those things because he loves to see them break
Sur ma tête, des dread-locks en rappel des vers qui me dévorent le ventre.
Dans ma tête, cette chose informe, pire que les vers du bide, solitaire pour sûr. Flou non artistique, malaise non magnifié.
Someday you...
Ma violence musicale rime avec celle de mon âge. 16 ans. Pourquoi ai-je l'impression d'en avoir 100 ? La sensation d'être une grand-mère, une momie, enfermée dans le corps d'une ado attardée ?
Je suis un anachronisme aux yeux bleus.
Someday you...
Le plus souvent, je m'ennuie. La vie a cet air de déjà-vu, de ressucé. Et sucer tout court, c'est comment ? Ça peut être bien, vraiment ? Je m'ennuie alors je fume. Des clopes, de l'herbe. Et j'écris des lettres à personne que j'abandonne entre les rochers de la digue. Je m'ennuie donc j'imagine les allures du possible, la douceur de l'ignorance, la candeur de l'innocence. Les ai-je perdues ou suis-je née sans ? Et suis-je née ainsi ? Me suis-je trompée de monde ? De jour, peut-être ? De corps ? A choisir, j'aurais aimé être une vague : courir sur la mer, caresser les goélans, contribuer à la chute des surfeurs présomptueux et mourir sur le sable. A choisir... Existe-t-il mieux ? Existe-t-il pire ?
Someday you...
La semaine dernière, je suis tombée sur ce film italien, le réalisateur s'appelle quelque chose Bertolucci. Bernardo, je crois, comme le pote de Zorro, le sourd.
Dans le film, il y a Liv Tyler, la fille du chanteur d'Aerosmith, sacrément belle. Bref. Ce film, je l'ai regardé sept fois. En sept jours. Il m'a scotchée. Éblouie, épatée. Et maintenant, il m'intrigue. Parce que cette nana qui cherche son père et s'interroge sur l'amour, c'est un peu moi. Ses véléités à être femme mêlées à sa peur de l'être enfin sont les miennes. Je n'ai pas sa beauté mais je connais sa quête, et sa perte. Je rêve d'un amour beau et absolu et plus vrai que le monde. Je rêve d'une première fois douce, tendre, et dénuée de toute illusion. Je rêve d'un père qui me peindrait pour me dire sa fierté. Je rêve d'avoir du talent et d'être quelqu'un à ses yeux.
Et la beauté des paysages, la poésie des personnages, le déroulement de la vie au soleil de l'Italie. Il y a dans ce film une part de moi que je hais et une autre que je rêve. Il y a dans ce film l'issue que je souhaite mienne. Mais ce n'est qu'une comédie italo-américaine, et je ne suis pas assez conne pour l'ignorer.
Someday you...
J'ai 16 ans.
J'ai 16 ans, des dread-locks et quelques disques de rock, quelques livres de Vian, un film de Bertolucci qui ne quitte pas mon magnétoscope et des questions qui me privent de sommeil. Je ne suis pas jolie, je ne le serai jamais. Je ne m'aime pas, je ne sais pas comment on fait. Je parle beaucoup pour ne plus m'entendre penser, je râle beaucoup parce que je suis terrifiée, je ne marche pas beaucoup parce que je ne sais où aller.
Je suis au début d'une histoire dont je connais la fin : la lutte sera longue et difficile, jusqu'au bout du tunnel. Alors je peux bien continuer à chanter :
Someday you will ache like I ache
 
 
 
 
 
 

Mi sangre caliente

Par M. :: 11/11/2008 à 23:15 :: Petites Choses egocentrees

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Dans mes veines coule un sang chaud. J'ai les yeux clairs, la peau pâle, de la douceur dans les humeurs et ma voix ne sait pas crier, mais dans mes veines coule un sang chaud. En ébullition.
Par lui mon coeur bat à ces rythmes effrénés, le soleil brille sur mes jours de pluie, il fait ma force, mon désir, mon amour. Ce sang secret, presque caché, dont je devine seulement l'existence. La abuela... que je n'ai jamais nommée ainsi car elle n'en a jamais émis le souhait.
Pour seuls témoins de son sang rouge et bouillonnant, les castagnettes qu'elle me prêtait lorsque j'étais enfant, et qui faisaient claquer le tempo de nos après-midi de vacances, et ce vieux châle noir qui porte encore le parfum du flamenco. Des choses oubliées, jamais avouées. Discrète grand-mère... Dans tous mes souvenirs, elle parle d'une voix basse, presque fragile, avare d'interventions. En fait, on ne l'entendait presque jamais.
Mon grand-père se chargeait des histoires, il aimait raconter, ou plutôt partager. Ainsi, les fragments de ce passé secret aujourd'hui dévoilés, le furent par ses confidences. Et celles de ma mère, qui a hérité de lui le goût de transmettre. Quelques pages d'une histoire que je devine longue et douloureuse, comme un chant gitan.


