Les Petites Choses

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M. "Les petites choses ont leur importance : c'est toujours par elles qu'on se perd." Fiodor Dostoïevski

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Entre chien et loup

Par M. :: 09/12/2009 à 22:34 :: Petites Choses en Nota Bene

 


La photo est de moi, le chien est le sien. Il s'appelle Charles et aime à galoper à grandes foulées, jouer les bêtes malheureuses pour glâner une friandise, poser sa tête sur les genoux des dames. Comme son maître.
La photo est de moi, le rocher est le sien. Son fauteuil préféré. Parce qu'il voit tout sans être vu. Parce qu'il domine calmement. Parce qu'il est pile au milieu. Pour y accéder, il faut emprunter les passages des sangliers, farfouiller l’archéologie des traces. Longer une belle propriété, derrière les chênes et les pins d’Alep. Garder le souffle. Ne pas poser de question. Si le silence est suffisant, beau et vrai, alors il vous laisse partager son trône, et tout son paysage à contempler. Il observe du coin de l'oeil chacune de vos réactions. Comme son chien.
Je me souviens bien de ce jour-là. Profitant de la clémence de novembre, nous avions marché le long de la forêt, trouvé quelques champignons. J'avais appris l'âge des hêtres, l’irrigation complexe de la tourne, passé au peigne fin les bordures du lac éphémère. Approché le concept de territoire, toutes les subtilités qu'il regroupe. Suivi les échanges du maître et ses bêtes, senti leurs instincts premiers et découvert les signes qu’ils échangent pour communiquer.
La photo est de moi, le langage est le leur. À cet instant précis, de ce regard commun, intense, ils m'interrogèrent :
- Tu comprends, maintenant ?
- Oui, bien sûr, je comprends.
Je comprends que ce regard n'est pas simplement tourné vers l'objectif. Que la capture est ici bilatérale. Je les fige comme ils me sondent.
Dans ce regard, il y a l'examen attentif de ma capacité à percevoir, à partager. De ma sensibilité. Il y a une porte entrouverte, qu'il faut pousser avec précaution. Il y a les questionnements fondamentaux : que faisons-nous là ? Veux-tu nous suivre, encore ? Peux-tu nous suivre, encore ?
Dans ce regard, il y a toute la place qu'ils me firent, ce jour-là, dans leur décor.   
 
 

 

Celui qui ne savait pas nager

Par M. :: 06/11/2009 à 20:47 :: Petites Choses en Nota Bene
 
- Tu viens nager avec moi ?
- Non, ma chérie, mais je te regarde.
- Pourquoi tu viens pas ?
- Parce que je ne sais pas nager.

J'avais sept ans, peut-être huit, et cette soudaine révélation me troubla plus encore que la supercherie du Père Noël. Papi Jo, mon papi qui savait tout faire, construire les maisons, réparer les voitures, couper les arbres et verser le caramel en rubans sur les gâteaux, mon grand-père ce héros ne savait pas nager. Comment, pourquoi ? J'avais appris très jeune, avec des brassards roses et l'exemple de mon père. Ma petite soeur savait, et mes cousines. Mon autre grand-père, aussi. De fait, tout le monde nageait ! Alors pourquoi pas lui ?
Sa voix rocailleuse aimait toujours satisfaire mes curiosités. Assise sur ses genoux, mes petites mains jouant avec les larges siennes où les stygmates du temps et du labeur étaient encrés comme autant d'histoires dans la vie d'un homme, je l'écoutais répondre, avec cette humilité qui plus que tout le caractérisait, à mes pourquoi en déferlante.
Ce jour-là, j'appris que le temps se remontait par la parole. Que deux grand-pères pouvaient avoir la guerre en commun, mais pas la même. Que ces deux éléments – la guerre, le temps – marquaient les hommes et les décors, et que ces rides de l'histoire faisaient les époques. Je compris également qu'un demi-siècle nous séparait, et qu'il en serait toujours ainsi.

 


Maison compagne

Par M. :: 10/10/2009 à 21:03 :: Petites Choses en Nota Bene
 

 

Hospitalité. Convivialité. Jacques Derrida. Puzzle.

Je me souviens de la première définition qu'il m'en donna. Dont je ne sus saisir toute l'ampleur, et la subtilité. Je me souviens m'être longuement interrogée sur ses mots. Leur sens qui un peu m'échappait, pour ne l'avoir jamais éprouvé. Je me souviens enfin, et surtout, de cette première rencontre. La hâte dans le train. L'ardeur à l'annonce du dernier kilomètre. Sur l'horizon se tenait la maison. Droite dans ses bottes aux montagnes de questions, et de réponses.

Les arbres. Les racines. Ancêtres. Héritage. Transmission.

Il y a quatre marches pour entrer.
Quatre.
Le grand-père, la mère, l'héritier et son fils.
Les quatre saisons. D'une année, d'une vie, d'un siècle. Avant la construction de la salle de bain. L'arrivée du téléphone. Les hivers d'écriture. Les printemps de jardinage. Maintenant, c'est lui qui se souvient. Qui te raconte. Parce qu'il est comme sa maison. Partage les mêmes archives, la même porte ouverte. Et le balcon avec vue sur le monde. Ensemble, ils te peignent les époques, les évènements. Les visages, parfois froissés du souvenir. Ils abordent, négligemment, quelques enseignements fondamentaux. Ne te proposent, et n'exigent, que l'essentiel.

