Les Petites Choses

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M. "Les petites choses ont leur importance : c'est toujours par elles qu'on se perd." Fiodor Dostoïevski

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Tu m'étonnes !

Par M. :: 24/06/2009 à 15:34 :: Petites Choses pour petits sourires
 
 


- Tiens ! Tu as encore changé de coupe de cheveux ?
- Oui. J'ai eu envie d'essayer une autre couleur. Qu'en penses-tu ?
- Que c'est la troisième en trois mois.
- Et ?
- Que tes cheveux doivent souffrir.
- Oui mais comment me préfères-tu ? Blonde, brune ou rousse ?
- Euh... Au naturel, tu es comment ?
- Je ne me souviens plus.
- Ah.
- Les cheveux lachés ou le chignon ?
- Que préfères-tu ?
- Je sais pas.
- Ah.
- Alors ?
- Quoi ?
- Tu aimes ma nouvelle couleur ? Non, n'est ce pas ? Je vois bien que non. Bon. C'est pas grave. Je vais prendre rendez-vous chez le coiffeur. Changer de couleur. Et de coupe, peut-être, aussi. Plus court, non ? Les coupes courtes sont tendances cet été.
- C'est ça, change de couleur. Et de coupe. Pendant que tu y es, tu devrais peut-être penser à changer de psy...
- Je n'en vois pas.
- Ah...


*

 
- Tout se passe bien avec Mathieu ?
- Impecc'. Pas de problème. Je gère.
- Tu gères quoi ?
- Les courses et lui le ménage.

*

 
- Bonjour !
- Bonjour.
- Il m'a semblé voir que vous étiez seul...
- Euh... Oui. J'attends le bus, en fait.
- Seul.
- Euh... Oui, seul.
- Très bien.
- Ah ?
- Oui, très bien, car je suis seule aussi.
- Ah.
- Je m'appelle Janine, j'ai 50 ans, deux enfants, un divorce et quelques amants. J'écoute Mozart, Coltrane mais aussi Placebo, je lis Rimbaud, Kundera, Irving et Pessoa, j'aime Warhol et Dali, les longues marches en campagne, les soirées au coin du feu et les sorties au théâtre.
- C'est tout ?
- Non : je fais très bien la cuisine.
- L'amour, aussi ?
- Cela va sans dire.
- Bien sûr.
- Et vous ?
- Moi ? J'attends toujours le bus. D'ailleurs, le voilà. J'avais peur qu'il ne soit en retard...
- ...
- Ne prenez pas cet air dépité, voyons. Regardez plutôt le type, assis sur le banc, là-bas. Il est seul. Vous devriez tenter votre chance.
- Vous pensez ?
- Bien sûr ! Avec un peu de chance, il aime aussi la poésie et la blanquette de veau !


*

 
- Je m'en vais.
- Ah.
- Oui. J'en ai marre. Je me barre.
- Ah.
- C'est tout ce que tu trouves à dire ?
- Euh... Prends tes clés (?)
- Inutile. Je ne reviendrai pas. Je m'en vais, je te dis. Définitivement.
- Définitivement... Comme la semaine dernière ?
- Oui.
- Comme celle d'avant, aussi ?
- Oui.
- Et comme trois fois cet hiver.
- Euh... Oui. Mais cette fois c'est définitivement définitif.
- Ah ! C'est comme l'été dernier alors. Je vois.
- Adieu.
- Adieu. Enfin : à samedi !



*
 
- Moi, ce que j'aime dans ce miroir, c'est mon reflet.
- Et dans notre conversation ?
- Le son de ma voix.
 
 
*

 
- Voilà, c'est fait.
- Quoi donc ?
- J'ai renouvelé mon abonnement à Prozac magazine.
- Ah quoi ?
- Prozac magazine ! Ne me dis pas que tu ne connais pas !?!!!
- Bah si, je te le dis.
- Mais dans quel monde vis-tu ??! Prozac magazine, c'est le magazine incontournable de notre société !
- Ah ?
- Tu y trouves des conseils d'experts pour être une bonne dépressive.
- Une bonne dépressive ?
- Ou un bon dépressif, le magazine n'est pas exclusivement féminin.
- Tu me rassures. Et quels sont ces bons conseils ?
- Description détaillée de tous les symptômes : ennui, angoisses, nostalgie persistante, agressivité passive, et j'en passe.
- J'aime autant, oui.
- Recensement des pilules magiques.
- Pratique.
- Oui. Et puis, ça fait plus sérieux.
- Sûrement.
- Enfin, la rubrique pauvre moi.
- Ne m'en dis pas plus ! Je devine.
- J'ai fait des rencontres formidables, grâce à ce magazine. Notamment un gars qui a tenté de se suicider avec des yaourts périmés.
- Quand même.
- Oui. Et ça me fait du bien, tu vois. Je me sens moins seule. Moins pathétique, surtout. C'est rassurant de se dire qu'il y a pire que soi.
- Tu m'étonnes !
 