Voilà ce que je sais :
A Valencia, il y a moins d'un siècle, la madre de la abuela lui donnait la vie, la sienne. Ce sacrifice s'inscrivit sur le coeur de l'enfant, lui fissurant l'aorte. C'est donc à moitié orpheline et avec un coeur fendu que Mercedes ouvrit les yeux sur l'Espagne. Une Espagne fragile, que la guerre ravagea bientôt.
A l'âge de quatre ans, elle traversa la frontière sur les épaules de son père. Comme un enfant pèse lourd à quatre ans, surtout sur les épaules d'un homme seul, ce dernier préféra laisser sa fille chez ses grands-parents, dans une ferme à la montagne. Pensant, sûrement, que les travaux des champs l'allègeraient.
Il ne se trompait pas. Le labeur, le froid, celui des tuteurs bien plus que celui du pays, la sévérité de sa vie nourrirent sa fragilité. Jusqu'au jour où son chemin croisa celui du beau Georges...
Si vous l'aviez vous, jeune, mon grand-père, comme sur cette photo où il porte l'uniforme de l'armée, qu'est ce qu'il était beau... Grand, musclé, le visage carré mais les traits fins, le dos droit, une beauté sage et rassurante. Je comprends qu'il lui ait plu. Et elle, ses longs cheveux noirs et bouclés, son regard de braise et son coeur fendu, comment résister ?
Ici s'achevèrent les malheurs de Mercedes. Mon histoire commence un peu plus tard.


Un soir proche de mes vingts ans, les pavés d'Avignon me portèrent jusqu'au Petit Louvre où se dansait un flamenco célèbre dans la région : celui de Luis de la Carrasca. Dès les premières cordes, quand les talons de la belle dame brune vêtue de rouge et de noir se mirent à frapper le sol, je compris. Et l'heure passa sous mes larmes, mes ongles enfoncés dans la paume de mes mains serrées. Je crois n'avoir jamais applaudi aussi fort. Le spectacle joué racontait mon histoire, ma chair, mon sang, je sentais mes racines pousser sous mes pieds, une part du secret se dévoilait. Et tant de moi s'expliquait.

Je suis fille de cette terre de soleil et de sang. Je suis fille de ce pays aux nuits chaudes et sans fin. Mon sang est de la sangria, mes pieds tapent sans cesse un flamenco, ma force est celle du taureau, le sel de mes larmes celui de la mer, j'ai de l'Alhambra dans les gestes, des castagnettes dans les doigts, la fureur de la guerre dans mon regard en colère, mon souffle a le parfum de la fleur d'oranger et la chaleur du Balaguère, le bleu de Méditerrannée dort dans mes yeux et le sable de la Costa Brava éclaire ma peau.
Voilà ce que je sens.



Tout ceci me vient de toi, abuela. L'espagnol que je parle sans accent, ma passion pour ces chants plaintifs et intenses, ces guitares jouées à mille doigts, ces talons claquant le sol de toute la force de leurs sentiments, la façon dont ma main droite tape puis caresse la paume de ma main gauche, et cette étrange fierté dans ma démarche. Je ne te l'ai jamais dit, je ne te le dirai jamais, mais je sais, je sens, abuela. Tes origines sont si profondes qu'elles en deviennent secrètes, et les miennes sont si secrètes que je les devine. Tu m'as obligée à fouiller mon ventre pour ressentir le rouge de mon sang et je sais aujourd'hui combien tu es ma grand-mère, toi, abuela, Mercedes Arrocas, sang chaud venu d'Espagne.