Le toit. L'abri. L'amour.

J'ignorais qu'hier pouvait tendre la plume à demain.
Souvent, assise au coin du feu, ou bien sur l'une des quatres marches qui forment le perron, je contemplais l'espace. Celui qui appelle à la voix, aux rires. A la vie. Qui n'a besoin de rien dire pour s'offrir. Je me demandais comment tous ces meubles, lampes, bouquins, arbres et fleurs pouvaient laisser tant de place aux corps, aux nouveaux gestes. La force et l'envie d'accueillir encore. Comme si ces gardiens de l'Histoire n'étaient là que pour mieux t'inviter à y poursuivre la tienne. Un vase jamais plein où communiquent les âges.
 



Saurai-je un jour écrire ce qui me lia immédiatement, et définitivement, à cette maison ? Pourquoi je l'aime ? Pourquoi nous tous – nous, ses heureux pélerins – l'aimons ? Tant, que nous venons sous ses tuiles abriter nos bonheurs, célébrer nos évènements. Nos joyeuses réunions. Vacances. Anniversaires. Mariages. Et autres symphonies...
Peut-être pour le vaste équilibre qui règne entre cette demeure d'été et son double le bois du fourneau. Qui gagne les coeurs sincères même lorsqu'il gèle à pierre fendre. Et discrètement suggère le meilleur.
Invitation permanente à poser tes bagages.

C’est une maison qui imprime avec patience les marques du temps. Un hâvre de paix depuis plus de deux cents ans. Elle a pris racine sur une terre féconde, argileuse et calcaire juste comme il convient. Elle fume depuis sa naissance, sauf l’été. Offre l’odeur têtue du chêne, du charme et de l’acacia : la règle de trois des foyers bourguignons.
 
 

Magic sister

Par M. :: 04/09/2009 à 22:50 :: Petites Choses en Nota Bene


 
Ma main s'agite dans l'air à une vitesse folle. Mes yeux pleurent. La voiture s'éloigne et je reste seule sur le trottoir, fixant le coin de rue qui ferme la parenthèse des vacances. Ma soeur, ma petite soeur chérie, s'en va rejoindre le nord du pays où la suite de ses études l'attend. Un revers de la main sur mes joues, et je rentre chez moi en trainant un peu les pieds.

C'est peu dire qu'elle va me manquer. L'éclat de ses grands yeux verts, l'intelligence de son regard auquel rien, et surtout pas l'essentiel, n'échappe. La mélodie de son rire qui, souvent, fait naître le mien. La grande douceur qui la caractérise et qu'elle dispense généreusement aux bienheureux qui l'entourent. Sans oublier tous ces souvenirs que nous partageons, aux creux desquels il nous plait de voguer, certains soirs, lorsque la lune grimpe et annonce sa plénitude.

Je ne fus pas toujours très sympa avec elle. Mon statut d'aînée m'alloua quelque autorité déplacée et autres droits injustifiés dont, non sans honte je l'avoue, il m'arriva d'abuser. Je confesse également que vivre avec moi n'est pas une sinécure et que pour me comprendre (m'aimer ?) il faut tenir un peu de Champollion.
Elle passa les épreuves, les années, avec succès. Son doux regard veilla, même de loin, chacun de mes pas. Ses bras réchauffèrent mes hivers et son sourire vint couronner mes joies. Témoin numéro un de toutes mes batailles, narratrice de mes victoires, gardienne de mes secrets les plus intimes que ses courageuses épaules eurent la bonté de m'aider à porter.
L'âge ne veut rien dire : c'est elle, en fait, la grande soeur. Ma magic sister.

Que la ville d'Arras sache la chance qu'elle a de voir ses pavés foulés par les pas discrets et légers de cette si belle demoiselle. Ici, elle nous manquera, et nous l'attendrons.
 
 