 
 
 

 

Personne n'est parfait

Par M. :: 26/01/2009 à 22:44 :: Petites Choses pour petits sourires

Découvrez CocoRosie!
 
 

Soudain, il se mit à pleuvoir.
La nuit se retira lentement et le ciel étendit sa couverture grise sur les toits. Molière et Racine, gardiens du Théâtre, discutaient derrière un rideau de pluie. Je tendis l'oreille et l'imagination pour entendre le premier dire : c'est ainsi qu'un amant, dont l'ardeur est extrème, aime jusqu'au défauts des personnes qu'il aime. Le second ajouter : l'amour a d'autres yeux que le commun des hommes. J'appuyai leurs propos de quelques mots de Shakespeare, l'amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l'âme. Unfortunately, ils prirent mon clin d'oeil pour un affront et de grosses gouttes roulèrent sur leurs joues de pierre. La peine ou l'averse ? Je n'eus le temps de décider : le travail m'appela d'un bonjour courtois.
L'homme était élégant. La voix posée et claire, sans accent. Ses négations en place et ses verbes de bon goût me guidèrent sur le chemin d'une agréable conversation. Il salua le charme de la ville. J'approuvai. Un sourire plus tard, je lui avouai apprécier le cachet so british que le ciel gris et bas lui donnait. Il souligna la comparaison, la trouva très juste, et notre échange s'intenfia.
 
- Je n'avais pas revu Avignon depuis 40 ans. 42 exactement.
- Le festival ?
- Oui. Béjart dans la cours d'honneur.
- 1967... Messe pour le temps présent ?
- Exactement. Je faisais alors partie d'une petite compagnie de danseurs.
- Vous êtes chorégraphe ?
- Je l'étais. Comment avez-vous deviné ?
- Le hasard.
- Mademoiselle, vous savez comme moi qu'il n'existe pas.
Je souris.
- Vous êtes originaire d'Avignon ?
- De Montpellier. Mon père est né ici.
Il sourit.
- Doù venez-vous ?
- De Suisse. Personne n'est parfait... Cela dit, rassurez-vous : je ne suis pas banquier.
- Je savais bien que le diable n'était qu'un mythe...
Son taxi arriva.

Les conversations suivantes badinèrent, contrairement à l'amour. Sous les regards avisés, aiguisés, parfois moqueurs, de Molière et Racine, je m'appliquai à jouer mon rôle. Je savais si bien mon texte et mes déplacements, que je pus laisser vagabonder mes pensées. Elles traversèrent la place et s'installèrent dans les balcons du théâtre. Car ne pas se rendre au théâtre, c'est comme faire sa toilette sans miroir, leurs avait-on dit. Elles n'en savaient pas grand chose alors elles questionnèrent. Jean Vilar vint expliquer son art et définir le terme populaire. Eclairées, elles le remercièrent.
 
- Il s'agit donc de faire une société, après quoi nous ferons peut-être du bon théâtre.
- En va-t-il de même pour l'homme ? Doit-il être convenablement construit, sur des fondations solides et stables, avant d'aimer convenablement ?
- Vous sortez de mon domaine d'activité... mais je pense comprendre, et rejoindre votre hypothèse.
- Les hommes qui m'ont mal aimée n'étaient donc pas complets ?
- L'amour est un marathon, pas un sprint. La cheville foulée, mal soignée, trahit tôt ou tard.
 
Le téléphone sonna.
Le souffleur souffla :
Prenez un cercle, caressez-le : il deviendra vicieux.
Je sortis les mains de mes poches.
Si le monde est un théâtre et l'homme son comédien, s'il n'est question que de rôles, monologues, de critiques et de vices, tomates ou tonnerres d'applaudissements pour dernier jugement, alors accordons-nous le droit de rire un peu...



Un théâtre où l'on ne rit pas est un théâtre dont on doit rire.
Bertold Brecht


Chaude et Risquée Sexualité

Par M. :: 07/09/2008 à 12:47 :: Petites Choses pour petits sourires

Découvrez Nightmares on Wax!

