Les Petites Choses

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M. "Les petites choses ont leur importance : c'est toujours par elles qu'on se perd." Fiodor Dostoïevski

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C'est bientôt, la plage ?

Par M. :: 19/10/2009 à 19:47 :: Petites Choses en general et en particulier
 

Photo : Rachel Delage (Merci !)

 
- Quelle heure il est ?
- C'est loin, demain ?
- Pourtant, hier, c'était bien.
- Quand est-ce qu'on arrive ?
- On fait une pause en chemin ?
- Quand est-ce qu'on commence ?
- C'est où ?
- C'est qui ?
- C'est quoi ?
- J'attends.
- J'espère.
- Je suis.
- Encore.
- Toujours ?
- Peut-être.
- Un jour.
- Un peu.
- Amen.
- J'sais pas.
- Bientôt.
- Et si... ?
- J'ai faim.
- Pourquoi ?
- J'ai peur.
- Pourquoi ?
- J'ai froid.
- Je t'aime.
- D'accord.
- Je veux.
- Oui.
 
 
- Dis, c'est loin la plage ? 
 
 

Sous les semelles du vent

Par M. :: 14/10/2009 à 13:14 :: Petites Choses en general et en particulier

 


L'automne est arrivé sans crier gare. Ni rien. Sous les semelles du vent.
J'ai vu des chaises se renverser, des nappes s'envoler sur la grande place. Des branches danser comme des derviches tourneurs avant de rompre dans un fracas couvert par les cris de l'air.
Il hurle. Vraiment. Le mistral. Déchainé de s'être tu tout l'été, sûrement. C'est qu'on l'oublie vite, nous autres abrutis de soleil. On pense et on chante que notre ciel est le plus bleu, notre climat le plus doux et nos vies à envier de dérouler leurs jours sous la clémence du midi. Alors il vient nous rappeler combien nous sommes petits. Minuscules. Plus encore que la mort de l'été. Il se tient face à nous, sa grande bouche ouverte, ses milles langues glacées lâchées comme des fauves dans les remparts. Et Dieu fumant sa pipe assiste aux jeux du cirque.
Il peut rendre fou, le vent, chez nous. Sa violence déforme nos gestes et les contours du monde, tout n'est plus que vaste approximation. Son bruit féroce nous bâillonne et son froid nous poursuit sous les manteaux, jusqu'aux os. A moitié sourds, presque muets, soudain si fragiles, il ne nous reste qu'à nous recroqueviller. Sous un grand châle brodé, une tasse fumante de thé entre les mains. Les fesses contre le radiateur. Et nous apercevoir que l'automne est là.
Un an après.      

Stairway to nowhere

Par M. :: 31/08/2009 à 22:22 :: Petites Choses en general et en particulier

 

Photo : Adrénaline

 

Il était une fois un escalier dessiné par Lewis Carroll. Des marches flottantes, glissantes. Nappées de vent. Des cadres dorés et vides sur les murs. Des vases suspendus. Porcelaine fine, vide toujours. Quelques tableaux noirs couverts de leçons en lettres blanches. Et de poèmes à pleurer le grand malheur de l'humanité. Il me semble entendre une voix. Puis une autre. Une troisième. Qui donc m'attend en bas ? La bande à Roxanne ? Plastiques nues exposées en vitrine d'un monde qui s'ennuie et manque de fantasmes. Recherchent regards désespérement. Dans le noir où tout et son contraire sont possibles, je m'interroge. Les voix, encore. Les sorcières de Macbeth ? Qui viennent me tester. Jouer de ma crédulité. Quelle faille de mon coeur impur envisagent-elles d'exploiter ? Je tremble. Fredonne Led Zeppelin, pour le style. Songe aux sixties, seventies, eighties. Woodstock, même. Tous ces avants réputés meilleurs que maintenant. Je me demande ce qui m'attend, là, sur la dernière marche. Celle qui vient toujours trop tôt. Après laquelle il est impossible de se cacher. Je m'applique sur mes talons hauts. Essaie de ne pas trébucher. Tiens bon la rampe, songeant à mon matelot. Au grand mat de son bateau, qui naviguait dans mes eaux... Voilà que je murmure son nom. Pauvre folle ! Taire le beau, il faut. Dissimuler, faire de ses bonheurs des secrets. Pour me punir, je ralentis. Au pied de l'escalier, une drôle de silhouette. Le lapin blanc, chargé d'ecstasy. Cet obsédé de l'heure et des calculs en tous genres fait les cents pas devant une petite porte qui cogne au rythme de sa marche funèbre. Il espère Alice, bien sûr. Mais ne fera pas un geste pour aller la cueillir. Je le regarde un moment. Il m'amuse. M'attriste. Et je ne peux m'empêcher de me demander ce que je fais là.
 
 

Quatre

Par M. :: 28/06/2009 à 23:41 :: Petites Choses en general et en particulier


Un, deux, trois, quatre...
Ils étaient quatre : Max, l'ainé, la tête brûlée ; Joëlle, la cadette, le cerveau de la famille ; Nicole, la troisième, brave, douce et docile ; et Didier, le benjamin, le petit chéri, le chouchou. Chacun à sa place et une place pour chacun, sous les regards tendres et attentifs de Georges et Mercedes. Deux garçons, deux filles, et quatre oranges à Noël.

Un, deux, trois, quatre...
L'été voyait Max et Nicole partir pour le Jura, pendant que Joëlle poursuivait son instruction et que Didier grandissait, à l'ombre des cerisiers et des jupes de sa mère.
Le Jura, c'était grand-mère Ida et ses grands yeux verts, sa voix qui grondait plus fort que l'orage sur les bêtises de l'ainé. Ce qui, finalement, n'arrivait pas si souvent car Max pouvait compter sur le soutien de sa soeur : elle taisait ses fugues, cachait ses larcins, couvrait ses désobéissances. Partageait même ses punitions, par solidarité. Ainsi, l'un n'allait jamais sans l'autre.
Le Jura, c'était aussi une seconde école : celle du labeur, de la ferme, de l'élevage. Dont Bellonne, la favorite, belle Montbéliarde, et Marquise, noire tachée de blanc, la matronne du troupeau, que ses centaines de kilos n'empêchaient nullement de courir après les enfants. Ils apprirent sans le savoir l'inexorabilité des jours, le froid possible des nuits, l'importance de l'histoire, celle avec un grand H mais aussi la leur, qu'Ida racontait, un peu chaque soir, autour d'une tisane de camomille.
Le Jura, c'était surtout l'enfance, qui filait, tranquille, sur le flanc de la vallée du Tacon.

Un, deux, trois, quatre...
Une poignée d'années plus tard, Max et Nicole découvraient ensemble le disco. Aussi amis que frères, ils rejoignaient la même bande à la féria de Nîmes, partaient, certains dimanches d'été, à la mer se baigner. Et surtout se promettaient de raconter à leurs enfants, lorsqu'ils en auraient, le Jura, Bellonne et grand-mère Ida. A deux voix.
Joëlle avait obtenu haut la main son baccalauréat. Première et unique diplômée de la famille, une grande fierté. C'était comme si elle grandissait les petites gens qu'étaient ses parents : la fille d'ouvriers serait bientôt institutrice. Alors l'été, à la plage et au disco, elle préférait les livres et les enseignements que lui dispensait l'école normale.
Quant à Didier, il profitait de son statut de benjamin pour grandir à son rythme. Jouissant de toute l'attention de ses parents, leur obéissant par plaisir plus que devoir.