Perséides et autres étoiles

Par M. :: 20/08/2009 à 23:57 :: Petites Choses en Nota Bene



Nuit sans lune. Couverte d'étoiles. Quelques filantes, les Perséides dit-elle...
Rouge, le vin. Ouvertes, les mains. Hauts, très hauts les coeurs. Et les esprits. Réunis sous la voie lactée avec suffisamment de tendresse pour éclairer mille autres ciels.
Certaines rencontres se font attendre, espérer. On se demande si, au bout du compte, la déception ne se mêlera pas à la surprise. Si les idées que l'on s'était faites, à grand renfort d'envie et d'imagination, ne laisseront pas comme un goût fade à la réalité. Et puis nous voilà. Sept autour de la table, à croquer dans les légumes et surtout dans le bonheur d'être ensemble. Enfin. A pleines dents. Aux rires éclatants. Aux joutes verbales inoubliables.
- C'est un prénom de toiletteur pour chiens, ça.
- La Madone... Madone-moi-tout.
- Madone moite où ?
- Tu les mets dans un verre, le soir ?
- Avec Stérac..., mes c... restent intactes !
- Tu l'aimes, ma grosse poésie, hein ?!
Et puis soudain :
- J'en ai vu une !
- Je l'ai vue aussi !
Une étoile filante. Et à sa suite, nos souvenirs. Aussi scintillants que ces Perséides dont je n'oublierai jamais le nom. L'instant quitte l'éphémère loge du présent pour se glisser dans le cocon de nos belles archives.
Vingt-huit ans se trinquent au centre des sourires. Les verres se cognent, les lèvrent se posent sur les joues bronzées. Les confidences s'offrent sous le soleil ardent. L'accueil chaleureux de France, et ses crêpes délicieuses, se dégustent avec un plaisir non dissimulé. Les canoës glissent sur l'eau fraiche de la Cure. Et toujours ces éclats de rires qui richochent sur ma mémoire et viennent remuer ma gorge, un peu sèche de son retour sur les pavés.
Quand le virtuel n'est qu'un prétexte. En aucun cas une barrière. Les bises claquent ailleurs que sur l'écran. Enfin le corps se meut, les mots se délivrent sur le rose des lèvres. Vivantes. Gourmandes. On rit tous ensemble d'être si vrais sur une toile si fausse. Quand la nuit drape nos quatorze épaules de sa délicate fraicheur.
Etait-ce le sourire si doux de Lilie ? Le regard intense, magnifique, d'Orel ? La répartie rare et pourtant géniale de Monsieur Ben ? Les bleus yeux de Jean-Yo ? La belle surprise de Simon ? Ou bien la délicieuse voix de notre hôte, qui nous berça sur tous les rythmes de la convivialité... ?
Tout cela mêlé, bien entendu, et tout cet indicible plaisir de mordre dans l'amitié. D'ailleurs, elle coule un peu sur mes doigts. Et aux coins de mes yeux...
 
 
 
 
Baisers tendres à tous les lapins. Et au grand chef du gang, bien sûr ;-)

 

 

Les belles : Orel et Lilie

 

Monsieur Ben

 

Jean-Yo des Bois

 

Simon, pas si à l'ouest que ça...

 

Est-il utile de le présenter ?

Notre cher, si cher hôte : Monseigneur Blog-Trotter

 

Pour faire plaisir à Orel, Simon et Gicerilla

(l'air coincé (objectif oblige), je suis gênée, mais heureuse)

 

Les lanternes suisses

Par M. :: 15/07/2009 à 18:14 :: Petites Choses en Nota Bene

 

Ils arrivent à pas lents et mesurés. Leurs mots suivent sur le même calibre : aucun geste, aucune syllabe de trop. Il n'est point question de performance et je n'ai rien à démontrer, me dira, plus tard, Monsieur D. Bien sûr, tout ce qu'il dit se vérifie.
Place à la joie de se revoir. L'éclat des regards, la force des étreintes. Quelques humidités au coin des yeux qu'une élégante pudeur empêche de devenir larmes. Chacun de nous considère justement le petit miracle de nos retrouvailles. Le temps finira par nous priver de ce bonheur, nous lui rendons donc grâce en profitant pleinement du sursis accordé. Notre sixième rencontre. Leur quarante cinquième visite au festival d'Avignon. Ce metteur en scène et son épouse me feront chaque jour la critique de la pièce vue la veille, me transmettant ainsi leur vision du théâtre.
La conversation reste légère. Elle se faufile entre les heures, bordée de sourires et de clins d'oeil complices. Monsieur D. distille sa sagesse sans en avoir l'air. N'endosse jamais le costume de donneur de leçons pour lequel il a pourtant les épaules assez larges. On croit savoir, mais on est jamais sûr de rien. Le questionnement demeure, il glisse simplement d'un terrain l'autre. Aujourd'hui que je sens venir la nuit, je me demande s'il y a un Dieu. Ce serait bien... Oui, ce serait bien qu'une autre force que la nôtre flotte sur ce monde.
La philosophie se fait petite pour mieux m'atteindre. Les pensées sont offertes avec humilité et leur substance ne se délivre qu'au fil du temps. Je les écoute simplement, comme on boit l'eau fraiche qui jaillit d'une fontaine, et me sens grandir en douceur. Désaltérée, portée par leur discrète générosité.
On court sans cesse, mais après quoi ? On ne prend plus le temps de se regarder, de se parler, s'écouter. C'est pourtant de l'échange que l'on nait, que l'on vit... Et parfois, si l'on sait garder, contre tout désespoir, ce goût de l'autre, on rencontre des êtres dont il émane encore de la lumière.
Je regarde Madame D. s'effacer lorsque Monsieur prend la parole. L'attention qu'elle porte à ses discours n'a pas l'ombre d'une ride. C'est aussi ça, la fidélité. Et l'amour lorsque leurs mains se joignent dans la rue. Plus de soixante ans qu'ils sont, plus que mariés : unis. Le mot retrouve soudain tout son sens. L'évidence ne se dit pas, elle se goûte.
Le mal de ce siècle est la possession. On veut tout posséder pour se rassurer, se protéger de la mort, mais on ne possède jamais rien. Surtout pas l'autre. Je crois qu'il faut savoir lui laisser sa place, la liberté de ses erreurs parfois, de son accomplissement. Pourquoi vouloir le sculpter à nos désirs alors que ce sont ses formes premières que nous avons aimées ? Souvenez-vous que même votre canapé Ikea ne vous suivra pas de l'autre côté...
Nous rions des talons vertigineux que je porte pour m'élever. Des avignonnais blasés, si agacés par ce festival que tant viennent, et de loin, chercher. De la fuite en avant de ceux qui oublient que seul l'échange nous nourrit. Que seul, on est rien. Nous nous inquiétons de la grisaille qui semble envahir les esprits. Du rez-de-chaussée de la pensée, chaque jour plus peuplé. Du refus affiché de laisser battre son coeur et marcher ses neurones. Et nous nous réjouissons de nos instants partagés, nos conversations légères mais profondes, si fines, si tendres. Nous parlons pour ne pas regarder bêtement, les bras croisés, la mort s'approcher.
Quand nous ferez-vous le plaisir de nous rendre visite, en Suisse ? Nous avons une chambre et nous serions très heureux de vous avoir à notre table.
C'est un monde aux bras ouverts que Monsieur et Madame D. dessinent par la générosité de leurs gestes, l'humilité de leurs mots. Leur simple existence alimente les espoirs. Lanternes vives et rassurantes sur le chemin.
 