 

J’étais seule à la réception. Milieu d’après-midi. Je le savais dans sa chambre, l’imaginais sous la douche. L'eau caressant son corps large et viril, ses muscles, ses fesses. Je réfléchis un instant, évaluant les risques et mon excitation, puis je décidai de monter. Quelques poignées de marches et j’y étais.
Je frappai à la porte, il ouvrit. Il était nu et trempé, une serviette entourant vaguement sa taille. Un long regard s’en suivit, long et pénétrant, sorte de promesse… Puis je me collai à lui, mouillant ma robe contre sa peau, mordant ses lèvres douces et généreuses. Je le sentis durcir sous la serviette. Je caressai sa langue de la mienne, avalai son souffle, griffai légèrement son dos… avant de m’en aller. Dévalant les escaliers à toute vitesse, le laissant là, un peu pantois, sur le seuil de sa porte.
Nous avions prévu de nous retrouver le soir chez moi, où il m’enseignerait l’art de la protection rapprochée…  
 
 
 

Monsieur D.

Par M. :: 14/07/2008 à 19:20 :: Petites Choses pour petits sourires

Découvrez Émilie Simon!
 
 
 
Monsieur D. est un festivalier, client de l’hôtel. Il vit en Suisse, il a 85 ans, toutes ses dents, les cheveux blancs, et la barbe aussi. Et quand il sourit, c’est comme une caresse sur le cœur, on trouve soudain le monde moins lourd, plus joli.
 
J’ai rencontré Monsieur D. il y a maintenant quatre ans. Il vient chaque année, avec son épouse, et son équipe, assister à 8 jours de festival. C’est un homme de théâtre, il a très longtemps dirigé une compagnie, monté moult et moult pièces, écrit, corrigé, proposé, adapté, bref le théâtre c’est toute sa vie. Et sa façon d’en parler est toute particulière, très différente de celles que l’on a l’habitude d’entendre.
 
En Avignon, pendant le festival, j’ai rencontré de nombreux gens du Théâtre. Quand ils parlent, ils jouent, ou presque. Ils clament l’importance de leur activité, sa complexité, “son intellectualité”, ils parlent si mal et si fort qu’ils font de cet art un innacessible pour les petites gens dont je fais partie. Mais pas Monsieur D.
 
Monsieur D. parle du Théâtre comme de la vie, avec une infinie simplicité, des mots choisis et pesés, d’une voix calme mais passionnée. Il vous regarde dans les yeux, presque dans l’âme et vous inonde, avec tendresse, de sa sagesse. C’est un homme très sage, mais toujours désireux d’apprendre. Et quand il vous demande comment allez-vous vous comprenez que votre réponse compte autant que celles aux grandes questions de l’univers, il tient à savoir, à écouter, à entendre. Quand il est là, vous le sentez de la pointe des cheveux aux ongles des pieds, du bout des cils au tréfonds de l’âme. Il habite l’espace et votre cœur.
 
Madame D. est elle aussi un ange. Son regard est d’une tendresse infinie, sa voix douce comme du miel, ses gestes gracieux. Elle veille, toujours, s’inquiète et demande, pose les bonnes questions aux bons moments, elle est concernée, investie, même lorsque vous lui parlez de la pluie. Ou du soleil.
Le temps les as caressés tous les deux, et les marques de son passage sur eux ne sont que poésie. Par exemple, ce ne sont pas des rides aux coins de leurs yeux, mais l’ombre des mille et un chemins qu’ils ont parcourus.
 
Monsieur D. aime la philosophie. Il m’a souvent parlé du sens de la vie, du moi et des rêves, des désirs de l’homme, de sa faiblesse et de sa force. Et puis, il aime les petites choses. Il sait voir un soleil dans un sourire, un arc-en-ciel dans un regard, entendre le chant d’une rivière dans un flot de paroles légères. C’est un amoureux de l’essentiel, sûrement pour cela nous nous entendons très bien.
 
Quand il m’embrasse, ses mains tiennent mes bras et je les sens trembler. Il n’est plus tout jeune, Monsieur D. Et quand il me regarde de ses yeux si intensément bleus, je voudrais l’embrasser de nouveau et lui dire qu’il est beau, qu’il est l’humanité même, et que je suis profondément heureuse d’avoir eu la chance et l’immense honneur de le rencontrer.
 
 
 

Comment Michel Drucker m'a empêchée de rentrer chez moi

Par M. :: 18/05/2008 à 11:37 :: Petites Choses pour petits sourires
free music
 
 


Samedi soir, Michel Drucker m'a empêchée de rentrer chez moi.
Il faisait son émission à la con télévisée Tenue de Soirée en Avignon, donc.
 
La scène était installée place du Palais, c'est à dire devant chez moi.
10 jours de montage, d'allées et venues, de camions, voitures, piétons avec talkie-walkie, et autres bordels. La nuit, de préférence. Ben oui, quand je dors, c'est mieux. Ben oui.
Une partie de la production était logée à l'hôtel. Les techniciens étaient plutôt sympas. Toujours à la bourre, mais sympas. Petite préférence pour celui de la 37, attaché de presse, je crois. Bref. Le reste de l'équipe, imbuvable. Inutile de leurs dire bonjour, ils ne répondaient pas. J'apprends vite. Je réservais donc ma voix et mes sourires aux autres de mes clients.
Pour leur décharge, le montage de la structure fût un véritable enfer. En effet, sous les pavés de la place, non pas la plage mais le parking sous-terrain du Palais des Papes, impossible donc de monter le plateau habituel, la charge de béton nécessitée étant trop importante. Solutions d'urgence, plan B, plan C, plan D. J'ignore à quel plan ils se sont arrêtés.
 