Un, deux, trois, quatre...
Ida était déjà loin lorsque j'arrivai. Juste à temps pour voir la fratrie fondre comme la neige sur les montagnes du Jura.
Max, l'aîné, dût se brûler la tête plus que prévu car il décida un matin de Noël de changer de famille. Il ne vint pas au dîner traditionnel. D'ailleurs, il ne vint plus jamais. Avançant comme argument qu'il ne ressentait plus le besoin, ni même l'envie, de fréquenter les siens. Les parents et frères de sa femme lui suffisaient largement. Je ne le revis qu'une seule fois : aux funérailles de mon grand-père. Dans l'allée qui menait au funérarium, quand il ne répondit pas au bonjour que je lui adressai.
Joëlle, comme prévu, devint institutrice. Elle épousa un ingénieur en aéronautique dont elle eut deux superbes filles, qui héritèrent de sa soif de connaissance et de son intelligence. Rappelons qu'elle était le cerveau de la famille. Il lui fallut vingt-cinq ans, un divorce, des disputes et beaucoup de solitude pour comprendre qu'aucun savoir ne remplace celui d'aimer. Qu'une tête bien remplie ne pallie pas au vide d'un coeur. Elle se rapprocha alors de sa soeur qui se fit à son tour l'enseignante pour lui apprendre tendresse et amour.
Didier quitta finalement les jupes de sa mère pour celle d'une autre femme. Elle reprit le rôle à la perfection, lui disant que dire, faire, quand, comment. Trois filles et vingt ans plus tard, il divorça. Et trouva bien vite une remplaçante à sa mère et sa femme, une castratrice professionnelle qui le rendit heureux. Vraiment heureux.
Nicole demeura simple et discrète. Elle éleva ses deux filles et aussi son mari avec beaucoup d'amour et de patience, puisque c'était tout ce qu'elle savait. Agissant toujours de son mieux avec cette humilité qui la caractérisait. Elle soigna son père malade, s'inquièta des amnésies passagères de sa mère, consola sa soeur anéantie. Raconta les histoires de la grand-mère Ida.
Ils étaient quatre et c'est elle qui reprit le flambeau de la lignée. Avant de me le tendre.

 

Les bords de mer

Par M. :: 08/05/2009 à 23:49 :: Petites Choses en general et en particulier

Photo : Mélie de Melliaux

 

 

*

 

   De tous ces lieux, ces places, ces villes et ces champs, grands, petits, simples ou extravagants, que je visite en mémoire lorsque la peine perle au coin de mes yeux, un seul m'apparait comme théâtre idéal des monologues intérieurs : les bords de mer.

Le vent envole cheveux et pensées. Le chant des vagues berce la réflexion. Leur blanche agonie rappelle l'immuable. La noblesse des combats perdus d'avance. La dentelle de l'écume fond puis s'efface, comme l'illusion. Et sur le fil de l'horizon, l'esprit funambule peut valser, au rythme des marées, dans son éternelle hésitation entre la lutte et l'abandon.
Le sable ralentit la marche, lui offre la difficulté nécessaire. Chaque pas chasse les grains dorés, poussières d'oubli, déjà. Et les digues retiennent. Combien de temps ?
Le regard frôle la peau frissonnante de l'immense, fouille les plis de sa robe bleue, gardienne de quelques réponses. L'espace ouvre ses bras en un tiroir sans fond pour ranger, archiver, enfermer. Le parfum des embruns propose une délicate ivresse, à laquelle nul ne saurait résiter.

Je tourne le dos à la mer et, soudain plus légère, ferme la parenthèse.

 

*

 

 

Pour Mélie, que les bords de mer désespèrent, sans sa tronche... :

Sèche tes larmes

Par M. :: 01/05/2009 à 0:10 :: Petites Choses en general et en particulier

Découvrez Angela McCluskey!



- La troisième fois, je l'ai regardé partir sans rien dire. Sans pleurer, sans sourire non plus. Je ne me souviens pas de la couleur du pull qu'il portait, ni de la façon dont ses cheveux étaient coiffés. Mais je me souviens de l'étrange soulagement ressenti alors qu'il disparaissait à l'angle de la rue.
Un mois plus tôt, un mardi, il m'avait dit « c'est fini ». En ces termes exacts. Sans plus d'explication. Sans discution. Juste ces mots-là. J'avais regardé sa voiture s'éloigner, je l'aurais sans doute suivi si mes jambes ne m'avaient pas lâchée. A genoux sur le bitume. Les pleurs. Les cris. Les ongles enfoncés dans les paumes de mes mains. Puis le chaos. Plus rien n'avait de sens, le ciel glissait sous mes pieds, la terre coulait sur mes épaules. Le nord avait disparu quelque part entre le paradis que je voyais et l'enfer qu'il vivait. Le sud n'était qu'un pâle souvenir de vacances au bord de l'océan. Une main difforme me tirait les viscères, une petite cuillère en fer me remuait la cervelle.
Trois jours sans sommeil ni nourriture. La petite mort n'est pas l'orgasme mais la première rupture.
Trois semaines plus tard, il me donna rendez-vous sur la grande place. Le coffre de sa voiture était chargé de mes affaires. Nous étions un peu gênés, presque timides. Heureux, malgré tout, de nous revoir. Il m'aida à porter les cartons jusqu'à ma nouvelle adresse. Là, nous fîmes l'amour.
Mon appartement devint le sien pendant trois jours. Trois jours comme les premiers du monde. Nous n'avions jamais été plus tendres, plus doux l'un envers l'autre. Et jamais le sexe n'avait été aussi bon.
Le dernier matin, je lui servis un café et lui demandai de partir. Un élan de lucidité. Ou peut-être voulais-je à mon tour le quitter.
Un soir, dix ou douze jours plus tard, je laissai un message sur son répondeur. « Je serai demain à dix heures à la Grande Brasserie ».
Il vint au rendez-vous. Commanda un café. M'offrit une cigarette et en alluma une.
Il y eut peu de mots, de courtes phrases. Quelques larmes. Des soupirs. L'évocation de souvenirs. L'explication des silences. Et de nombreux regards, comme pour fixer cette scène à jamais dans nos mémoires. Nous vivions la rupture que notre histoire exigeait. A deux voix et quatre mains, nous posions le mot fin.
Je ne l'ai jamais revu. Je suis restée proche de chaque homme que j'ai aimé, à son exception. Parce que, je crois, nous avions vécu une véritable histoire. Et comme tu le sais, une histoire par définition commence, se construit, et prend fin.
- Pourquoi cette confidence ?
- Pour te montrer que le premier chagrin d'amour ne tue pas, il prépare aux suivants.
- Alors l'amour n'est que chagrin ?
- Bien sûr que non. Il est partage, joie, complicité, harmonie...
- ... et rupture.
- Sèche tes larmes. Bien vite tu apprendras que l'on ne meurt pas d'amour. Du manque d'amour, peut-être...
 