 
 
 

Trois jours, et plus encore

Par M. :: 08/07/2009 à 23:57 :: Petites Choses en Nota Bene


A peine vous ai-je quittées, je souhaite vous retrouver. Vous m'avez séduite, envoutée. Vos gorges si profondes qui se déployaient au creux des falaises calcaires. Vos routes serpentant les plaines steppiques. Vos bêtes sauvages, du Gévaudan ou de Mongolie. L'espace riche et ouvert que vous offrez, Cévennes des Causses.
A Saint Enimie, j'ai joui. D'une soirée émouvante comme un vieux film en noir et blanc. D'une impression de liberté qui m'ouvrit le coeur. Je le vis alors livrer ses doutes secrets, ses rêves démesurés. Le flot du Tarn entraîna celui de mes mots. Sous la lune presque pleine, j'avouai sûrement trop. Tout dire ou taire un peu, la question restera entière, fille du temps, tantôt ami, tantôt adversaire.
Sur le Causse Méjean, j'admirai les chevaux de Przewalski. Mon regard ne semblait par rien limité. Tout s'étendait sous mes yeux, surtout l'essentiel. Je pleurai à l'abri de mes lunettes de soleil, comprenant soudain que l'acquis de l'un fait parfois la conquête de l'autre. Qu'il faut savoir reconnaître l'immensité des rêves pour capituler avec grâce devant eux. Et j'entendis dans le vent des steppes quelques vérités inavouées que je décidai de garder au fond de ma poche.
Sur les routes qui grimpaient et descendaient les flancs des hauteurs cévennoles, je me laissai faire. Frôlant le ciel du bout des doigts, serrant la terre à pleines mains, à pleine bouche même, parfois. J'avais laissé la part si belle au doute que je ne savais plus de quel côté attendre le soleil. Lorsqu'il se leva enfin, l'heure de reprendre la route avait sonné. Dans mes sandales, des montagnes de questions dont une partie me suivrait sur le reste du chemin. Et dans mes poches, des souvenirs à la pelle, de ceux qui ne vous quittent pas. Jamais.
Comment oublier l'intensité de la joie, la douceur des gestes, la force de la voix ? L'immensité du partage, et de l'amour ainsi déclaré. Les leçons qui s'imprimèrent en caractères gras sur ma conscience. Vivre en trois jours plus qu'en trois ans. Loin des sentiers battus, des voies connues, des frivolités aussi réconfortantes que virtuelles, et des oeillères que l'on se complait à maintenir en place, puisqu'elles justifient notre équilibre précaire.
Partir, c'est mourir un peu, et grandir beaucoup. Grandir : s'élever.

 

Monsieur Eddy

Par M. :: 04/05/2009 à 22:16 :: Petites Choses en Nota Bene

Lithographie Blanc-Dumont

 
 
 
 
Monsieur Eddy,


votre voix est celle de mon enfance. Vos chansons, les histoires que j'écoutais le soir, avant de m'endormir. J'entends encore mon père embarquer pour la dernière séance, jubiler à chacun de vos mots qui évoquaient vos souvenirs cinématographiques communs. Et d'entonner : j'viens tout juste d'avoir mes 14 ans, j'veux plus d'école j'suis dev'nu grand, à chaque fois que j'appelais M'man. Et chanter encore sur la route de Memphis quand la nôtre s'ouvrait sur nos vacances en famille.
Il vous adore, mon père. Il connait chacun de vos titres par coeur. Moi aussi, bien sûr. Vous ne pouvez imaginer ma fierté lorsque ma petite voix de sept ou huit ans accompagnait la sienne, grave et rauque comme la vôtre, sur les yeux menthe à l'eau. Vous étiez notre langage, Monsieur Eddy. Un sacré bagage.
Depuis la banquette arrière, je l'observais dans le rétroviseur. Son sourire, son plaisir de vous chanter. Ses doigts qui marquaient le rythme sur le volant. Plus fort ! je demandais. Et il était content, mon père, que comme lui j'aime vos chansons. Comme quand j'étais môme était ma préférée. Parce qu'elle l'inspirait. Il nous parlait, un peu, de son enfance. Ses étés à Carnon, son frère, sa soeur, son père, trop sévère, parti trop tôt. Vous saviez l'émouvoir, Monsieur Eddy. Plus que moi, pensais-je alors.
Depuis que j'ai quitté le nid, je vous écoute un peu moins. Je n'ai pas connu les chaussettes noires, vous comprenez. Cependant, certains soirs, lorsque je rentre fatiguée du boulot, je me tourne vers vous. Votre voix réchauffe ma soirée. Un verre de vin, une cigarette, et tellement de souvenirs.
Vous êtes ce coin qui me rappelle, Monsieur Eddy.
Merci.
 