Mercredi, je reçus une lettre de la mairie, m'indiquant que la place serait interdite à la circulation des voitures vendredi et samedi, ainsi que des piétons samedi entre 18h et minuit. Je n'ai pas de voiture. Mais j'ai un boulot qui se termine tard et qui commence tôt le lendemain, donc un impératif besoin de rentrer chez moi.
Surtout que vendredi je fûs prise dans un guet-apens, et pas seulement, dont je ne suis sortie que tard dans la nuit, ou plutôt tôt dans la matinée, et pas complètement indemne. Ah, la jeunesse.
Je devais retirer un badge d'accès à la Mairie, vous savez, ces rectangles en plastique avec votre nom dessus, qui vous donnent un petit côté VIP juste détestable. Mais les horaires de la Mairie... Et puis, je m'étais dit qu'en présentant ma carte d'identité, sur laquelle figure mon adresse, je pourrais rentrer chez moi. Naïve que je suis.

 
Samedi soir, donc.
Je quitte à 22h, plutôt 22h30, le temps de discuter un peu avec Arnaud.
Le gars de la 37 me propose de venir boire un verre avec lui et l'équipe, après le tournage, mais je suis épuisée, rassasiée, encore sous les effets de ma dernière nuit, je décline donc son offre, avec un sourire bien sûr. Et un peu de regret, aussi.
J'arrive au bas de la place, premier cordon de sécurité. Facile. Il me laisse avancer jusqu'au deuxième. Qui me renvoie sur le côté de la place, rue de la Monnaie. Ok. Rue de la Monnaie, donc.
Là-bas, deux flics me stoppent.
- On ne peut pas vous laisser passer.
- Attendez, je vous montre ma carte d'identité. J'habite là.
- Vous n'avez pas votre badge ?
- Ben non, j'ai pas mon badge.
- Et pourquoi vous n'avez pas votre badge, Madame ?
- Parce que j'ai un métier à la con, qui ne me permets pas de respecter les horaires de la mairie, Monsieur. Je travaille dans l'hôtellerie...
- D'accord, mais sans votre badge...
- Vous voulez dire que je ne peux pas rentrer chez moi ?
- Pas avant la fin de l'émission. Et le départ des invités. Vers une heure trente, deux heures du matin.
- Vous plaisantez ?
- Pas du tout. Essayez par l'autre rue, un peu plus loin, mais ils ne vous laisseront pas passer non plus.

J'ai envie de pleurer.
Je tente l'autre rue. Même barrière, mêmes explications. Même véto.
Et là, je mérite la palme d'or de la meilleure actrice. Montée des marches, attends moi ! J'ai joué le numéro de la pauvre jeune femme épuisée, désespérée, la voix basse, suppliante mais digne, arguments bétons à la clé, main sur la nuque pour prouver que je suis vraiment fatiguée, et recoiffage discret parce que ça fait toujours son effet, et parce que mes bras relevés font grimper ma robe sur les bas. Un s'il vous plait... Escortez moi, si vous voulez. Vous verrez que j'habite bien là, que je veux juste rentrer chez moi... J'aurais dû employer ces mots dès le début. Escortez moi. Ils me laissent passer. Pas la peine de m'escorter (ni de quitter son poste douillet dans sa caisse à tchatcher foot avec son pote).
Je peux enfin rentrer chez moi.

Malgré tout, j'ai eu de la chance. J'ai évité Mireille Mathieu. Mais pas Garou, ni born to be alive (ça fait combien d'années qu'il fait du playback ce mec ?) (le mec qui a fait une chanson dans sa vie. Comme Loana, du Loft). Bref. J'ai quand même entendu, en direct live, Thomas Dutronc. Les images à la télé, le son à côté, y'a un décalage, ça fait bizarre. Comme s'ils étaient à la bourre, dans leurs gestes. Bizarre. Ce qui ne l'empêche pas d'être super mignon, au p'tit Dutronc. Le fils de son père, quoi.
Bref.
 
Tout ça pour dire que depuis 10 jours c'est le bordel devant chez moi, qu'hier c'était juste l'enfer (et encore, je le répète, j'ai évité Mireille), que j'ai bien cru devoir dormir sous un pont (le comble, pour une réceptionniste en hôtellerie), et que j'ai finalement eu droit à deux heures de sommeil tout au plus, rapport au démontage, bruit, et tutti quanti. Tout ça, à cause de Michel Drucker, et son émission que je ne regarde même pas (et pour cause).
Alors merci, Michel ! Et surtout, bon retour !
 