 
 
 

Dans les méandres du delta

Par M. :: 31/03/2009 à 23:14 :: Petites Choses en general et en particulier

Découvrez Madredeus!
 



Bar des Sports, Salin de Giraud.
Lorsque nous entrâmes dans la salle au plafond haut, le silence se fit. Les joueurs de belotes levèrent brièvement les yeux. Les amateurs de tiercé nous adressèrent un regard. Nous interrompions une scène quotidienne. Quelques secondes pour nous évaluer, nous saluer discrètement, et chacun reprit son activité.
Nous nous avançâmes vers le zinc. Tout de bois vêtu. Il venait compléter l'atmosphère authentique de l'endroit. De vieilles affiches des Feria d'Arles ornaient les murs, ainsi que les inévitables publicités Ricard et Martini.
Le barman nous accueillit chaleureusement. Il était beau comme un gardian : les cheveux sombres, les yeux clairs, la peau sable, peut-être même salée. Il nous conseilla avec habileté et gentillesse quant aux routes à prendre pour apercevoir les taureaux de combats, les chevaux sauvages et les flamands roses.
Nous quittâmes l'endroit les sens désaltérés. Le coeur léger et plein à la fois, nous suivîment en voiture l'itinéraire indiqué.

Là-bas, tout est plat. L'horizon rappelle la mer tant il ne cache rien. Tout ce qu'il y a à voir s'étale aux pieds du regard.

En longeant l'étang de Vaccarès, je me laissai éblouir par les percées du soleil entre le gris des nuages. Au loin, le ciel et l'eau se confondaient et je crus voir la mer.

Là-bas, le sel blanchit jusqu'à la terre. Les hérons s'envolent derrière les roseaux. Les chemins, bordés de canaux, s'en vont en sinuant doucement.

En sinuant doucement...
La voiture sur la route. Les souvenirs dans la mémoire. Les confidences dans l'habitacle de la voiture.
Je pensai alors au bouquin dans le tiroir de ma table de nuit, si ce livre pouvait me rapprocher de toi, de Jean-Paul Dubois.
On ne voyage jamais par hasard. On cherche au sein des paysages que l'on traverse les petits cailloux semés hier, aujourd'hui, et demain.
 
 
 

Des graines plein les dents

Par M. :: 22/03/2009 à 19:10 :: Petites Choses en general et en particulier
 
 
 
Je croque à pleines dents une part de tarte aux fraises et me dis que rien n'est meilleur. Bien sûr, je me souviens d'un excellent Tiramisu dégusté à Milan, et j'envisage une mousse au chocolat dont l'onctuosité me fait saliver. Mais cette tarte, là, sa pâte qui fond sur ma langue, la saveur de ses fruits qui ravit mes papilles... Non, rien n'est meilleur.
Le dessert est évidemment prétexte. Une amarre vers la course au bonheur qui obsède. Fuite en avant, ou en arrière, fuite du présent dans tous les cas. L'instant semble pâle, fragile. Il ne sait satisfaire. Ailleurs, toujours ailleurs se trouve le bonheur. Triste, si triste condition que la nôtre...
Et pourquoi ?
Pourquoi les souvenirs retiendraient-ils le bonheur dans leurs bras ? Pourquoi la joie nous attendrait-elle au creux d'un songe, au bout de l'exil ? Quelle clé détient l'impossible qui le rend meilleur que tout le reste ?
Je m'interroge, écris, peins, photographie. Cherche une porte de sortie. M'épuise à maintenir mon équilibre précaire : un pied sur le passé, l'autre sur l'avenir. Je pourrais sauter à pieds joints dans le présent, mais ça éclabousse. Mon mascara pourrait couler, ma jolie robe se trouver tâchée. Triste, si triste condition que la nôtre...
Heureusement, je suis trop occupée à me régaler de ma tarte aux fraises pour y penser...
 
 
 

Soleil, tièdeur, et autres détails printaniers

Par M. :: 18/03/2009 à 13:38 :: Petites Choses en general et en particulier

Découvrez Obadiah Parker!



A la faveur d'un rendez-vous chez le dentiste, me voilà à huit heures du matin claquant mes talons sur les pavés de la ville.
Le ciel a tendu sa grande voile bleue au-dessus des toits, le soleil distille déjà sa tièdeur. Les passants sourient : c'est le deuxième effet Kiss Cool du printemps. La douceur de l'air gagne les visages. Pas les coeurs. Ce sera la seconde étape. Un long et rude hiver ne s'efface pas de quelques coups de rayons magiques. Les gerçures cicatrisent lentement dans le secret des sourires.
Je traverse en courant le boulevard Limbert et évite de peu un van chargé de deux chevaux blancs.

Sur le fauteuil de toutes les tortures, je m'efforce de ne pas songer aux sombres desseins des quatre mains affairées dans ma bouche grande ouverte. Pour cela, je fixe le tableau accroché au mur devant moi. Une reproduction du bonheur de vivre, de Matisse. Des gens nus qui se régalent, de diverses façons. Je les regarde un à un avec approbation. Courbes, fleurs, flûte : je me sens légère. Rouge, jaune : le plaisir m'atteint. Je comprends alors la présence ici de cette toile. Et me dis qu'il existe en ce monde quelques gros malins. Heureusement.

Je m'arrête acheter des cigarettes avant de rentrer. La place Pie baignée de soleil me fait de l'oeil, je lui cède bien volontiers et choisis l'une de ses terrasses pour un café. Sur ma droite, un homme lit le journal. Les vins de la vallée du Rhône se découvrent au soleil. Six jours de dégustations qui séduisent des pros du monde entier. La fumée de son cigarillo se mêle à celle de son expresso en gracieuses volutes. Je m'attends presque à voir sortir le génie de la lampe. Enfin, de la tasse.
 
- Trois voeux.
- Seulement trois ?
- Ouvre tes deux yeux à la fois.
- Pardon ?
- Rien n'est jamais suffisant. Je prononce deux mots et tu ne retiens que le premier.
- Mais...
- Pas de mais. L'homme n'est que mais, exigence et insatisfaction. Eternelles histoires de poutres et brindilles.
 
Un rayon de soleil vient m'aveugler et le génie disparaît. Je souris, l'homme qui lit le remarque et me salue avant de se replonger dans sa lecture. Je détourne le regard.
J'aime voir les gens sortir des Halles, salade, pain et fromage dans leurs paniers. Quelques épaules imprudentes se promènent nues. D'autres orteils audacieux montrent le bout de leur vernis. Un brin de chaleur et la garde-robe se transforme. Anticipe, précipite la suite des évènements.
Je finis mon café, le règle et m'en vais.

Devant ma porte, je croise le vendeur de disques voisin. Sa bonne humeur ne connait pas de saison. Nous écoutons les nouveautés du magasin, parlons musique, sourires et printemps. Décès de Bashung. Temps qui passe, temps qu'il fait. Tant que nous sommes. Peu de chose finalement.
Un autre gros malin, me dis-je en grimpant les escaliers.
Le chat m'attend sur le bord de la fenêtre. Il regarde le ciel d'un bleu immaculé et nous tombons d'accord : c'est vraiment une belle journée.