Portez-vous bien

Par M. :: 20/04/2009 à 23:29 :: Petites Choses en Nota Bene

 

 


Découvrez Cat Power!

Mes paysages inconnus

Par M. :: 07/04/2009 à 11:52 :: Petites Choses en Nota Bene

Découvrez Katherine Jenkins!

 

Longtemps, je me suis demandée à quoi pouvaient ressembler ces paysages. Ce lieu où tu te rends, parfois, d'où tu reviens ni tout à fait le même, ni tout à fait différent. Cet endroit où tu t'isoles sans jamais t'exiler.
Chaque fois, je pressens ton départ. Lorsque ton regard s'embrûme avant de se perdre là où je ne suis pas. Lorsque ta voix se tait. Que tes bras se croisent. Lorsque sur tes gestes lents se lisent les stygmates du souvenir. Et que des gouttes de peine perlent aux coins de tes yeux.
Et je brûle de te retenir. Ou, au moins, t'accompagner. Serrer ta main, caresser ton front. Sécher tes larmes de mes baisers. Je brûle et reste là, assise en tailleur sur mes craintes de te perdre. Jusqu'à ton retour, je ne bougerai pas. Je retiendrai le temps et mon souffle pour que toujours tu me retrouves.
Les lèvres closes, je te regarde franchir le seuil de ta mémoire.
Dans ses dédales, tu erres, tu cherches. Ton esprit parcourt les plaines de ton enfance, de ta vie d'homme, ces étendues où les souvenirs fleurissent et se fanent, sans jamais mourir vraiment. Et tu valses sans hésiter avec ces sourires sur lesquels le passé a refermé ses bras. Et tu voles d'un banc d'école à la selle inconfortable de ton vieux Solex, des boulevards d'une capitale au calme de ton jardin, de ta première garçonnière à la propriété de ton grand-père.
Tu reviens un peu triste, un peu fragile. Tu te blottis contre moi, je sens ton souffle chaud sur ma poitrine. Alors, tu poses ta tête sur mes genoux, et me racontes ce que tu as vu, là-bas, en fermant les yeux à chaque passage de ma main dans tes cheveux.
 
 
 
 
 

So big Ben

Par M. :: 25/02/2009 à 15:11 :: Petites Choses en Nota Bene

 

 

La première fois que mes yeux se sont posés sur les photos de Ben, je me suis dit : mignon, ce garçon. Effrayant, mais mignon. Sur le cliché en question, il s'implantait, à l'aiguille et au gros fil, sans gant ni anesthésie, deux (gros) seins. 90 C, je dirais. Il l'avait intitulé : femmes des années cas trop vains.

La première fois que mes yeux se sont posés sur les mots de Ben, j'ai ri. Beaucoup ri. L'homme ne manque pas de répartie. Fan des jeux de mots à deux balles, adeptes de la vanne tous terrains (avec une préférence non dissimulée pour le dessous de la ceinture), adhérent permanent de la dérision, et surtout de l'auto-dérision.

La première fois que mes yeux se sont posés sur Ben himself, j'ai souri. Sa discrétion surprend. La douceur de son regard également. Le calme apaisant de sa voix. Et ces détails ne sont que mise en bouche...

 

La passion de Ben, c'est les autres. Il cache à peine, derrière sa foi innébranlable en l'humour, son amour de l'humain.
Sous ses allures de farceur, l'homme abrite une douceur peu commune. Et une grande, très grande attention. Il vient discrètement poser sa main sur les épaules fragiles, essuyer une larme que personne n'a vue. Il devine les blessures et en prend soin. Distille tendresse sur les tristes humeurs. Sa sensibilité n'a d'égale que sa finesse d'esprit, et de coeur.
Depuis que nos routes se sont croisées, j'eus plusieurs fois l'occasion d'éprouver la sincérité et la fidélité de son amitié. La complicité qui naturellement s'installe est digne d'un roman de la grande époque : Belle et Sébastien, Joey et Chandler, Montaigne et la Boétie.
Je plaisante, un peu, parce qu'il le fait toujours. Il a ce dont précieux de remplacer les moues chagrines par de larges et francs sourires, sur les visages qui lui sont chers. Sa main traverse les murs d'angoisse et tire vers la lumière.

 

Voilà Ben.
Voilà pourquoi je voulais vous parler de lui.
Dans un monde qui travaille à nous attrister, nous handicaper, nous paralyser, Ben dispense une bouffée d'air frais, s'offre tel un électron libre doux comme un Loukoum, un p'tit gars que l'on est fier et heureux de compter parmi ses amis.
Et pour une fin digne d'un grand film américain :
the world is a better place with Ben in it.
 