(Euh...Michel ? T'aurais pas le numéro de Dutronc, par hasard...?)

 

Le bon samaritain

Par M. :: 07/01/2008 à 10:30 :: Petites Choses pour petits sourires
 

 

Jour de pluie. Troisième.

Jour de grippe. Quatrième.

Retour au boulot. Huit heures.

L'enfer porte un nom, il s'appelle l'hôtel ZZZZZZ.

 

Je meurs peu à peu, minute à minute, goutte de sueur à goutte de sueur.

Je me liquéfie.

Avant de frissonner.

Et me liquéfier.

Et frissoner encore.

Et ... ainsi de suite.

 

Sonne enfin l'heure de la délivrance.

Je vois la relève arriver avec un plaisir rare, et remarqué. Le brave gars me plaint...pas le temps de le laisser faire, je me sens vraiment mal, je rentre chez moi.

 

Les deux minutes à pieds les plus longues de toute mon existence.

La pluie est légère, mais les gouttes qui s'écrasent sur mes épaules me semblent lourdes, si lourdes. A moins que ce soit mes épaules elles-mêmes qui soient lourdes... Ou ma tête... Mes jambes... Mes pieds...

Mes pieds, justement, ils sont maladroits ce soir. Ils semblent éprouver plus de difficulté qu'à l'ordinaire pour gérer l'alliance fatale talons + pavés. Je trébuche une fois. Deux fois. A la troisième je m'arrête un moment, épuisée par tous ces (presque vains) efforts pour marcher droit. Et tenir debout, surtout.

Les effets de la fièvre sont pires, bien pires, que ceux de l'alcool (et on ne l'interdit pas au volant).

Les dix derniers mètres sont les pires. Je ne sais plus si ce sont des gouttes de sueur ou de pluie qui coulent le long de mon visage, mais j'ai chaud, et je frissonne. Ma vue s'est brouillée sur les trois derniers pavés. Je vois la large porte en bois de mon immeuble. Floue. Elle danse, on dirait. J'essaie de la fixer du regard, me concentrer sur elle, les trois derniers mètres qu'il me reste à faire...Je serre fort mes clés dans ma main comme pour me soutenir...je lutte, je vous promets que je lutte...mais...mais...c'est mon pied droit je crois, ou le gauche, je sais plus, je pers l'équilibre, je chute...

Tiens ? Je m'attendais à ce que les pavés soient plus durs, et plus froids. Et plus horizontaux aussi. J'essaie d'ouvrir les yeux, mais mes paupières sont lourdes. Trop. J'entends une voix. Je ne comprends pas. Pas tout de suite. Je suis tombée mais je semble debout. Que pasa ???

Mes yeux s'ouvrent enfin. Un homme, grand je dirais parce que sa tête est loin au-dessus de la mienne, me soutient. Oui, je suis plus ou moins dans ses bras. Il tient mes clés dans sa main.

- Is it that door ?

Je le regarde, il est un peu flou. Mais il sourit. Je le fais sourire. Il doit penser que je suis ivre.

- Is it that door, miss ?

Merde, faut que je réponde là!

- Yes, yes, the big one.

Il ouvre la porte, m'accompagne à l'intérieur.

- Did I fall ?

- Well, it seems so. Hum... Have you been drinking ?

- No ! No, it's just the fever. I'm sick, indeed.

- Oh ! I see. Will you be ok ? Do you need a doctor ?

- No, I have one home, euh, I mean some medecine.

- OK, so... Can I leave you now ?

- (Nooooooooo!!!!) Yes, yes of course you can. Thank you. Vraiment, euh, really, thank you...

Un clin d'oeil et il passe la porte.

 

Moins d'une minute plus tard, par la fenêtre de mon appartement, je le regarde essayer de passer entre les gouttes. Sans grand succès apparemment.

Je m'écroule. Mais sur mon lit, cette fois. Et un peu grâce à lui...

 

(La chanson est pour lui, sait-on jamais...comme un clin d'oeil...euh, this song is for you, dear samaritan...)

 

 

 

Et le miroir se brisa

Par M. :: 02/11/2007 à 19:14 :: Petites Choses pour petits sourires

J’ai cassé un miroir hier matin. 7 ans de malheur.

 

C’était un miroir rond, sur un socle en plastique, pas très grand, une sorte de miroir portatif quoi.  Je m’en servais pour me maquiller dans le salon quand la lumière du dehors le permettait, la lumière naturelle est toujours plus fidèle que celle, artificielle, de la salle de bain.