Ce que je te dis

Par M. :: 05/11/2008 à 13:11 :: Petites Choses egocentrees

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Ce que je te dis, je ne le prononce pas seulement de mes lèvres, je le souffle de mon haleine, cet air venu de mes fonds, parfumé de ma chair, expulsé de mon ventre. Mon ventre, oui, c'est bien lui qui donne naissance à mes mots, ma tête les met en ordre, certes, mais elle ne fait que cela.
J'avoue sans honte que je ne réfléchis pas. Ni quand je te parle, ni quand je t'ouvre les bras. Je ne prévois pas ta réaction après ma lecture, je n'imagine pas la meilleure façon de te plaire, de me faire aimer de toi, je ne pense pas à ce que tu penseras, toi. Authentique et brute jusqu'au bout de mes mots, je ne les maquille ni ne les travestis. Pourquoi le ferais-je ? Quelle inconscience ! Ils sont ma seule liberté, ma petite liberté chérie, pourquoi voudrais-je les enchainer ? A quelque règle de bienséance, à quelque jeu de séduction. L'espace que m'offre la page blanche est l'unique à me recevoir nue et crue. Le seul chemin à me porter telle que je suis.
Nos vies nous poussent sans cesse à nous échapper de nous-mêmes : faire semblant est une règle à laquelle nos quotidiens ne peuvent déroger, il nous faut composer, nous adapter, nous fondre dans cette foule qui fait notre société. Voilà pourquoi je m'attache tant à cette petite liberté que m'offre l'écran. Si je ne suis pas vraie ici, où et quand le serai-je ? Je refuse cette comédie, je laisse tomber le masque dès que tombe la nuit, lorsqu'enfin je peux m'assoir face au bureau. Et c'est là que je m'adonne à ce plaisir, ce presque onanisme, cette délectation d'être enfin sans concession.
Alors ce que je te dis, prends le à la lettre, prends le au coeur s'il t'en dit car cette matière que mes mots dessinent est la mienne, informe, impure, mais tellement entière et vraie. Je ne triche pas avec toi, j'ai passé l'âge et l'envie de jouer. Et je ne suis pas une autre. Prends moi crue ! Ou ne me prends pas... Pas de moitié, pas de voile, pas plus que de politesse, ronds de jambes ou autre délicatesse superflue. Ne faisons pas dans la forme, s'il te plait, mais dans le fond. Le très profond.
Ce que je te dis, tu peux ne pas le lire, ne pas le vouloir, ne pas le comprendre et même le contredire, mais tu peux le croire. Vraiment.
 
 
 
 

La brodeuse d'ennui

Par M. :: 23/10/2008 à 0:10 :: Petites Choses egocentrees

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Je suis la brodeuse d'ennui. Bonjour, passants ! Venez, approchez-vous donc, je vous serai utile : c'est moi que l'on vient voir lorsque le temps file trop vite. Un manque, un regret ? Un désir inassouvi ? Je ravive les braises de la jeunesse et de l'envie. Je dis aussi ces mots d'amour que vous n'avez jamais entendus et que vous attendez depuis la nuit des temps, je prodigue des caresses à l'âme triste, au coeur brisé. Mes baisers pansent toute blessure, mon souffle chaud comble toute absence. Je sais rattraper le temps perdu, ajuster les pendules l'espace d'un songe et à votre réveil, vous aurez vécu. Enfin.
Venez, passants, venez donc vous abriter sous mon sein tendre et léger ! Profitez de mes talents et de mes dons de bonne nature. Ma transparence est un refuge à vos fuites, mon innocence est votre liberté. Je suis un pays sans morale ni loi, sans douane surtout, je saurai héberger vos plus sombres desseins car sur mes terres, nul interdit.
Venez, passants, venez donc tromper votre ennui dans mes bras. Je n'existe que pour vous... Je prends vie sous vos doigts et meurs derrière vos pas. Je ne suis là que pour donner un sens à vos heures perdues entre errances et rêveries. J'incarne vos espérances le temps d'une nuit et au petit jour je m'enfuis, laissant sur vos draps et vos lèvres un goût d'accompli. Pas de souvenir, je ne suis que la brodeuse d'ennui, je suis là pour votre plaisir et pour disparaître, ensuite, selon votre désir.
 
 
 
 

De pierre

Par M. :: 14/10/2008 à 21:27 :: Petites Choses egocentrees

Découvrez Radiohead!


 


Il existe un état intermédiaire où l'on ne sent plus rien. Une anesthésie. L'esprit sait tout mais le corps ne sent pas. On voit l'hiver sans en souffrir le froid, on nage dans l'océan sans être mouillé, on s'offre nu au soleil sans finir brûlé. Les mots traversent sans résonner, tout comme les pensées. Rien n'a de sens. On marche sur les mains, on s'assoit sur son coeur, on dort debout. Et le besoin n'existe plus. L'amour, la tendresse, la chaleur d'une voix, on sait faire sans. Plus de besoin, plus d'envie, reste le temps qui passe et qu'on emplit. De futilités aussi provisoires que notre présence ici-bas.
C'est l'instant d'après que le coeur devient de pierre.