 

Ben on Flickr : http://www.flickr.com/photos/benthehack/

(ne) soyez (pas) sages

Par M. :: 13/01/2009 à 12:56 :: Petites Choses en Nota Bene

Découvrez Alela Diane!
 



Brosse à dents. Sous-vêtements. Pulls, jeans, et robes. Bas noirs. Bottes à talons et tennis blanches. I-Pod, appareil photo, bouquin et carnet. Stylo. Chargeur pour téléphone portable. Cigarettes. Bouteille d'eau pour le voyage.
Bientôt, mon taxi va klaxonner. Comme dans les films. Je descendrai chargée de ma valise que le chauffeur placera dans le coffre. Je profiterai du trajet jusqu'à la gare pour vérifier le contenu de mon sac à main : ranger mes clés, me débarasser de la cocaine. Je plaisante, of course. 14 € et dix minutes plus tard, à la gare, je retirerai mon billet. Et tâcherai de ne pas me tromper de train...
Je devais monter sur Paris mais le monde bouge m'a dit mon banquier. Il faut adapter vos projets à votre budjet, a-t-il ajouté. Soit. Je sais me montrer conciliante, de temps en temps.
J'ai laissé le chat à ma mère. Ma voisine viendra arroser les plantes. Je laisse une note sur la table de la cuisine, pour les visiteurs :


Je m'absente quelques jours. Une sorte de pélerinage. Loin de dieu, près de l'Homme. Pour expier mes fautes... Je serai de retour bientôt.
(ne) soyez (pas) sages.
 

PS : je souhaite un joyeux anniversaire à Simon, qui fête aujourd'hui ses vingts ans. Puisse-t-il trouver les réponses à ses nombreux questionnements et sourire encore, toujours.

PPS : Ydrah expose actuellement cher Harmonia Mundi, 18 rue de la Bonneterie, Avignon. Soyez fous, allez voir !
 
 
 

Il neigeait

Par M. :: 08/01/2009 à 23:37 :: Petites Choses en Nota Bene

Découvrez Bugge Wesseltoft!



Je l'attendais. Depuis trois jours déjà, tout le monde l'annonçait. Comme le Messie en son temps. Un messie de froid et de blanc.
Hier, en fin de matinée, elle est enfin arrivée. D'abord timidement. Ses flocons fragiles fondaient au creux de ma main tendue. Je l'écoutais tomber dans un doux murmure. Bien vite, tout fût couvert de son manteau : ma rue rendue patinoire, la place de l'Horloge prenant ainsi des allures de Russie, les cheveux des passants. Qui riaient ou râlaient, selon leur âge et leur pratique de ce terrain particulier. Le blanc duvet conférait une certaine majesté à la place du Palais, la Vierge d'or semblait coiffée de cocaine et les arbres sucraient les pavés.
Un peu de neige et tout change...
Je n'habitais plus la même ville, j'étais ailleurs, en vacances, plus jeune et plus belle, infiniment joyeuse. J'aurais pu croire au premier jour du monde. Et l'impossible n'existait pas.
Sauf pour la circulation bien sûr, mais je n'ai pas de voiture...



La grâce de Dana

Par M. :: 07/01/2009 à 21:41 :: Petites Choses en Nota Bene

Découvrez Jeff Buckley!
 
 
 
 
" Bien sûr que, malgré toutes ces futilités dont je vous fais témoins, je ne suis pas indifférente.
Ni à la crise financière. Ni à celle du gaz qui a frappé fort mon pays ce matin. Ni à la guerre absurde.
Mais je ne suis pas le roi Solomon, hélas.
Juste une reine du pied des Carpates , sans fève et sans couronne, qui ordonne avec succès et sagesse aux espoirs d'affluer et aux rêves d'éclore.
Il neige.
Et je suis ravie de cette capacité que possède encore mon coeur de se gonfler de bonheur parce qu'avec une couche épaisse de blancheur le monde change subitement d'apparence.
Même pas froid..."
 
 
 
Je vous présente, pour ceux qui ne la connaissent pas, la douce et tendre Dana. Roumaine au français impeccable, chaque mot qu'elle adresse est une caresse, un baiser. Ses interventions ne sont que générosité et gentillesse et, comme moi, elle offre de la musique. Sa sensibilité à fleur de peau m'émeut chaque jour davantage, elle a la grâce des belles âmes, à faire rougir de jalousie les prétendus poètes lorsqu'elle attache ses ailes et cultive un jardin d'oubli. Certaines nuits, les rayons de lune viennent frapper aux carreaux de ses fenêtres pour bercer sa solitude d'une blanche lumière.
Toujours, quand je la lis, j'ai envie de la serrer fort dans mes bras.
Souvent, quand je la lis, je souris, même sous la pluie.
Et aujourd'hui, quand je l'ai lue, j'ai eu envie d'emprunter ses mots qui disent si bien mes pensées.
 