Je m’apprétais justement à le ranger, sur la tablette au dessus du lavabo, j’en avais assez de le voir traîner sur la table basse. Faut croire qu’il n’approuvait pas ma décision.

Il m’a échappé des mains et s’est brisé sur le carrelage. Je ne suis pas supersticieuse, mais quand il est tombé, que je l’ai vu cassé, je me suis immobilisée, le souffle retenu, le regard bloqué sur les morceaux de miroir. Je ne sais pas pourquoi. C’était comme si je ne pouvais plus bouger. Je n’arrivais pas à décrocher mes yeux des débris de verre. Plusieurs secondes, de longues secondes. L’étrange impression que l’événement était important, même si je n’en saisissais pas l’ampleur.

Je me suis débarassée de ce que j’avais encore dans les mains, et me suis baissée pour ramasser. J’ai vu mon reflet en 12 exemplaires, de tailles diverses. Autant d’yeux bleus qui me fixaient. Un plus gros que les autres. Je l’attrapais à pleine main, l’approchais de moi, voyant le reflet grignoter mon visage jusqu’à le renvoyer entièrement. Je le regardais un moment. Et puis une ligne rouge coula de mon front, sur mon œil, le long de ma joue. Je passais ma main libre à ces endroits-là : rien. Je ne saignais pas. Mais le miroir, oui. Je ne sentais pas encore la douleur de ma main qui s’était coupée en serrant trop fort l’arrête tranchante.

Quand je réalisai, j’eus mal. Je posais le morceau de verre à terre, regardais ma main ensanglantée. Je la passais sous l’eau, appuyais une serveitte contre pour stopper l’hémorragie.

La coupure formait un trait net sur ma paume, comme une ligne supplémentaire. Je pensai alors aux sept ans de malheur promis en châtiment à celui qui brise un miroir. Etaient-ce eux qui étaient venus s’inscrire sur les lignes de ma destinée ?

Mais, comme je l’ai dit, je ne suis pas supersticieuse. J’ai ramassé les débris, et un coup de balayette plus tard je n’y pensais plus.

Seulement…ma main me fait mal quand j’écris. Comme si elle tenait à me rappeler mon crime…

 

Si les sept années à venir sont catastrophiques, je saurais à quoi je le dois ;-)

Tu attendras, Cassandra

Par M. :: 16/10/2007 à 18:13 :: Petites Choses pour petits sourires

 

Mon chat est un goinfre. A la limite de la boulimie. Il ne pense qu’à manger. Dès que j’entre dans la cuisine, il miaule, voire hurle à la mort, pour que je lui remplisse sa gamelle. J’ai beau le menacer de le jetter sous l’eau froide, de lui arracher les poils un à un à la pince à épiler, rien y fait : il miaule.

Hier soir, je faisais la vaisselle en sifflotant, normal quoi, et le chat me tournait entre les jambes, essayant probablement de me faire tomber pour pouvoir me bouffer.

-         Ça sert à rien, tu le sais bien (oui, je parle à mon chat, non je n’ai pas 75 ans, j’en ai 26, pourquoi ?)

-         Miaou.

-         Je fais la vaisselle, tu vois bien ? (ben ouai, quoi !) Je te donnerai après.

-         Miiiiaaaaoooouuuu.

-         Non, non, non, tu attendras, Cassandra.

Mon chat s’appelle Pablo. Rapport à Picasso, Neruda, Escobar…j’ai pensé à son karma en le nommant. Bref, il s’appelle Pablo, donc, et pas Cassandra. Cassandra, c’était pour la rime, j’aurais tout aussi bien pu dire Natacha ou Barbara. C’est Cassandra qui m’est venue à l’esprit. Et ma voisine à la fenêtre :

-         Cassandra ? Que c’est joli comme petit nom…

-         Bonsoir Mme Martin.

Mme Martin, c’est ma voisine du numéro 11. Une petite vieille, genre mamie de contes de fées, l’allure frêle, courbée par les années à porter les enfants et petits enfants (elle en a 16), les cheveux gris et la voix qui chevrotte juste un petit peu, juste ce qu’il faut pour sonner vrai. Elle est adorable, elle a juste tendance à regarder un peu souvent par la fenêtre de ma cuisine. Comme hier soir :

-         Alors votre chat s’appelle Cassandra ? C’est une femelle ?

-         Euh… Non, c’est un mâle, il s’appelle Pablo en fait.

-         Ah… mais je vous ai entendu …

-         Oui, oui, effectivement j’ai dit Cassandra mais c’était pour la rime : tu attendras, Cassandra.

-         … (regard intrigué)

-         … (sourire gêné)

-         … (elle essaie de percer le mystère)

Elle approche sa tête de la fenêtre, prend une voix de confidence :

-         Vous en avez deux ?