Alors toute cette musique que j'écoute, tu sais, toutes les lignes que j'avale et toutes celles que j'écris, tous ces gestes inutiles, tu sais, quand je m'attarde au coin d'une rue sombre, ou quand je lézarde un peu trop au creux d'une joie somme toute fugace, quand je me repasse en boucle mes souvenirs heureux et les raconte de mille voix pour les faire vivre encore, c'est pour garder mon coeur souple. C'est la seule raison. Parce que j'ai peur, tu sais. J'ai peur qu'à force de bombardements, il ne reste rien de ces ruines, là, dedans. Et qu'au milieu de ce champs dévasté, mon coeur devienne de pierre.
 
 
 

L'automne, en attendant (...toujours)

Par M. :: 09/10/2008 à 18:30 :: Petites Choses egocentrees

Découvrez Anouar Brahem!

 

Il a fait froid. Le Mistral soufflait sur la ville et s'insinuait partout, sous les fenêtres, sous les pulls. Et même au fond des poches : mes mains ont gercé.
C'était l'heure des lectures et des chocolats chauds. J'ai relu Dorian Gray en écoutant du Bach, Amin Maalouf sur la musique d'Anouar Brahem : accord aussi parfait que la cannelle dans le chocolat. Je me suis glissée entre la couette et le canapé pour regarder ces films qui, plus jeune, me faisaient rêver. Et j'ai compris que j'avais vieilli. Mais quand Lili Taylor offre un tout petit globe à Johnny Depp en lui disant je t'offre le monde, je me dis encore que c'est une magnifique déclaration d'amour. Tout n'est pas perdu.

Plus tard, le soleil est revenu. Avec lui, la chaleur. Les pulls ont regagné le placard, pour quelques jours au moins, et les fenêtres se sont ouvertes de nouveau. J'ai fumé assise à leur bord, en regardant les gens aller et venir dans la rue. Et les gamins sortir de l'école, le cartable au dos. J'ai fermé mon livre et j'ai écrit, un peu. J'ai bien dormi, comme si le soleil avait séché mes larmes de la veille.

Aujourd'hui, il pleut.
Je regarde le ciel pleurer depuis le fond de mon canapé. Les crêpes ont parfumé l'appartement et le chat dort sur le bureau. Je laisse mes pensées s'envoler, je ne les regarde même pas, je veux juste les laisser couler pour m'en sentir plus légère. Ce soir, je plongerai dans un bain et j'écouterai Coltrane et Monk me dire le jazz.
Et demain...

Demain ressemblera à l'automne. Avec ses sursauts de vie, ses douceurs, ses lumières, et ses froids, ses silences, ses nuits. Un souvenir d'été mêlé à la crainte de l'hiver. Entre un sourire et un soupir.
Je dépends cruellement du temps qu'il fait. Et si je n'ai jamais osé quitter mon sud natal, c'est que sans lumière je me consume. C'est pourquoi chaque automne je décline pour mieux mourir à l'hiver. Et renaître au printemps. Car quand le froid souffle sur la ville, les volets et les fenêtres se ferment et la solitude n'a nulle part où s'échapper. Elle reste là, à traîner ses chaussons dans le salon. A s'ennivrer de musique et de lignes pour trouver la vie belle. Elle fouille sa tête parce qu'elle n'a rien de mieux à faire, et elle refroidit le coeur qui alors se fait lourd. Il bat en silence et sans chaleur, il bat pour battre, simplement. Mais dès le printemps, la solitude se sauve par les fenêtres ouvertes. Elle part en voyage et moi j'entends les rires et les pas en bas, dans la rue. La musique vient du sud et me réchauffe le sang, ma peau brûle et réclame, mes pieds sont légers, mes hanches chaloupées et mon coeur transpire l'amour pour mieux le donner. L'été, même la peine me semble raisonnable, prix à payer pour un instant d'éternité, vengeance karmique, peu importe, je sais qu'elle n'est là que pour mieux passer.

L'automne, en attendant l'hiver. Et la suite. Je ne fais qu'attendre...
Attendre que les saisons s'en viennent et s'en aillent, comme les amours, comme les amants. Une danse et tous s'éclipsent, rien n'est fait pour durer, m'a-t-on chuchoté. Je suis une valse...
Attendre que la pluie cesse, que le ciel retrouve son bleu et le soleil en son milieu. Que mon coeur palpite encore, un jour, peut-être, au hasard d'un sourire échangé dans la rue.
Attendre que l'amour revienne, s'il est comme le printemps. Qu'il me persuade que j'ai toujours vingt ans et que tout est possible, même le meilleur. Que le bonheur n'est pas un droit accordé ou retiré, qu'en gardant la main tendue et le coeur ouvert, tout peut arriver.
Que l'espoir peut renaître. Un jour, peut-être...
 