Trois heures, et des poussières

Par M. :: 10/02/2009 à 16:56 :: Petites Choses en general et en particulier

Découvrez Calvin Russell!
 
 


Il sortit un briquet de sa poche et alluma la cigarette qu'il tenait entre ses lèvres. La tasse de café fumait sur la table, il en respira le parfum. S'assit sur la chaise près de la fenêtre. Les jambes croisées, les doigts perdus dans la brousaille de son menton. Et là, songea qu'il n'avait rien prévu, rien vu venir. Ce bonheur lui était tombé sur le coin de la gueule au moment où il s'y attendait le moins. Au moment où il ne l'espérait plus. Bien sûr, il avait frémi aux premiers mots, sans pour autant imaginer la suite. S'il y avait lu le moindre indice, aurait-il agi autrement ? Il se le demanda très sérieusement. Conclut qu'il aurait au moins pris le temps de la réflexion, comme à son habitude. Se servir de son intelligence. Ne jamais se laisser duper, encore moins dépasser, par ses émotions. Ainsi il avait vécu, ceci il avait transmis.

Il se souvint de la route, ce jour-là. Les kilomètres épuisants. La pluie. La rue et le numéro. Le long couloir menant à l'escalier. Les marches grimpées deux à deux. Et le regard brillant caché derrière la porte entrebaillée.

Le café lui brûla la langue. Il aimait se lever avant le soleil et profiter du calme de la maison. Regarder la nature se dévêtir de ses voiles de nuit. Cet instant fragile avait le pouvoir d'étancher sa soif de quiétude. Le reste de la journée suivrait, bien rôdé. Sans lassitude ni surprise, entre plaisir, souvent solitaire, et intendance légère.
Il se dit que, plus tard, il appelerait sa mère. Qu'il mettrait son bonnet pour aller marcher, le vent s'était levé. Il cuisinerait en fin de matinée. Une potée.
Il acheva de boire son café, presque froid, à petites gorgées. Et les premières lueurs du jour vinrent éclairer un autre de ses souvenirs.
Sa rencontre avec sa voix. Qui avait fini de le convaincre. Elle semblait venir d'ailleurs, d'un autre âge. Calme. Grave. Quelque chose du ressac. Ou le mariage du miel et des graviers. Elle lui avait parlé de vin, et de train. Il lui avait répondu avec humour, comme il aimait le faire, ébloui par le soleil, séduit par la découverte.
Le voisin longea la barrière avec son chien et le sortit de ses pensées. Il leva la main pour le saluer.

De retour dans sa chambre, il alluma l'ordinateur et prit des nouvelles du monde. Du sang sur Gaza. Des journalistes énervés. Des débats répétés, usés. L'investiture du nouveau président des Etats-Unis, à suivre à partir de 16h. Il jeta un coup d'oeil à ses mails avant de se déshabiller.

Au sortir de la douche, il voulut se raser. Le champs de bataille qui envahissait ses joues se faisait dru et piquant. Ses gestes, précis car entraînés, dénudèrent vite sa peau et son visage lui apparut. Ses cheveux plus sel que poivre, les rides de son front, ses yeux. Sur ses traits, il vit son père. Qu'il chassa d'un jet d'eau fraiche. Il vit aussi les kilomètres parcourus, les autoroutes et chemins de traverse empruntés, pour le mener des boucles brunes qui masquaient parfois sa vue sur le solex de ses 17 ans aux volutes claires qui lui confèraient à présent des airs de vieux loup de mer. Sa vie cartographiée. Il pensa au tronc des arbres. Et à ce livre qu'il brûlait d'écrire. Bientôt. Tout cela sur un visage...
Il se souvint alors que quelqu'un, quelque part, l'aimait. Il pouvait presque sentir sa main douce et agile caresser sa joue, son front, ses cheveux. Ce dernier geste le touchait plus que tout autre autre. Il offrait sa nuque à sa paume, ses songes à sa protection, et s'endormait bercé par son souffle long.
Il ouvrit son armoire et n'y trouva aucune cape de Superman. Il prit un pull à col roulé. N'oublia ni bonnet ni gants.

Le vent le saisit à peine sorti. Il se dirigea vers la forêt, cet endroit où il n'était jamais vraiment seul. A chaque pas, il retrouvait ses chers. Où qu'ils furent sur, ou sous terre. Il pensa à son fils, puis à la mère de son fils. A son grand-père, ce héros. A ces enfants que son coeur avait adoptés, ces camarades de jeunesse, fidèles. Et ces femmes qu'il avait aimées. L'espace de ses souvenirs lui sembla aussi vaste que le monde. Tant se tenait là, derrière lui. Peut-être tout. Il avait fait un enfant, écrit un livre, planté un arbre. Chacun en plusieurs exemplaires. L'essentiel d'un homme, en somme. Moi aussi, j'avoue que j'ai vécu, sourit-il à Neruda.
Cette simple phrase contenait tout. Ses satisfactions et interrogations. Ses exigences. Ses colères et ses enthousiasmes. Elle disait la tranquilité qu'il s'efforçait de cultiver, l'indépendance et la solitude qu'il chérissait. Comme un arbre enraciné dans l'air du temps, libre et lié à la fois. Elle disait aussi le plaisir du constat : j'avoue que j'ai vécu... Il avait mordu dans la vie comme dans un fruit juteux. Sans jamais s'arrêter. Le devait-il maintenant ? Ce sentait-il rassasié ? Ou juste un peu fatigué ? Le dilemme de l'homme l'étreint jusqu'à sa mort, songea-t-il.

La femme est belle, mais en vaut-elle la chandelle ? Ai-je encore la force d'aimer ? La patience nécessaire ? Elle... Elle est le diable. Elle est ma mort. En habits noirs et voix de velours. Je ne sais ce que je préfère... Sa fraicheur, sa lucidité ? Cette vie qui boue en elle comme la lave d'un volcan ? Son amour pour moi ? Il me rappelle combien je suis vivant. Sa chair est claire et sucrée comme une meringue. Ses yeux plus bleus que le ciel que j'aime. Et ses incertitudes m'exaspèrent, ses grands besoins m'étouffent, ses quêtes perpétuelles me font sourire, ses désirs d'absolus me fatiguent autant qu'ils me ravissent. Elle est le diable. Elle est ma mort.
L'image d'une peau claire sous une chevelure sombre lui apparût, comme étendue sur la terre gelée du chemin. Elle ondulait, nue, souriait. Il sourit aussi.
La forêt prit fin sur le flanc du champs de colza.

L'ombre de la montagne tranchait le paysage. Il passa de l'ombre à la lumière. Toute sa vie, il s'était attaché à ce geste. A voir le beau, à le construire. Et il avait réussi.
Les jours qui s'écoulaient ne l'inquiétaient pas. Il savait le compte à rebours commencé depuis son premier jour et se sentait en paix avec cette idée. Il ne détestait pas les rides sur son front, ni les plis aux coins de ses yeux. Ils attestaient de sa grande expérience, dont il ne regrettait rien. Il connaissait la course du temps. Ses inéluctables. L'habitude. La lassitude. La corrosion. Les jours de pluie qui succèdaient toujours aux étés torrides. Et il ne craignait rien.
 