-         Pardon ?

-         Vous avez deux chats, c’est ça ?

-         Non, pas du tout, un me suffit largement, y’a même des soirs où ça fait trop, un…

-         J’entends bien…(avec, effectivement, un regard entendu)

-         Pardon ?

-         Ne voux inquiétez pas, vous pouvez compter sur ma discrétion.

-         Votre discrétion ?

-         Votre propriétaire ne sais pas que vous avez en réalité deux chats chez vous, c’est bien ça ? Et bien vous pouvez compter sur moi, je ne lui dirai rien, ce sera notre petit secret comme on dit.

J’allais la contredire, lui expliquer, mais ce "petit secret" avait l'air de tellement l'enchanter que je n’en eus pas le cœur. Je l’ai laissée rentrer chez elle persuadée que j’avais deux chats à la maison : Pablo, et Cassandra, donc.

Et maintenant, quand je la croise dans la rue, en plus de son sourire habituel j’ai droit à un clin d’œil complice. Ahhhh, chère Mme Martin…

Raté

Par M. :: 07/10/2007 à 2:11 :: Petites Choses pour petits sourires

Depuis 3 jours, il y a un nouveau serveur au resto d'à côté. RAS. C. n'a pas changé de métier, Georges Clooney non plus, donc de mon point de vue : RAS.

Hier, il m'a semblé qu'il me mattait vaguement. Aujourd'hui, il me semble qu'il me matte clairement. Je confirme, c'est bien de mon côté qu'il regarde sans cesse et, un coup d'oeil à droite, un coup d'oeil à gauche, je suis la seule dans le périmètre. C'est donc bien moi qu'il matte. Il perd son temps mais si ça peut lui faire plaisir, je n'aurai pas la cruauté de l'en priver.

Sauf que... je le vois embrasser une blondinette. Il a une copine. Grand bien lui fasse, je suis ravie pour lui, mais qu'il arrête de zyeuter par ici, je déteste être complice malgré moi.

Il persiste. Tu ne me plais pas chéri, arrête de te faire du mal, oublie. Et puis... après tout... il me cherche... et s'il a une nana, je situe le personnage... Alors pourquoi pas ? ça fait longtemps que je n'ai pas joué.

Je lui offre sa chance (quelle prétention!) : je sors fumer une cigarette. ça ne manque pas : il m'imite. Et comme de par hasard, il ne parvient pas à mettre la main sur son briquet, celui dont il s'est servi pour allumer la clope qu'il vient tout juste d'éteindre. Il m'appelle au secours. Je lui sauve la vie en lui offrant une allumette. Il embraye. Fait la conversation. Déccroche mes horaires de travail, et mon nom. Et je retourne bosser.

Quelques heures plus tard, je renouvelle l'opération. Il accourt. Presque. Me demande à nouveau du feu. A moi, pas à son pote avec qui il discutait et qui, justement, est en train de fumer. Il embraye, encore :

- Tu finis dans une heure, c'est ça ?

- Yep (pas motivée, j'ai prévenu)

- Je crois que je vais pas tarder non plus, c'est calme ce soir.

- Ah.

- ça te dit d'aller boire un verre ?

- (honnêtement, pas du tout) Pourquoi pas ?

 

Une heure plus tard, donc, je le retrouve. Et on va boire un verre. Formalités d'usage, on fait vaguement connaissance. J'ai décidé de ne pas lui faire peur, je me tais un maximum. Lui en revanche... il me sort le grand jeu. L'homme formidable qui mène une vie formidable. Genre "laisse moi te faire rêver, babe". Je ris. Intérieurement, parce qu'il parle beaucoup mais n'est pas franchement rigolo. Après une demie heure, je n'en peux plus. J'ai envie d'un bain, d'un thé, d'un bon bouquin, mais surtout de fuir. Je lui sors une bonne vieille migraine de dirrière les fagots ? Un rendez-vous oublié ? A cette heure, difficile. Euh... Et si... Si je m'amusais un peu. Justement, il me tend la perche idéale, il ne s'en doute pas encore, mais il va le regretter. en même temps, il l'a bien cherché.

- Et toi ?

- Moi ?

- Tu dis rien... Parle moi de toi.

- Si tu veux...

Et c'est parti ! Je lache tout. Je n'en aurais pas dit plus à un psy en deux heures de divan. Je lui parle de C., bien sûr, ce qui semble passablement l'agacer, mais aussi de mes potes, mon boulot, des petites choses, de mes vacances, celles de Londres, du week-end à Barcelone, je lui raconte la fac, le lycée, le collège, l'école primaire, mes gants roses assortis à mon bonnet, mes cours de flûte, de ski, de plongée, de volley, le concert de Dorothée quand j'avais 6 ans, celui de Cocorosie et Aaron plus récemment, et je lui parle aussi d'Avignon, mon arrivée ici, mon appartement, mes voisines, le quartier, la boulangerie sur la petite place, l'autre plus loin encore meilleure, la tabac ouvert à toutes heures, sans oublier le plus important mon enfance, les semaines chez papi et mamie, ma soeur, ma mère, mon père, leur chien, mon chat.