 
 
 
 
 

Dans le noir

Par M. :: 08/10/2008 à 1:10 :: Petites Choses egocentrees

Découvrez Frédéric Chopin!
 
 
 


J'ai plongé la pièce dans le noir, pour qu'elle me ressemble. Le piano que j'écoute me dit la nuit et sa souffrance. La lumière trop claire de l'écran se reflète sur le verre posé tout près, et me montre le rouge foncé du vin. La fumée de ma cigarette m'entoure d'une brûme qui m'est chère car elle m'aide à me cacher.
Ce soir, j'ai pleuré.
J'ai pleuré cette douleur lancinante, oppressante, parfois si violente. Ces maux que rien n'apaise, et ces autres mots qui me pèsent. La tendresse et la bonté me dérangent car je sais ne pas les mériter. Et celle dont tu parlais, celle aux trésors, fraiche et légère comme l'air, m'est étrangère. J'ai beau creuser à m'en faire saigner les doigts, je ne la trouve pas. Là où j'erre, tout n'est que noir et fumée.
Alors je reste assise dans l'obscurité avec le piano et les cigarettes. Et je regarde la nuit passer, sans l'approcher.
 
 
 
 
 
 
 

Hell et moi

Par M. :: 02/10/2008 à 19:18 :: Petites Choses egocentrees

Découvrez DJ Vadim!

 

 

 

 

Je te regarde fixement. Tu ne baisses pas les yeux. Tu me souris, de temps en temps. Et je sais ce que tu penses…

Tu penses que toi et moi, on se ressemble. Tu nous crois sœurs, jumelles, moitiés d’une seule. Tu ignores combien tu as tort. Ne vois-tu pas nos différences ? Plus encore : nos oppositions.

Tu es bien davantage mon contraire, toi, fille de lumière, tu souris et tu vois le monde en bleu, tu es jolie et tous sont amoureux. Quand moi, tache d’ombre, je peins le ciel en gris et la terre en rouge sang. Sans violence, mais avec démence. Du miel coule de tes lèvres, des colombes poursuivent tes gestes. Et ton corps est celui d’un ange, sexué mais si tendre, la peau claire, les frissons faciles et le cœur battant. En face, je ne sais dire que le silence, le froid et la peur. Mon corps est une terre stérile où les soldats presque morts viennent hurler leur rage. Et ils labourent mes chairs, et ils aspirent ma vie avant de s’en aller, repus et reposés, vers d’autres champs de plus belles batailles. Tu vois ? Je ne suis pas toi.

Pourtant, tu me regardes aussi. Et si là, face à toi, j’enfonce la lame dans mon cou, je vois perler sur le tien une goutte de sang.

 

 

 

 

 

 

Disparaître

Par M. :: 29/09/2008 à 18:41 :: Petites Choses egocentrees

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Le ciel est clair et bleu. Haut et loin. La lumière est douce.
Les regards se répondent, les sourires se charment, les voix se murmurent, là-haut, près du ciel, loin, si loin qu’il m’est inutile de tendre la main. La vie se tresse et les histoires se brodent, de fil blanc et d’argent, et certaines cousues d’or. Et je regarde ces mains actives, habiles maîtresses de leur destin. Le présent se passe, le passé s’efface, il m’a prise dans ses bras. L’avenir comme le ciel, bleu et loin, si loin, inutile de…
Je disparais. Silhouette de fumée, je m’estompe sans grâce ni vacarme. Mes traits sont flous maintenant, ma voix se perd entre deux clichés jaunis. Les efforts sont vains quand le désir est mort. Je suis le fantôme de quelques histoires inachevées, oubliées. Légendes dont on doute de la vérité.
Et les silences m’envolent comme la main débarrasse d’un revers la poussière dont les meubles sont couverts. Et la vie m’efface des souvenirs. Comme la tache de sang qui était sur le drap blanc, et n’est plus. Reste une auréole, invisible à l’œil nu. Invisible.
Je vis dans un monde qui n’existe plus. Le monde vit et je n’existe plus.
Je disparais…
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
That there, it’s not me…
 
I walk through walls...
 
This is not happening...
 I’m not here... I’m not here...
 
 
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