Un avion de l'armée traversa le ciel. La position du soleil lui annonça midi. Trois heures déjà qu'il était parti... Trois heures, et des poussières.
A grands pas, il prit le chemin de la maison.

 

 

 



L'architecture de la pensée

Par M. :: 23/01/2009 à 19:32 :: Petites Choses en general et en particulier

Découvrez Joan Baez!

 


On ne retient presque rien sans le secours des mots, et les mots ne suffisent presque jamais pour rendre précisément ce que l'on sent.
Denis Diderot


Je pensais à cette phrase de Diderot alors que je trempais dans mon bain. La chaleur dilatait mes pores et mes pensées. Je me souvins que par obsession pour les mots je choisis, dix ans auparavant, d'étudier les langues à l'université. A l'époque, je préférais le vaste au profond. Je considérais les idiomes comme des barrières à la compréhension des peuples et je voulais braver les frontières. J'étais jeune.
Aujourd'hui, les deux sphères dans lesquelles j'évolue me montrent chaque jour les multiples emplois possibles de ces bouquets de lettres, et leurs charmes puissants. Qui, parfois, me surprennent. Car longtemps j'ai pensé qu'il n'existait qu'une seule nature et fonction au langage : construire un pont entre les hommes. J'appris ensuite que l'architecture pouvait se montrer aussi variée que l'humain.
Pour certains, les mots sont des briques. D'argile ou bien de nacre. Avec leur aide, ils se construisent un nouveau monde. Réparent les erreurs et omissions de celui dans lequel la chair les a condamnés à vivre. Ils s'installent dans un pays à la frontière de la réalité, ligne d'or qu'ils tendent à ne jamais franchir. Ils érigent des châteaux forts de poésie, gardés par une horde de mystère et de flou. Dans cette brume, ils se reposent. Et espèrent secrètement ne jamais quitter l'asile de leurs songes. Comme une princesse qui prierait pour qu'on ne la délivre pas.
Sur d'autres lèvres, et sous les doigts qui les suivent, les mots deviennent des bêtes féroces. Assoiffés de sang ou bien d'amour. Voire des deux. Ils savent les ruses et la magie, n'hésitent pas à se déguiser en agneau ou en loup selon les besoins du paysage. Ils servent une cause qui ne peut-être personnelle, desservent l'Autre. Car une fois l'animal lancé, l'objet de la chasse atteint, les lettres forment une laisse ferme autour du faible cou. Voilà leur bataille gagnée. La vie est une lutte, leurs a-t-on dit.

Entre le rouge de mon vin et le parfum d'ambre de mon bain, j'en vins à me demander quel usage je faisais moi-même de ces mots. Ou plutôt : quel usage je pensais, souhaitais, en faire.
De mon grand-père, dont je parlais hier, j'avais appris la simple utilité du langage. Par la lecture, j'avais découvert toute la beauté qu'il pouvait créer. Unir les deux m'apparut alors comme une évidence. Une de ces portes ouvertes que je me plais souvent à enfoncer. Qui semble cependant demeurer fermée à quelques consciences.
C'est comme ce fameux verre d'eau, moitié vide pour certains, moitié plein pour les autres. Ou ce combat de crédos : la vie est dure contre la vie est belle.
Questions de point de vue, je suppose. D'architecture de la pensée.
 
 
 
 

Derrière les lauriers

Par M. :: 20/01/2009 à 0:30 :: Petites Choses en general et en particulier

Découvrez Frédéric Chopin!
 
 

Le soleil se coucha derrière les lauriers. Les plus jeunes jouèrent encore quelques minutes à la dinette. De la fenêtre de la cuisine, derrière nous, vinrent les bruits des gestes de ma grand-mère, les parfums de sa paella. Une vieille radio nous donna les informations : « Léo Ferré est mort ce matin en sa maison de Toscane... »

De ses neufs petites filles, j'étais la plus curieuse. Je délaissais souvent mes cousines et m'installais sur le banc, près de lui. Je soignais les blessures légères de son crane chauve qu'il cognait sans arrêt du fait de sa haute taille. Et celles de ses mains. Larges et fortes, elles avouaient le labeur de toute une vie : les champs, les chantiers, la guerre. Une phalange manquait à son annulaire gauche. Souvenir d'Indochine. D'un bobo l'autre, il me raconta par épisode sa vie d'homme ordinaire.
Jamais il ne me parla d'espoir, ni de rêve. Jamais il ne philosopha sur sa condition. Pas plus qu'il ne disserta sur les questions de nos temps. Il suggérait l'amour. De sa famille. Il taisait habilement ses souffrances, partageait volontiers ses joies. Me montrait la beauté des petites choses. Chaque instant près de lui devenait leçon essentielle sur la vie. Sans enseignement, ni cours magistral, encore moins de morale ; l'humble démonstration des gestes simples et nécessaires. Ainsi, j'appris à lacer mes chaussures, à faire une roulade, un château de sable, à ouvrir les grands volets de l'étage ; j'appris à voir, marcher, rire comme respirer. Aimer. Lentement je grandissais.

J'entrai au collège, lycée, puis à la faculté.
Un jour, alors que je lisais sur le banc de nos confidences, il me dit : j'aime bien quand tu lis. Moi, j'ai jamais lu. Je comprends pas bien ces choses là. Les romans, la poésie... Je suis pas bien savant, tu sais... Il s'assit près de moi et prit ma main dans les siennes. Son regard bienveillant m'étreignit. Je lui souris et nous regardâmes le soleil se coucher derrière les lauriers.
 
 
 

Road movie à l'italienne

Par M. :: 17/01/2009 à 23:36 :: Petites Choses en general et en particulier

Découvrez Paolo Conte!
 


Au pays d'Erri de Luca et de Silvio Berlusconi, j'ai rejoint la casa d'une sacrée lolita dont le sourire et la joie de vivre m'avaient été contés.
Depuis 1996 et Beauté Volée, je rêvais de connaître ce pays en forme de botte fourrée d'art et de gastronomie. Je voulais voyager avec un saumon, jurer vendetta à Otello, traverser l'Enfer depuis mon balcon et vivre les quatres saisons de l'Homme de Vitruve. Je sais, je suis gourmande. Parfois exigeante. Je voulais apprendre, voir, toucher, écouter, sentir. Les effluves des parfums Armani. Et, bien sûr, approcher Dieu. Dieu est partout, me répondront mes frères de Notre Dame de la mer. Certes. Lorsque sa présence vous frôle en un souffle froid alors que votre regard tente de déceler toutes les subtilités de l'architecture du Duomo, vous ne croyez plus : vous constatez. La foi a poussé l'homme à se dépasser. Dans son chemin vers Dieu, il ne connait aucune limite. En marchant vers le Castello Sforzesco, je me suis interrogée sur l'étendue des capacités humaines. Le soleil se couchait derrière les tours et la neige remplaçait l'eau des douves. Je retrouvais le plaisir de la découverte, cette morsure dans l'inconnu qui élargit le monde et dessine la frontière entre rêve et réalité. La douce ivresse de l'anonymat me rendait aussi pudique qu'invincible. J'étais l'étrangère, curieuse et perdue, la démarche lente de ceux qui ont le temps, le regard vagabond et à l'affût. Mon rire annonçait ma joie comme les cloches le font pour la messe.
Le soir, je retrouvais mon hôtesse. Me réchauffais au son de sa voix et savourais la sincérité de notre nouvelle amitié. Dans un anglais incertain, proche de l'esperanto, nous parlions chance et simplicité. L'humour et la tendresse s'invitaient à notre table entre tisane et Panetonne.
Le matin du départ, j'avais la gorge nouée un peu par l'angine qui depuis trois jours couvait, beaucoup par l'émotion. Je la serrai fort dans mes bras. Ce geste résumait mon voyage mieux que toutes les lignes que j'écrirai. Car l'éclat de mes souvenirs se trouve davantage dans la fraternité de l'accueil et des échanges que dans ces délices dont le pays m'a régalée, ou ces réponses qui ont fini par suivre mes questions. L'instant n'a de valeur que lorsqu'il est pourvu d'amour.