Quand je m'arrête de parler, il est minuit trente, et il règle la quatrième tournée. Bête, en plus d'infidèle.

- Je suis désolée, je crois que j'ai un peu monopolisé la parole (ma modestie m'étouffera un jour).

- C'est pas grave. Enfin, je veux dire, pas du tout. C'était...interessant.

- C'est gentil (menteur!)

- Mais tu es interessante.

- Merci (je baisse les yeux pour ne pas éclater de rire, il croit que je rougis et revient à la charge)

- J'ai envie de te revoir.

J'en peux plus, je le lache :

- Et ta copine, elle a envie de me revoir elle aussi ?

- Sabrina ? (il réalise alors qu'il vient de se vendre) Euh... je veux dire, euh...

Il est perdu. C'est beau de le voir se noyer lentement.

- Elle s'appelle Sabrina ? Joli prénom (beurk).

- Je...

- C'est pas grave. Allez, va la rejoindre (retourne chez bobonne). Tu n'as qu'à lui dire que finalement tu ne dors pas chez ta mère, tu préfères dormir prés d'elle (c'est le Batman en moi qui parle).

- Ouai. ... Ok .. A demain ?

- Je préfère trois.

Il n'a pas compris.

- Merci pour les verres, au fait, je lui dit avant de m'en aller.

Ben oui, 4 mojitos chacun à 8 € l'un, je pouvais bien le remercier.

De l'utilité de connaître les langues étrangères

Par M. :: 06/10/2007 à 19:33 :: Petites Choses pour petits sourires

Aujourd’hui, j’arrive au boulot et trouve ma collègue toute catastrophée : « j’ai un problème avec les clients de la 33 ». Des espagnols, me dit-elle. Ne comprenant pas un mot d’ibérique, elle m’explique ce qu’elle a compris. A ce moment là, le client en question se pointe.

-         Voilà, c’est le monsieur. Alors, apparemment sa femme est enfermée…

-         Enfermée ?

-         Ben c’est ce qu’il m’a dit. Mais il veut que j’appelle un docteur alors je sais pas.

-         Un docteur ? Pourquoi faire un docteur ?

-         Ben je sais pas, justement ! Il m’a dit d’appeler un docteur parce que sa femme était enfermée.

-         (je commence à comprendre) Cual es el problema señor ?

-         Hablas español ?

-         Un poquito.

-         Gracias Díos !

-         (et voilà, je suis un messie)

-         Mi esposa está enfermada. Es possible llamar a un doctor ?

-         Seguro.

Je rassure ma collègue. Madame n’est pas enfermée, mais malade.

-         Aussi, il me dit enfermada, lui.

-         Ben oui, enfermada en espagnol c’est malade.

Le docteur arrive, le client me demande de l’accompagner pour servir d’interprête. Il a eu l’œil, parce que le doc question espagnol…euh…

-         Mi esposa está embarazada.

-         Il dit que…

-         J’ai compris, j’ai compris.

-         Pienso que está solamente constipada pero…

-         Il dit que, en fait…

-         J’ai compris, j’ai compris mademoiselle. Je ne parle pas l’espagnol mais faut pas sortir de Saint Cyr pour le comprendre. Madame est embarrassée parce qu’elle est constipée.

Franchement, si ça n’avait pas été une question de santé, je me serais tû et l’aurais laissé ce démerder tout seul, ce je-sais-tout de docteur. Mais là…je ne pouvais quand même pas.

-         C’est à dire que… euh… pas tout à fait. En fait, Madame est enceinte, embarazada, elle n’a probablement qu’un gros rhume, constipada, mais dans son état son mari a préféré s’inquièter pour rien que l’inverse.

-         Ah. Ah. … Oui, oui, bien sûr. J’avais bien compris.

Voilà le doc géné. Visiblement, il m’en veux. Normal, une pauvre petite nana de rien du tout qui le corrige, c’est pas cool. Lui, il a fait médecine, il n’est pas n’importe qui, il est docteur, il a une grande baraque avec piscine dans l’arrière pays, une femme en Chanel, une fille à la Sorbonne, alors pour qui je me prends, moi, pour venir lui donner des leçons, hein ?

N’empêche que ce jour là, sans mes pauvres cours d’espagnol de même pas une grande université, la cliente aurait été soignée pour une constipation passagère…

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