Elle a les yeux grands ouverts, Dana, et si elle sourit à la neige elle n'oublie pas pour autant le sang qui couvre d'autres terres. Elle espère toujours, Dana. Croit en l'amour, la beauté, toutes ces choses démodées et pourtant nécessaires au combat quotidien, quel qu'il soit. Son coeur qui parfois pleure ne l'empêche jamais d'entendre les rires et les cris qui résonnent ailleurs. Elle se cache parfois, par sagesse, avec noblesse, elle accorde pudeur à ses souffrances. Elle vient toujours les bras ouverts et le sourire aux lèvres. Ne prend jamais sans donner auparavant. Une reine, oui.
 
J'aime l'idée qu'elle existe.
Elle, et d'autres bien sûr. Ces Hommes que j'aime et qui cultivent mon jardin d'espoir : ce qui fait parfois la beauté de ce monde.
 
 
 
 
 
 
 
 

Il Padrino

Par M. :: 05/01/2009 à 6:51 :: Petites Choses en Nota Bene

 


"Assieds-toi, j'veux t'parler. Assieds-toi, j'te dis. Prends une clope, tu fumes ? Alors dis-moi : ça vient de qui tout ça ? Qui t'a dit d'me descendre ?"

Extrait du Parrain III, diffusé hier soir sur Arte.
J'étais sur le point d'aller me coucher, Mémoire de mes putains tristes sur ma table de chevet, le concerti grossi op.6 d'Haendel pour bercer ma lecture. Et j'ai allumé la télé. Et je suis tombée pour ce classique du cinéma, que je connais par coeur même si je ne l'avais plus vu depuis des années.
La saga du Parrain est de loin ma préférée. Je ne saurais dire combien de fois ces trois films se sont joués dans le secret de ma chambre d'ado, puis dans les insomnies de nuits de femmes. Je les ai toujours préférés aux comédies sentimentales made in Meg Ryan pour consoler mes chagrins d'amour et autres détours.

"J'ai... J'ai ordonné la mort de mon frère... J'ai tué le fils de ma mère... J'ai tué le fils de mon père..."

C'est du Shakespeare. La dualité. Le combat intérieur. Le coeur et la raison, l'esprit et sa folie, rien ne manque. Ni aux personnages finement dentelés, ni aux relations complexes à souhait. Et les valeurs famille et honneur en étendards.
Une épopée réaliste servie par des acteurs grandioses. Bien sûr, Brando. Et De Niro dans le deuxième opus. Mais surtout : Al Pacino. Une leçon de cinéma en trois volets.

J'aime ces hommes ni complètement bons, ni complètement mauvais. Dont la volonté peut tout ravager, mais aussi faiblir. Et dont la couleur reste impossible à définir. Des hommes comme on en voit partout. Dans leurs excès, leur besoin de se battre pour lequel ils trouvent maintes causes : religion, politique, territoire, famille, honneur... Des hommes dont je suis, fière et honteuse à la fois.




 
Musique (sublime) de Nino Rota et Carmine Coppola (grand-père de Sofia)
 
 
 

Gracias

Par M. :: 31/12/2008 à 14:53 :: Petites Choses en Nota Bene

Découvrez Omara Portuondo!

 



Alors que l'année nous livre ses dernières heures, j'en pioche une et m'installe à l'intérieur. J'écoute la trotteuse me chanter les secondes tandis que mon regard se perd quelque part dans le gris du ciel. Et mes pensées dans les souvenirs des 365 jours passés.
J'aime me souvenir. Sans nostalgie. Un peu comme une leçon dont j'aurais retenu chaque virgule, tant à retenir avant que l'oubli ne grignotte les détails, que le temps ne jaunisse les images...

J'ai donc choisi cette heure-ci pour ne rien oublier. Rien de cette réalité dont je veux tout voir, tout savoir, des rêves aux gestes qui la composent.
Je veux me souvenir de ces nuits glaciales où le chagrin était mon voisin ; des larmes que j'ai pleurées et de celles que j'ai essuyées, sur des joues rondes ou creuses, roses ou claires ; de ces souffrances qui rôdent partout et qui n'assaillent pas forcément les plus méritants ; de la cruauté et, pire, de l'indifférence dont l'homme est capable (coupable), et l'homme c'est aussi moi. Je veux me souvenir de tous ces sourires qui me furent offerts ; ces baisers tendrement échangés ; ces mots d'amour simples et évidents, les jolies bouches qui les prononcèrent, les tendres étreintes qui les suivirent ; les mains ouvertes et tendues vers moi, les lignes qu'elles surent m'écrire, les caresses qu'elles me prodiguèrent. Je veux embrasser le monde de mes pensées et me souvenir de toutes les beautés qu'il déroule sous notre regard parfois inattentif, me souvenir de sa grandeur et de ma petitesse, me souvenir de ma chance d'être ici et maintenant.
Je laisse de côté l'inquiètude, le doute, la douleur passée et à venir car ils sont les justes prix à payer pour toutes ces petites choses joyeuses et ces autres grands bonheurs grâce auxquels je me porte bien.
Mes yeux restent grands ouverts. Rien n'échappe à mon regard. Je suis gourmande de vie. Et je souhaite à chacun la même gourmandise qui n'est autre que source d'espoir et d'amour.