 

 

Le paillasson de l'esprit

Par M. :: 03/01/2009 à 13:45 :: Petites Choses en general et en particulier

Découvrez Emily Jane White!
 
 


Depuis mon bureau, je regardais le vent qui faisait danser les guirlandes lumineuses autour des branches nues des platanes. Près du tronc, un gros noeud s'était formé. Je pariai avec moi-même qu'une rafale un peu plus vigoureuse que ses soeurs viendrait arracher le tout. Pari perdu : rien ne vint. Rien du tout. Je compris ainsi que la journée s'achevait et j'en éprouvais un profond soulagement.
La grande horloge sonna onze coups lorsque je quittai l'hôtel. Il faisait un froid glacial pourtant je n'avais pas envie de rentrer. J'avais oublié mes gants et mon bonnet et j'étais mal chaussée. Ces maigres détails ne me dissuadèrent pas d'arpenter la ville. Bien sûr, je ne croisai personne. Je marchais avec cette drôle d'impression d'être l'unique rescapée d'une catastrophe naturelle, ouragan ou tsunami, ou bien juste un hiver rude et long, trop long, qui suffit souvent à faire disparaître tout signe de vie humaine dans les ruelles ventées. Je faisais de la résistance...
Place du Palais, je m'arrêtai pour fumer une cigarette. Le Mistral fouettait les pavés, il portait un parfum de neige et murmurait d'inaudibles secrets. Je me dis que j'aurais bien bu un verre de vin chaud. Ou un chocolat à la cannelle. Je pensai alors à Lionel, à nos balades de l'hiver passé, nos conversations interminables et passionnées. A son message de la veille qui m'avait beaucoup touchée. Je levai les yeux vers le Palais. Il avait cette allure inquiétante que je lui connaissais bien. Je jetai ma clope et descendis la place.
Devant l'hôtel de la Mirande, je croisai deux hommes vêtus de longs manteaux noirs. L'un d'eux portait un chapeau très élégant. Il s'approcha et me demanda l'heure. Il avait un accent anglais. Américain, plutôt. Half past eleven. Il voulut ensuite savoir où boire un verre avec son ami. Je lui répondis que je n'étais pas du coin. J'avais renseigné des inconnus toute la journée, j'étais fatiguée de jouer les guides pratiques de la cité. Je n'avais pas fait trois pas quand le remord me gagna. Je lui indiquai alors l'Opéra Café. Nice place. - Would you go there ? - Never. But I'm not a good example, I prefer to walk at night. Je dûs l'amuser car il me souria. Je lui souhaitai une bonne soirée avant de reprendre ma route.
Ma route... Sans destination précise, sans autre but que de marcher, pour le geste, pour le plaisir, pour la méditation peut-être. J'aurais évidemment préféré suivre un chemin de montagne, entendre les bruits de la forêt, les chuchotements des arbres, les cris peu rassurants des nocturnes. Je me souvins alors des étoiles et je les fis briller devant mes yeux. Au-dessus d'un arc en ciel. Et sur l'arche colorée je fis danser les emmerdeurs de ma journée, ces gens si bien pensant qu'ils ne trouvent d'autre occupation que de gâcher allègrement les vies alentour, ces gens pour qui une journée sans querelle et sans cri n'est pas une journée réussie. Je m'interrogeai sur cette règle : je souffre donc je te blesse. Ma souffrance ne s'allège pas si je te la transmets, souvent même la culpabilité s'en mêle, mais tant pis ! Si j'ai morflé, tu morfleras aussi. Et je règlerai mes comptes, peu importe si je me trompe de débiteur. Mes réflexions me laissèrent pantoise et j'admis bien vite que je ne pouvais tout comprendre. Et que certaines choses ne pouvaient être changées.
Mes pas débridés par mes pensées concentrées m'avaient ammenée aux Halles, à deux rues de chez moi. Sur les derniers mètres, je souris. Le vent me gelait les dents mais je sourais. Parce qu'à bien y réfléchir, je n'étais peut-être pas un si mauvaise exemple :
j'étais sortie du boulot vidée par une journée épouvantable, jonchée d'idioties puériles et cruelles dont je venais de me débarrasser pas à pas sur les pavés. J'avais nettoyé ma tête de toute la saleté accumulée. Je pouvais rentrer tranquille, Pablo le chat n'aurait pas à souffrir de ma lassitude et de mon énervement.

On devrait toujours marcher avant de se retrouver.
La marche, c'est un peu le paillasson de l'esprit.
 
 
 
 

Des racines et des arbres

Par M. :: 19/12/2008 à 21:52 :: Petites Choses en general et en particulier

Découvrez Ben Harper!
 


J'avais cinq ou six ans alors, et je passais la moitié de mes étés chez ma grand-mère paternelle : une maison immense perdue au milieu des champs, dans la compagne environnante de St Rémy de Provence. La piscine, le jardin et sa balançoire nous offraient, à mes cousines et moi, un terrain de jeu à la hauteur de nos énergies d'enfants. Et Kouros, le chien, était un parfait partenaire de ballon prisonnier.
Bien sûr, il nous fallait attendre la digestion, soit la fin des feux de l'amour, pour aller nous baigner. Bien sûr, nous allions ramasser des mûres en fin de journée pour revenir les lèvres violettes de plaisir et le ventre à l'envers. Et bien sûr, notre gourmandise ne s'arrêtait pas là : nous partions chaque jour à la recherche de pignons de pins, chacune son butin, et nous nous retrouvions sur la grande terrasse dallée, à l'ombre du murier, pour les casser. Mon grand-père nous avait munies de tout petits marteaux pour nous faciliter la tâche. Nous sortions de ces séances les mains noires et le sourire large, le ventre à l'envers encore une fois mais peu importait, nos étés boudaient bien volontiers la contrainte.
Et puis un jour, au milieu de ma cueillette, je trouvai un pignon à queue. Oui, oui, à queue : une petite tige verte sortait d'une de ses extrémités. Ma grand-mère m'expliqua que le fruit avait germé et que si je le plantais, il deviendrait un arbre. Ni une ni deux, je me précipitai au fond du jardin, creusai un trou de mes petites mains pour y glisser le pignon germé. Je pris soin d'arroser ma plantation tous les jours et fis promettre à ma grand-mère de veiller sur mon arbre en mon absence.
A l'ombre des cerisiers, muriers et autres pins, il prit le temps de grandir. Discrètement mais sûrement. Et aujourd'hui c'est un pin, un vrai, qui me dépasse très largement et dont les pignes sont encore petites mais donneront bientôt des centaines de pignons. Pour noircir les mains des futurs enfants de la famille.
J'aime l'histoire de cet arbre : parti de presque rien il compte aujourd'hui parmis les habitants du jardin, et m'offre l'été une ombre délicieuse particulièrement propice à mes heures de lecture en fin d'après-midi. Sans rien demander ni dire à personne, il s'est fait une place ; il a encré ses racines, allongé ses branches, renforcé son écorce. Et le voilà maintenant, beau et fort, installé dans le jardin pour les dizaines d'années à venir.

Il en va ainsi de certaines amitiés : elles grandissent lentement, presque timidement, dans l'ombre de rencontres aussi éclatantes qu'éphémères. Elles naissent d'un rire ou de quelques propos complices, s'allaitent d'échanges, s'abreuvent de confidences, et éclosent un beau jour dans une embrassade émue et tendre.
Sans rien demander elle est devenue mon amie, sans rien dire elle me l'a avouée. Elle m'a prise sans ses bras et j'ai vu les larmes de ses yeux perler, elle a posé ma tête sur sa poitrine et m'a consolée comme une mère. La folie de ces derniers jours m'a empêchée de la remercier comme je l'aurais voulu, mais je voudrais qu'elle sache que...
 
 
 
 
 
 
 

Rocking Chair Révolutionnaire

Par M. :: 07/12/2008 à 21:37 :: Petites Choses en general et en particulier
 

Découvrez Radiohead!


 

J'ai bien tout lu, bien tout entendu. J'ai bien appris mes leçons, promis. Je sais maintenant comment il me faut râler, critiquer, me révolter. Depuis mon rocking-chair : siège de la contestation, QG de toutes les actions. Le centre de gravité de la Terre, rien de moins. C'est le dernier coin à la mode, Mesdames, Messieurs, vous pouvez me croire, j'ai vérifié. J'ai fait un petit tour avant de m'en aller, et voilà comment les choses doivent se passer.

Tout d'abord, il vous faut vous asseoir confortablement. Sangler vos pieds et vos bras à ceux du fauteuil. Ne serrez pas trop le noeud du bras droit, vous pourriez avoir envie de le dresser. Tout en restant assis, bien entendu, car la règle ici est de ne jamais se lever. La position debout file le vertige, c'est dangereux. Et puis, vous pourriez avoir envie de marcher et ce n'est pas une bonne idée. Le mouvement est banni, sachez-le. Surtout celui qui mène vers le haut.
Une fois installé, adoptez une moue boudeuse ou bien un sourire triste, un regard préoccupé, voire tourmenté ou mieux : dans le vague. Le vague est très apprécié dans le secteur, le flou toujours préféré aux précisions. La vérité est vulgarité, retenez bien cette seconde règle.
Surtout, prenez votre temps. Ainsi, votre retard jouera les bonnes excuses pour vous impatienter. Parce que vous vous impatienterez, c'est évident, vous critiquerez bientôt la lenteur des choses. Depuis votre rocking-chair. Prenez votre temps donc, et apprenez que la spontanéité n'a pas sa place dans ces rangs.
La posture prise, le discours peut commencer. Souvenez-vous : soyez vindicatifs mais vagues, ne vous impliquez pas, ne parlez pas de vous mais des gens. Ces gens qui peuvent porter tous les chapeaux. Utiliser le ils, ou le on. Au pire le nous mais jamais je, ça vous épargnera tout engagement fatiguant.
Soyez cinglants, critiquez, allez-y de bon coeur, râlez tout votre soûl. Blâmez le monde et ses mauvaises façons, blâmez le temps et son rythme inadapté, blâmez ces autres qui ne vous ressemblent pas. Pleurez sur votre terre qui lentement s'effrite, sur votre sort sur lequel le Destin, Dieu et le reste s'acharnent, pleurez vos inquiétudes grandissantes et votre révolte galopante. Et là, levez le poing. Haut et fort. Avec un cri de rage, pour faire plus vrai.
C'est dingue ce que l'on peut faire, quand même, depuis un rocking-chair.
Et puisque j'évoque la chose... L'heure viendra, n'en doutez-pas, où ce pauvre fauteuil finira par vous exaspérer. Maudissez-le donc, moquez-vous du pauvre bois dont il est fait, de son mouvement ridicule de redondance, de sa connotation gérontologique... Après tout, il ne fait que vous supporter.
Et si le rocking-chair vous tape vraiment trop sur les nerfs, ma foi brûlez-le ! Cependant méfiez-vous : le bois se consume mais la chair aussi, et vous êtes de chair... n'est ce pas ?


Si d'aventure quelqu'un vous demande pourquoi vous restez assis à regarder vos rêves lentement mourir, montrez-lui vos chaînes. Mais ne lui dîtes pas que vous les avez vous-mêmes installées.


Sur ces bonnes paroles et ces conseils avisés, je vous laisse : j'ai prévu de courir dans les prés. Les fleurs les ont désertés mais il a plu ce matin, et des gouttes de pluie perlent sur les brins d'herbe : en tendant l'oreille, je peux entendre un carillon...
 
 
 
 
 
 
 
 

All around me

Par M. :: 02/12/2008 à 23:59 :: Petites Choses en general et en particulier

Découvrez Michael Andrews!
 
 