Ce soir, je déboucherai ma meilleure bouteille de rouge et je regarderai mon homme cuisiner, confortablement installée dans mon canapé. Je lui dirai des mots d'amour qu'il saura entendre et ensemble, enlassés, jamais lassés, nous regarderons poindre la nouvelle année. Sous la couette, bras et jambes mêlés.



Je souhaite à chacun une bonne année 2009. Qu'elle soit douce envers vos songes et fasse de la réalité de votre monde le plus bel endroit de la terre.
Je vous embrasse tendrement.


Calcul mental

Par M. :: 26/12/2008 à 19:51 :: Petites Choses en Nota Bene

Découvrez Márcio Faraco!
 
 
 
 
J’ai parlé avec 57 personnes aujourd’hui (j’ai compté).
Sur ces 57 personnes, 16 m’ont posé la question : comment vas-tu ?
(ou comment allez-vous, ce fût selon)
Sur ces 16, 9 n’ont pas écouté ma réponse ; 2 ont fait semblant ; 2 autres ont directement enchaîné sur la négative des températures ou encore la haute teneur en cholestérol des dîners de fin d’année ; une en a profité pour me parler de son chien malade, de son fils ingrat, de son mari infidèle et décédé et de ses parents névrosés dont elle a tout hérité ; la suivante m’a demandé mon numéro de téléphone ; la dernière a conclu d'accord.
Je m’ennuie.
Et quand je m’ennuie j’aime bien me livrer à ce genre de calculs désuets dont les résultats me font doucement sourire.
 
 
A part ça, au merveilleux pays de la musique, le dernier album de Márcio Faraco est très bon. Il me rappelle le sucre de canne que l’on met dans le Mojito.
 
 
Sinon, ça va comment chez vous ?
 
 
 

Dans la jungle, paisible jungle...

Par M. :: 23/12/2008 à 8:12 :: Petites Choses en Nota Bene

Découvrez Bob Marley!
 
 

Lorsqu'un chien rencontre une lionne, toute la jungle entend rugir. Le parfum de la morsure se répand et les bêtes n'osent s'approcher. Les biches tristes fuient, les hyènes s'en vont ailleurs chercher la mort. Les perroquets s'envolent, incapables d'imiter les grognements entendus. Seuls quelques singes restent, spectateurs sur branches de l'étrange duel.

Le chien dégaine et pisse aux pattes de la lionne. Elle lui répond d'un coup de langue sur le museau. Ils se regardent sans ciller. Se tournent autour dans une valse animale qui les unit peu à peu. Le chien aboie, la lionne rugit, l'assistance se fige. Alors les lianes se mêlent et se nouent pour former un toît, gardien du secret. Nul n'assistera à l'issue du combat.

Certains murmurent déjà que le chien gagnera. Ses canines sont affûtées et son instinct infaillible, Croc-Blanc en personne lui enseigna comment sauver sa peau, et ses poils. Il connait la jungle comme le fond de sa poche, et le fond de sa poche comme son ennemie. La vraie gueule du favori.
D'autres préfèrent parier sur la lionne, ils lisent son destin dans son sang. Ils croient en ses griffes acérées, sa crinière de feu et ses reins cambrés. La subtile persuasion de son regard félin et de ses savants feulements.

Un vautour vole en ronde au-dessus de la plaine.
Le vent rapporte les tendres échos de l'affrontement, et toujours ce parfum de morsure.
La nuit tombe sur la jungle.
Quelque part, un Dieu se marre et applaudit la scène.





By winter, in Avignon

Par M. :: 28/11/2008 à 19:42 :: Petites Choses en Nota Bene

By winter

Par M. :: 27/11/2008 à 18:37 :: Petites Choses en Nota Bene

Découvrez Anouar Brahem!
 
 


Les journées s'écoulent au rythme lent des vacances. Il est toujours tard lorsque j'ouvre les volets sur la ville déjà agitée. En buvant mon café, j'assiste à un défilé de gants, écharpes et bonnets.

Le chat sur mes genoux, je lis des heures entières. Je me souviens du geste d'écrire par plaisir et non par necessité. Je me souviens la douce impression de n'avoir que faire du temps qui passe. Et j'écoute ces musiques d'hiver habillées de souvenirs blancs.

Je fais des gâteaux. Au chocolat et à la cannelle, ils parfument le salon et lui donnent une couleur de foyer. Je rapproche le fauteuil du radiateur et je m'y love, une tasse de thé entre les mains. De là, j'aime regarder le ciel et les pigeons qui se gèlent sur le bord des fenêtres. De là, j'aime penser aux petits drames de ma vie avec un flegme presque britannique, probablement dû au temps. L'hiver me fait penser à Londres, je n'ai jamais vraiment compris pourquoi.

Un étrange chaleur règne sur mes soirées. Peut-être grâce à la musique, peut-être grâce aux plats que je prends enfin le temps de cuisiner. Ou peut-être est-ce ces souvenirs inexorablement liés à l'époque qui me réchauffent et me consolent.
La fin de l'année m'a souvent vue me perdre. Ma mélancolie se nourrit du vent glacé et des longues nuits. Alors, à défaut de cheminée, je rallume le feu de ma mémoire que je contemple longuement.
J'aime me souvenir comme l'hiver pouvait être chaud.
J'aime espérer, encore, que celui-ci m'épargnera.







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