La ville portait encore son manteau de nuit : volets fermés, rues désertes.
Je pris soin de ne pas claquer la porte, par égard pour les heureux dormeurs.
Dans ma tête résonnait encore cette chanson qui dit que le monde est fou.
 ... worn out places, worn out faces...
Et je la fredonnais sans m'en rendre compte.
 ... bright and early for their early races...
Un sapin m'attendait place du Change, son parfum le précédait.
Si mes talons n'avaient pas claqué les pavés, j'aurais pu me croire en forêt.
Je fus triste, cependant, de constater qu'aucune décoration ne venait l'orner.
Face à ses frères il semblait presque ridicule.
... going nowhere ... 
Ma peine fût interrompue par l'arrivée d'une vieille dame, un panier à la main et couverte d'un châle. Je la trouvai absolument magnifique et délicieusement détonnante. Je me demandai quelle pouvait être sa destination à cette heure, savait-elle que les Halles n'avaient pas encore ouvert ?
Je voulus le lui dire mais ses pas, bien que lents, m'apparurent si décidés que je m'abstins de toute question ou commentaire. Je lui souris simplement.
Elle me rendit mon geste avec une grâce telle que je faillis croire en Dieu.
 ... and I find it kind of funny, I find it kind of sad...
Rue Favard, un taxi démarra.
... no expression, no expression ... 
Derrière lui, le camion des éboueurs.
... no tomorrow, no tomorrow ... 
Sur la place de l'Horloge le marché de Noël se tenait,
guirlandes allumées et chalets fermés. 
... happy birthday, happy birthday ... 
Je croisai le maître-chien responsable de la surveillance du lieu,
son molosse me sourit de toutes ces dents muselées,
l'homme, lui, ne me prêta aucune attention.
... sit and listen, sit and listen ...
Puis, sur la longue allée de droite, plusieurs travailleurs en costumes gris foncés.
Attaché-case à la main, têtes baissés, cigarettes pour certains,
ils allaient comme à la mine.
Lundi matin...
... hello teacher tell me what's my lesson ... 
Et je les imitai.
Les heures à suivre, j'assisterais au sempiternel défilé des hommes du matin.
Les livreurs, le facteur, les serveurs des brasseries. Je délivrerais mes sourires pendant que ma boulangère vendrait ses baguettes et mon boucher ses bavettes.
Et les aiguilles des montres tourneraient à leur rythme, imperturbables.
... when people run in circles it's a very very ... 
Mais avant ce fantastique décollage, et profitant des dernières minutes de nuit,
je m'offrai une pause cigarette.
Les branches dégarnies des grands platanes de la place étaient vêtues de lumières, la façade de l'Opéra décorée pour les fêtes, même les cafés avaient succombé à cette dictature de la joie et arboraient les couleurs de l'époque,
entre blanc et or.
... mad world, mad world ... 
La trêve avait sonné. Le malheur n'existait plus.
J'écrasai ma cigarette et poussai la porte de ma cage de verre.
La grande horloge sonna sept heures.
 
Quelques instants plus tard, je verrais le soleil se lever
et avec lui ce voile qui obscurcit mes Noëls.
Il n'y a pas de mal à se faire du bien, je me dirais,
et j'aurais envie de me laisser glisser dans ces douceurs de fin d'années,
de savourer cette trêve comme le sucre dans mon café.
Et, au bras de mon amoureux, d'arpenter les rues illuminées
en souhaitant à chacun ce bonheur qui le mien,
d'aimer, et d'être aimée.
 
... enlarge your world...


Le Champollion de l'âme

Par M. :: 21/11/2008 à 23:57 :: Petites Choses en general et en particulier

Découvrez Tom Waits!
 
 



Plus fin que la finesse, plus perçant qu'une perceuse, il est le Champollion de l'âme. Il décripte tout, rien ne lui échappe. Inutile de me cacher, je ne peux rien lui taire qu'il ne devine. Il entend les aveux de mes silences, comprends l'ampleur de mes gestes, lit entre mes lignes. Il ramasse chacun des petits cailloux que je sème et les aligne pour dessiner mon portrait. Et je crois même qu'il m'anticipe. Je pensais me connaître, jusqu'à le connaître lui.
Devant lui, je vais nue et vraie, je n'ai d'autre choix et ça me plait. Sans pitié ni cruauté, il ressemble parfois au jugement dernier. Il ne pardonne que le pardonnable, il ne perd aucun détail, dit tout ce qui doit l'être. Quitte à faire mal, sa tendresse sait ensuite consoler toutes les peines.
Il m'impressionne autant qu'il me plait. A la fois l'homme que je voudrais être et celui que je voudrais avoir. Ma vie n'est plus tout à fait la même depuis lui. Je ne suis plus tout à fait la même. J'ai fait un pas, hier. Un autre ce matin. Encore un demain, ainsi va la vie près de lui. Et je l'aime plus qu'hier, mais moins que demain.
Voilà.

Cher, si cher Champollion de l'âme, toi qui comprends tout et devine toujours, tu sauras lire ce que mes mots maladroits ont échoué à exprimer.

 

 

 

L'écume d'une soirée

Par M. :: 17/11/2008 à 2:07 :: Petites Choses en general et en particulier

Découvrez Cocoon!

 

Le vent balaye la ville avec une violence inouïe. J'ai remonté le col de ma veste rouge, caché mon nez sous mon écharpe, planqué mes mains au fond de mes poches. Il est tard, les rues sont désertes, dimanche soir en Avignon. Je marche vite, comme toujours lorsque je marche seule. Mes talons battent les pavés, le Mistral s'engouffre derrière moi sur la petite place du Change et envole les feuilles mortes en une tornade minuscule et magnifique. Il fait froid, il fait triste mais je ne suis ni l'un ni l'autre. J'ai dans ma mémoire deux voix, deuxrires et mille mots, dans mon coeur des sourires et autour de mon corps des bras serrés très forts.
Je ne croise personne, les volets sont tous fermés. La lune à moitié rongée par le noir de la nuit m'attend au milieu de ma rue. Le restaurant ferme, j'entends le grincement de ses grilles. J'évite un sac plastique qui glisse sur le sol et une moitié de sandwich abandonnée à deux pas de la poubelle. J'ouvre la porte, parcours le long couloir et grimpe les marches deux à deux.
Pablo miaule, il a faim. Il m'engueule un peu, aussi, il n'aime pas que je rentre tard. Je lui souris et le nourris. J'envoie valser mes talons, ma veste et mon pantalon et je me plonge dans mon fauteuil préféré pour fumer une cigarette, boire un thé. Et savourer la douceur de l'après. Avant que naissent le manque, et la frustration de l'éloignement. Me baigner dans l'écume d'une soirée tendre et complice. Quand tout est à la hauteur de l'attente, et même au-dessus.
Enfin, j'ai une pensée pour toi car tu avais raison : la simplicité est la chose la plus difficile à exprimer. Elle est bien trop évidente.
 
 
 
 
 

Quelques jours de soleil sur Avignon

Par M. :: 08/11/2008 à 15:49 :: Petites Choses en general et en particulier

Découvrez Van Morrison!
 
 
 


Le ciel venait de revêtir ses vieux habits gris et la pluie froide se chargeait de les froisser. La ville devenait calme et triste de l'hiver à venir. Les nuits blanches et la peine persistante. Quand elle arriva.
Dans un train rapide et non un cheval blanc, c'était une dame et non un prince, c'était le roux de l'irlande et le vert de l'océan, du soleil plein le sourire et de l'amour plein les gestes. Le bonheur sous les traits d'une femme, mon amie.
Des matins cafés dans la lumière de midi, aux pas lents des jours sur les pavés, aux nuits de notes et de mots, riches de confidences et douces de complicité, chacun des instants partagés fût parfait. Construit d'essentiel et de simplicité.
Elle s’en est allée et le soleil avec elle, le ciel de nouveau s’est abonné au gris, avec sa trop fidèle pluie plus froide encore, mais il me reste cette chaleur sur le coeur, faite de ces souvenirs qu'elle m'a laissés. Je garde l'éclat de son rire, la force de sa voix, la tendresse de ses bras, la joie de son regard, la beauté de sa présence et tant d'autres choses qu'aucun mot ne sait dire. De l'amour plein le coeur et du bonheur plein la vie.
De la savoir, mon monde est plus beau. Je pense à elle, et je souris.
Le bonheur est une femme et elle est mon amie.

 

 

 

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